Delhaize étoffe sa gamme de produits bio. Le client est-il réellement sensible à cette offre ?

Les bières bio ont-elles le vent en poupe ? Delhaize vient en tout cas d’introduire deux bières dans son assortiment bio, étoffant une gamme de produits bio lancée voilà un quart de siècle.

Il s’agit de deux bières belges, l’une brassée en Région flamande (la Belgoo), l’autre à Binche (la Ginette).

La mode des bières bio n’est pas neuve.

Voilà d’ailleurs près de dix ans que la brasserie Brunehaut a lancé sa première bière de ce type.

Depuis lors, la gamme s’est largement étoffée : Planet Bio (groupe Colruyt) propose pas moins de 30 bières belges bio dans son assortiment.

C’est généralement bien plus modeste dans la grande distribution traditionnelle. Le groupe Carrefour en propose trois (Silly Bio, Saison Dupont Bio, Moinette Bio) dans l’ensemble de ses hypermarchés, et l’ensemble de la gamme des bières Brunehaut Bio dans ses magasins de la province du Hainaut. Chez Cora, ce sont 5 bières bio, sur un assortiment de plusieurs centaines de référence.

Pas l’ombre d’une bière bio chez Lidl, et encore moins chez Makro. "Il n’y a pas de demandes de clients pour ce type de produits", explique Julie Stordiau, porte-parole chez Makro.

"La bière bio reste un segment de niche, même si la Moinette bio a réalisé une augmentation de 11 % en volume, sur base annuelle", souligne Nathalie Roisin, du service communication de Colruyt.

Chez Cora, la vente de bières bio a même baissé de 5 % en 2015 par rapport à 2014, et ce, pour un assortiment comparable.

L’introduction de la Lupilus Organicus a toutefois permis de renverser la tendance. "Je ne suis toutefois pas convaincu que l’achat d’une Lupilus Organicus soit un achat motivé bio de la part du consommateur", nuance Marc-Antoine Bertrand, acheteur de bières.

La Lupilus Organicus bénéficie sans doute, avant tout, de l’excellente renommée de la Lupilus. Les bières bio bénéficient aussi de l’intérêt croissant des consommateurs pour les bières artisanales.

"Le bio est en croissance dans toutes les catégories, mais dans le cadre de la bière, nous avons aussi l’effet de l’attrait pour les microbrasseries en général", souligne Florence Maniquet, porte-parole chez Delhaize, qui collabore avec une quinzaine de microbrasseries.

"La majorité des bières s’approchent du bio car elles respectent toutes un savoir-faire et des cahiers de charges stricts. Certaines brasseries optent pour le bio plus par différenciation", relève, pour sa part, Baptise van Outryve, porte-parole chez Carrefour.

"Cela correspond à notre philosophie de vie"

La brasserie Brunehaut a lancé dès 2007 sa première bière bio, la Brunehaut Blanche Bio. Par conviction.

" Il y avait un début de demande", explique Marc-Antoine De Mees, administrateur. " Nous cultivons, ma femme et moi, 120 hectares de cultures biologiques. Cela correspond à notre philosophie de vie. Nous voulions offrir aux consommateurs une bière fabriquée à partir de produits bio." Depuis lors, la Triple, l’Ambrée et la Blonde sont également devenues bio.

La gamme bio représente environ 2/3 du chiffre d’affaires de la brasserie (Brunehaut produit aussi une bière d’abbaye, la Saint-Martin).

Les volumes sont en hausse, mais ils sont surtout dopés par le fait que ces bières bio sont aussi sans gluten. " Dire que l’on produit de la bière à partir d’orge bio a moins d’impact auprès du consommateur que si l’on dit que l’on produit des fraises ou des pommes bio. Le label bio me permet trait d’augmenter ma production de 10 %. L’absence de gluten a un impact plus important encore. C’est en soi normal : le bio est une question de mode alors que le sans gluten, est une question de santé."

Et le prix ? Les bières bio sont en moyenne 10 % plus chères.

Brunehaut a pour sa part fait le pari de maintenir ses prix. "L’orge et le malt bio sont 30 % plus chers. Ils n’interviennent toutefois pour un tiers du prix de revient. Nous nous accordons une marge moins élevée."

Le succès de la gamme bio des bières Brunehaut est toutefois est toutefois à replacer dans un contexte plus large : la brasserie produit 4.000 hectolitres par an, à comparer avec une production totale de quelque 18 millions d’hectolitres en Belgique.