Philippe Ackermans tient un Presshop à Jette depuis 28 ans : "Le lien social est indispensable"

Pas question de tomber dans le corporatisme béat et aveugle mais l’autorisation accordée aux libraires d’ouvrir tous les jours intervient comme la reconnaissance d’un métier essentiel dans la vie sociale du pays. Pour le secteur, comme un soulagement.
"Economiquement parlant, nous ne crachons pas dessus mais il y a quand même un peu d’appréhension car ce virus est une vraie saloperie." Philippe Ackermans, libraire depuis 28 ans à Jette, n’a jamais vécu une telle situation où se mêlent solidarité et stress collectif.

Plus que jamais, dans cette période d’incertitudes et d’avenir en pointillés, les gens ont besoin d’informations de qualité mais aussi de conserver un lien social avec l’extérieur.

Samedi 14 mars. Place Reine Astrid (Place du Miroir, comme tout le monde la nomme) . De nombreux habitués du Presshop ont trouvé porte close. Pas de DH, pas de Lotto, pas de contact quotidien.

"Après deux jours de fermeture inhabituelle lors du week-end dernier, des clients, notamment des personnes âgées et parfois isolées, étaient contentes de nous revoir, dit-il. Même pour un simple bonjour et au revoir ou pour parler brièvement de leur famille, nous faisons partie de leur quotidien. Ce lien social, il ne faut pas le négliger. Des gens nous amènent une couque, d’autres viennent faire leur grille de Lotto et en profitent pour discuter de leurs petits-enfants, de leur chien. Pour certaines personnes, le passage à la librairie est parfois le seul endroit où elles vont parler à quelqu’un dans la journée.."

Coronavirus oblige, il a évidemment pris des dispositions pour fluidifier le passage dans son magasin.

"Quatre personnes maximum en même temps dans la librairie, un marquage strict au sol avec un espace de deux mètres. Pour l’heure, les gens sont plutôt disciplinés même si, lors de ces premiers jours de confinement, les clients sont moins nombreux."

Des clients qui n’ont évidemment qu’un mot à la bouche. "L’angoisse est plus forte que lors des attentats de Bruxelles en 2016. A l’époque, les gens oscillaient entre colère et fatalité. Aujourd’hui, on sent le stress et la peur."