Personne n’aurait misé un franc sur le vin belge il y a de cela encore une vingtaine d’années. Et pourtant, terroir et climats permettent aujourd’hui de bien belles réalisations. Baudouin Havaux, figure emblématique du milieu des œnologues en Belgique a réuni un parterre de professionnels pour une dégustation géante à l’aveugle. Résultat ? trois vins d’exception et un premier guide des vins belges rassemblant pas moins d’une soixantaine de propriétés. “On a été agréablement surpris par certains vins, surtout dans la catégorie des bulles. Là, clairement, on n’a pas à rougir de ce qui se fait ailleurs. De même, les cépages interspécifiques et leur palette d’arômes réservent de belles découvertes. Ce sont des vins un peu surprenants au départ, mais qui sont promis un bel avenir.”

Le gros avantage de ces cépages hybrides, c’est aussi leur résistance aux maladies, à l’humidité, au mildiou. “Cela requiert donc moins de traitements, ce qui est à la fois économique et écologique. On aura donc une meilleure rentabilité dans les années à venir.”

Si le Chant d’Eole, le Ruffus Chardonnay ou encore le Genoels-Elderen Zilveren Parel ont obtenu la note d’excellence, ce n’est pas un hasard de constater que tous trois sont des vins effervescents. “C’est par là que tout a commencé. On commence à voir d’autres vins émerger comme des Chardonnay, mais il faut bien se rendre compte que nous n’en sommes qu’au tout début de l’histoire. Il faut encore expérimenter les cépages par rapport au terroir. N’oublions pas qu’il y a 10 ans personne ne prenait la vigne belge au sérieux. Ceux qui s’y aventuraient étaient considérés comme des marginaux. Aujourd’hui, c’est différent. Faire du vin belge est une activité importante et on recense une dizaine de propriétés qui sont réellement à couper le souffle.”

Le climat belge n’est pas étranger non plus à la qualité de nos vignobles. “Il n’est pas propre à la Belgique car on voit aussi de belles réalisations en Angleterre ou au Danemark. Mais il est clair qu’on n’aurait pas pu faire ce qu’on fait aujourd’hui il y a vingt ans.”

Le vignoble belge suscite d’ailleurs des intérêts à l’étranger également. “Pas mal de propriétaires ont investi en collaboration avec des investisseurs étrangers, notamment champenois. ET ce n’est pas un hasard car nous avons toutes les caractéristiques de sol et de climat pour faire des vins de type champagne. Sans oublier que le prix de l’hectare n’est en rien comparable en Champagne et en Hesbaye. On voit aussi de nombreux partenariats se nouer entre les deux régions : le matériel utilisé pour les vendanges en Champagne est réutilisé quelques jours plus tard en Belgique.”

Reste que l’un des principaux griefs à l’égard des vins belges reste leur prix. “Ce qui est rare est cher. Actuellement, la demande est supérieure à l’offre et c’est d’ailleurs pour cela qu’une partie des vins présentés dans le guide n’est déjà plus disponible. La viticulture coûte cher, nécessite de lourds investissements. Il faut acheter du matériel et la main-d’œuvre n’est pas bon marché. Mais il est certain qu’à terme les prix vont diminuer. On plante chaque année une importante quantité d’hectares supplémentaires. Bientôt, on pourra donc avoir une production suffisante pour répondre à la demande. Certains vignerons s’y préparent déjà et entament une démarche de marketing afin de trouver des débouchés à l’export. Ils se rendent bien compte que ce phénomène de rareté ne va pas durer éternellement et, ça, c’est tout profit pour le consommateur.”

Le premier guide des vins belges sert donc de référence et de photographie d’un milieu en pleine effervescence. En vente dans toutes les bonnes librairies et sur www.vino.be. Prix : 19,90 €.