Même si des exemplaires de montres attachées à des bracelets avaient été réalisés précédemment, la première véritable montre-bracelet date de 1812. Elle fut commandée par Caroline Murat, reine de Naples et sœur de Napoléon Bonaparte.

Attirée depuis toujours par l’horlogerie, elle contacta la maison Breguet qui lui confectionna l’objet du désir. Très vite, cet horloger reçut d’autres commandes de la famille dont Napoléon mais aussi de nombreuses connaissances de Caroline Murat notamment des reines, des rois et des princes d’Europe.

Cette montre, aussi appelée “garde-temps” (horloge de précision qui conserve l’heure exacte) ne fut livrée que 24 mois après la commande. Dans le carnet de commandes de la maison Bréguet, elle est désignée comme “une horloge de forme oblongue pour bracelet”. Près de vingt personnes furent désignées pour la réaliser. Elle coûta 5 000 francs de l’époque (16 000 €). De nos jours, Bréguet produit encore plusieurs modèles de montres appelées Reine de Naples dont certaines se vendent à… plus de 100 000 €.

Dans un premier temps, la mode de la montre-bracelet toucha essentiellement les femmes. Les hommes ne s’y intéressèrent plus tard uniquement pour des raisons pratiques.

En 1880, la première guerre des Boers éclata sur le territoire de l’actuelle Afrique du Sud. Les colons d’origine néerlandaise (mais aussi allemande et française) se battirent contre les Anglais pour tenter en vain de conserver l’indépendance de leurs possessions, les républiques du Transvaal et de l’État libre d’Orange.

À l’époque, les hommes portaient essentiellement la montre à gousset (montre de poche, gousset étant le nom de la petite poche du gilet). Les officiers, principalement britanniques, constatèrent sur le terrain qu’elle n’était pas pratique pour commander leurs soldats et qu’il était plus simple d’utiliser, comme leurs femmes, une montre-bracelet. L’utilisation de la montre-bracelet se répandit très vite dans toutes les armées européennes. Une première production en série date même de 1880 lorsque l’armée impériale allemande passa une commande de 2 000 unités à un horloger suisse.

Tout au début du 20e siècle, ce furent les aviateurs qui exigèrent de porter la montre-bracelet. Le célèbre aviateur brésilien Alberto Santos-Dumont estimait à juste titre que la montre à gousset était peu pratique pour regarder l’heure en vol. Dès la première Guerre Mondiale, des montres-bracelets, fabriquées essentiellement pour les aviateurs militaires, furent réalisées en série. Et très vite, la mode se répandit dans la société civile. Aujourd’hui, la montre à gousset a complètement disparu dans le grand public, mais elle est restée un accessoire de mode vintage symbolisant un certain art de vivre dans un club restreint d’utilisateurs raffinés.