Consommation

Le big boss de Free, Maxime Lombardini, nous répond en exclusivité sur une arrivée longtemps fantasmée sur le marché belge

PARIS “J e pense que c’est du jamais vu en si peu de temps en Occident.” Faisant allusion aux 3,6 millions (plus de 5 % du marché) d’abonnés glanés depuis que Free est devenu le quatrième opérateur de téléphonie mobile français, en janvier 2012, la tirade vient de Xavier Niel, 12e fortune de France et emblématique PDG de l’opérateur explosif.

Du Niel tout craché : en quelques mots, il ne dit rien de faux, met en valeur sa filiale Télécoms (membre du groupe Iliad) et dédouane les problèmes du réseau Free Mobile qui font les choux gras de la presse française depuis des mois. De l’orfèvrerie.

On parle bien du Free qui a explosé les prix en France. Le Free que les Belges, qui payent leurs télécommunications bien plus cher que les Français, rêvent de voir attaquer le marché noir-jaune-rouge – Free ou un autre, du même tonneau.

En cette semaine pétrie de bonnes nouvelles côté télécoms, avec l’application de la nouvelle loi depuis ce lundi, interview avec Maxime Lombardini, directeur général d’Iliad (maison-mère de Free).

Votre forfait Free Mobile, pour 19,99 €/mois, offre le surf mobile, les appels et les SMS/MMS illimités. L’offre qui se rapproche le plus de ceci, en Belgique, coûte 70 € chez Mobistar, 90 € chez Proximus et 60 € chez Base. Une seule question : comment diable faites-vous ?

“Oui, les prix que vous me citez étaient à peu près identiques en France… avant qu’on arrive. Ce sont les prix d’un oligopole bien établi, que nous avons secoué. Comment fait-on ? En étant extrêmement vigilants sur nos dépenses, en tous points. Nous n’avons pas de bureaux d’études, de stratégie ou de départements de ce type. On n’investit pas outre mesure dans les publicités et les opérations marketing, notre meilleure pub, ce sont nos tarifs. Puis, nous sommes finalement une petite entreprise, en termes de personnes employées… Et c’est essentiellement sur Internet que nous vendons nos solutions, même si nous avons inauguré cette année notre première boutique Free Center (on en comptera vingt d’ici la fin 2012, NdlR). Pour répondre à un sentiment sans doute faux, mais toujours vivace, qui veut qu’il est plus sûr pour certains de contracter un abonnement en boutique que sur le Net. Puis vous savez, finalement, nous ne sommes pas non plus dans un modèle complètement fou. En Angleterre ou aux États-Unis, on trouve des offres quasi similaires à celles de Free. Enfin, il faut situer où est la priorité. Celle de nos concurrents était, semble-t-il, à la stagnation. Ils vivaient sur le confort de leur nombre d’abonnés. Avec des tarifs élevés, en rétribuant grassement leurs partenaires, etc.”

La question brûlante, ici : Free envisage-t-il une arrivée sur le marché belge ?

“À entendre les tarifs que vous me citez, il y a probablement quelque chose à y faire… Mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Nous sommes bien trop occupés avec le marché français, où la concurrence est très vive. Le déploiement de notre réseau propre (NdlR : pour l’heure, Free ne couvre que 30 % du territoire français avec ses propres antennes, le reste étant couvert par Orange, via un accord d’itinérance où l’opérateur historique récupérera au minimum 1 milliard d’euros) puis de la 4G nous galvanise en priorité. Mais la question d’une attaque du marché belge nous revient souvent… Il n’est pas exclu qu’un jour nous y allions. La Belgique serait en tout cas un marché parallèle naturel pour nous. Mais il n’y a pas de réflexion en ce sens pour le moment.”

Cela dépend de quoi ?

“De l’espace économique du paysage des télécoms, déjà. Reste-t-il des licences libres ? (Non, NdlR) Un accord d’itinérance est-il possible ? Quelle est la position du régulateur ? Le terrain est-il propice à l’arrivée d’un casseur de prix ? J’ai déjà un élément de réponse favorable : comme en France, les coûts de terminaison des appels sont assez faibles, en Belgique. C’est un bon début. Mais je vous le répète : il n’y a rien pour l’instant.”

Base, annoncé à vendre dernièrement, a-t-il réellement intéressé Free et Xavier Niel, comme le suggérait notamment l’agence Bloomberg ?

“Non. À ma connaissance, jamais Iliad ne s’est intéressée à Base.”



© La Dernière Heure 2012