Stef et Alexandra craignent que le retour à la normale arrive trop tard pour de nombreux indépendants.

Stef et Alexandra, à la tête de Folies by Alexandra, boutique de vêtements qu’ils ont inaugurée à Ittre le 6 mars dernier, ne doivent à personne la réussite de leur entreprise. “Et c’est une chance” , avance Stef. “Notre commerce, on l’a commencé à domicile, en faisant de la vente en démonstration. Petit à petit, le business a pris et nous avons décidé d’ouvrir notre propre boutique, peu de temps avant le confinement. Notre chance, c’est un démarrage fulgurant, qui nous a permis d’avoir un peu de trésorerie pour faire face à ces sept semaines de confinement. On a aussi pu lancer notre activité sans avoir recours à des crédits. Tout cela nous a permis de survivre depuis le début du confinement, malgré une activité complètement à l’arrêt.”

Stef et Alexandra savent que s’ils avaient voulu développer une activité au-dessus de leur moyen, la réouverture de lundi n’aurait pas été possible. “Le commerce nécessite beaucoup d’investissements. Si nous avions davantage de charges, des crédits, des dettes… ce serait fini pour nous, c’est sûr. Mais on a dû puiser dans nos économies pour faire face, car nous n’avons touché que le droit passerelle, qui couvre à peine nos charges. Quant à la prime, on sait qu’on y a droit mais j’ai dû mandater mon comptable pour apporter tous les justificatifs. Un dossier de pas moins de 20 pages et ça aussi je devrai le payer.”

Pour la réouverture aussi, le couple a dû investir. “On a équipé le magasin de plexiglas et autres protections. On a acheté des masques pour nous et nos clientes. Tout ça, c’est de l’argent qui sort, sans qu’on ait encore réalisé un euro de chiffre d’affaires. Mais on en a besoin, car on a puisé dans nos fonds propres et maintenant il faut absolument qu’on gagne à nouveau de l’argent.”

Sans garantie que la clientèle soit au rendez-vous, s’inquiète Stef. “On ne sait pas comment les gens vont réagir. On espère qu’ils n’auront pas peur de venir au magasin, mais que tout se fera aussi dans le respect des consignes édictées par le Conseil national de sécurité. On stresse davantage maintenant car si la reprise échoue, ce sera la catastrophe. Dans mon entourage, il y a de nombreux petits commerçants. Tous n’ont pas la chance d’avoir pu survivre 7 semaines sur fonds propres et sans trop de charges à payer. Certains sont sur le point de perdre tout, même après 15 ou 20 ans de carrière. Si ces indépendants font faillite, ce sera un drame social et économique. Il faut absolument des mesures de soutien.”