Porté par le succès de l’émission Affaire conclue, le petit monde des salles de ventes voit affluer les particuliers en quête d’informations sur les trésors cachés dans leur grenier. La Dernière Heure Les Sports+ et l’hôtel de ventes Millon ont décidé de s’associer pour vous donner accès aux meilleurs experts afin de faire évaluer vos objets. Rencontre avec Mélissa Lafont, responsable de ventes chez Millon.

Quand on évoque les hôtels de vente, on pense aux tableaux de grands maîtres et autres objets d’art de très grande valeur. Est-ce réservé à une certaine élite ?

"Les émissions traitant de l’expertise et de la vente d’objets ont permis d’ouvrir les portes des hôtels de ventes aux particuliers qui prennent conscience que les trésors qu’ils détiennent ont peut-être de la valeur et peuvent aussi passer par les ventes aux enchères, même s’il ne s’agit pas d’objets rares et extrêmement chers. S’adresser à un expert ou un commissaire-priseur a donc été popularisé par ces émissions et l’engouement qu’elles suscitent."

Peut-on réellement dénicher de réels trésors chez les particuliers ?

"On fait encore de très belles trouvailles. Il est vrai que certaines personnes viennent avec des objets chargés sentimentalement parce qu’ils sont dans la famille depuis de nombreuses années et que tout ce bagage traditionnel a parfois tendance à leur faire penser que la valeur de l’objet est plus élevée que la réalité, mais nous rencontrons aussi de nombreux particuliers, curieux d’en savoir un peu plus sur leurs objets et qui se retrouvent, au final, agréablement surpris par la valeur de l’estimation."

Quel avantage ont-ils à s’adresser aux professionnels des salles de ventes ?

"D’une part, il y a bien sûr l’expertise. Mais aussi un très large réseau d’acheteurs potentiels qui crée une concurrence et assure d’obtenir le meilleur prix. Le but d’un hôtel de ventes est d’obtenir le prix le plus élevé. Nos ventes, plus que jamais depuis le coronavirus, ont explosé sur Internet. Cela nous permet de toucher des acheteurs à travers le monde entier. On remarque d’ailleurs que la pandémie a dopé le secteur. Nous n’avons jamais vendu autant que depuis le début de la crise et à des prix souvent bien plus élevés. Cela s’explique en partie car les gens sont privés de sorties, de restaurants, de vacances. Ils peuvent donc ainsi dépenser une partie de leur budget loisir dans l’achat d’objets de collection et d’art."

Est-ce que l’art est devenu une valeur refuge, au même titre que l’immobilier ?

"Les acheteurs sont majoritairement des collectionneurs passionnés. On ne remarque pas réellement que l’art est devenu une forme de placement ou d’investissement. Cela relève davantage du mythe."

Quels sont les secteurs les plus prisés actuellement ?

"En ce qui concerne les collections, les timbres ont toujours leur succès en vente aux enchères. C’est aussi le cas de la numismatique, de la bande dessinée. Dans d’autres domaines, on observe depuis une dizaine d’années un réel engouement pour les antiquités chinoises car les Chinois veulent se réapproprier un patrimoine qui a fui vers l’Europe à une certaine époque. Et ils disposent de budgets considérables, qui font grimper les prix. Les bijoux, l’or et les pierres précieuses, portées par la hausse du cours de l’or, se vendent très bien également. Tout comme la bande dessinée, dont le succès ne s’est pas démenti depuis plus de vingt ans. Les tableaux des grands noms, notamment belges, comme Magritte ou Delvaux restent bien entendu des valeurs sûres. En revanche, il y a un réel désamour pour les meubles anciens, dont les prix ont fortement chuté. C’est une histoire de mode, parfois cyclique. Cela sera peut-être à nouveau au goût du jour dans quelques années."

Votre trésor sous la loupe de l’expert : Gravure d’Auguste Blanchard

Cadeau de mariage reçu il y a près de 50 ans par Jeannine et Albert, cette gravure d’environ 70 cm sur 135 cm n’a plus sa place dans la salle à manger. Le couple l’a donc remisée au grenier, sans savoir si elle a une réelle valeur.

"Il s’agit effectivement d’une gravure. La gravure est un multiple. Il ne s’agit pas d’une œuvre d’art originale. D’ailleurs une gravure représente souvent une œuvre d’art originale connue. Notre gravure d’Auguste Blanchard reprend le tableau de William Powell Frith The Derby Day. La valeur d’une gravure est donc essentiellement une valeur décorative. Il faut donc que le sujet soit décoratif. Ce qui est le cas pour notre gravure qui est animée de nombreux personnages, tous bien habillés, rassemblés pour une heureuse journée hippique. L’état de conservation est aussi à prendre en considération, surtout que le support papier est un support fragile qui n’aime pas l’humidité. Une gravure avec des traces d’humidité perd son effet décoratif et perd donc énormément de valeur. Notre gravure semble en bon état, elle est aussi de belle dimension, ce qui est donc visuellement intéressant. Nous pouvons donc l’estimer 200 euros."

© D.R.

Maître Enora Alix commissaire-priseur chez Millon et à l’émission Affaire Conclue.