Consommation Le ministre fédéral de l’Agriculture prône en 9 points les bienfaits de l’alimentation carnée. Parfois en dépit du bon sens...

Hier, c’était la journée sans viande. Soit. Personne n'y aurait prêté attention si le ministre fédéral de l’Agriculture Willy Borsus (MR) ne s’était pas fendu d’un communiqué de presse surréaliste dans lequel il vante : "9 bonnes raisons de manger de la viande". Pourquoi pas. Libre au ministre de défendre un secteur dont il s’occupe.

Sauf que ses bonnes raisons, que nous avons désossées pour vous, ne valent pas tripette.

1. L’homme a besoin de viande. En fait, non. Certes, en tant qu’animal omnivore, la viande n’est pas nocive pour notre organisme, mais les études qui prouvent que celle-ci est loin d’être nécessaire affluent. Un petit coup d’œil à l’excellent reportage Love Meat tender vous dissuadera de l’utilité absolue de la viande. De nombreux aliments offrent un apport en protéine et minéraux. Néanmoins, un bon steak reste le moyen le plus facile d’ingurgiter ces éléments. L’argument n’est donc pas totalement faux mais il est mal formulé.

2. La viande, c’est bon pour la planète. Alors là, par contre c’est un point de vue vraiment difficile à défendre pour le ministre. Les vaches permettent l’entretien naturel des prairies. Mais en contrepartie, les recherches démontrent que la production viandeuse, surtout intensive, est nocive pour l’environnement. L’élevage engendre une consommation énorme d’eau, sans parler de la déforestation pour produire du soja qui sert à nourrir nos bœufs. En outre, selon la FAO, l’élevage concourt à 18 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial.

3. Vive le local. Ce point de vue est inattaquable mais n’est pas l’apanage de la viande. En effet, il est possible d’avoir une alimentation légumière locale. En plus, 140.000 tonnes de viande de bœuf et de veau sont exportées chaque année depuis notre pays. Pas très local tout ça…

4. Les ressources pour nourrir nos bêtes sont présentes. Oui, mais… les producteurs importent malgré tout énormément de fourrage venu de l’étranger pour nourrir nos animaux.

5. L’agriculture, un secteur économique à part entière. Et il faut le soutenir ! Là-dessus, aucun reproche. Il faut soutenir un secteur en difficulté surtout qu’il pèse 90.000 emplois, comme le rappelle le ministre.

6. Il faut nourrir la planète. L’argument est éculé. Utilisée à tout va par Monsanto et Syngenta pour vendre leurs OGM, la lutte contre la faim dans le monde n’est pas l’objectif principal. Un argument volé aux mauvaises Miss Belgique.

7. Le blanc bleu belge, une des fiertés nationales. Et une aberration génétique. En effet, le blanc bleu belge ne peut vêler seul. En cause, son bassin trop petit pour la mise bas. En outre, la viande de cette variété ne jouit pas d’une notoriété particulière hors de nos frontières. À son crédit, cette viande est une des plus maigres du marché, il est vrai.

8. Notre élevage nous permet l’autosuffisance. Et bien au-delà même. Notons tout de même que l’élevage a un effet ambigu sur la biodiversité et que se concentrer sur une production viandeuse à grande échelle ne va en rien améliorer la perte de biodiversité.

9. Parce que c’est bon ! Face à un argument de ce poids, tout scientifique s’inclinera. Mais cela reste une affaire de goût, purement subjective.