Consommation

Dans leur joli packaging, souvent rouge ou rose, parfois à l'effigie de petits personnages bien imaginés pour faire les yeux doux aux enfants et jeunes adolescents, les baumes à lèvres se déclinent en arômes - très alléchants - de sucettes, colas, vanille, fraise, cerise…  Alors que les premiers frimas de l'hiver se font sentir, voilà que Test Achats sort justement ce mardi une enquête sur ces produits plus particulièrement destinés au jeune public. On se souviendra en effet que l'organisation avait déjà précédemment analysé leurs équivalents pour adultes. 

Toujours avec le même objectif : vérifier la présence éventuelle de substances nocives. Et plus particulièrement déceler des hydrocarbures saturés (Mineral Oil Saturated Hydrocarbons ou MOSH) et aromatiques (Mineral Oil Aromatic Hydrocarbons ou MOAH), des substances issues d’huiles minérales, lesquelles avaient d'ailleurs été retrouvées dans des baumes à lèvres pour adultes. 

Pour rappel, les MOAH sont suspectés d’être cancérogènes. Quant aux MOSH, "ils risquent de s’accumuler dans les organes, ce qui pourrait provoquer des tumeurs (bénignes) dans les ganglions lymphatiques, le foie et la rate, souligne TA, qui fait remarquer que la présence de ces substances n’est mentionnée ni sur l’emballage, ni dans la liste des ingrédients, ce qui ne facilite pas le choix du consommateur".

Ainsi 21 baumes à lèvres destinés aux enfants et jeunes adolescents ont-ils été examinés par Test Achats. résultat : 15 d'entre eux ont été recalés. Sur base des analyses faites en laboratoire, seuls trois baumes à lèves ne contiennent pas de MOSH ni de MOAH ! Il s'agit de Apivita, baume Princesse et deux produits vendus chez Kruidvat, en l'occurrence Odeur de fraise et Cherry Kiss.

© test achats

Par ailleurs, douze produits contiennent à la fois des MOAH et des MOSH. Parmi eux, on trouve notamment les marques Princesse Disney, Hello Kitty et Minions. "Labellino, de la marque très populaire Labello, a également sa place sur la liste noire. Deux baumes, Blistex et Laino, contiennent encore, outre ces substances potentiellement nocives, des substances identifiées comme perturbateurs endocriniens potentiels", fait savoir Test Achats qui, pour connaître tous les résultats, renvoie à l'adresse www.testachats.be/comparerbaumealevres.

Des normes plus strictes

“Nombre de produits cosmétiques comme les lotions ou les crèmes solaires contiennent des MOSH et des MOAH mais, comme ils ne sont appliqués que sur la peau, ils sont inoffensifs. Il en va tout autrement avec les baumes à lèvres, car une partie des substances est ingérée via la bouche. Surtout s’ils ont des arômes de friandises, comme c’est le cas de ces baumes spécialement destinés aux enfants et aux jeunes adolescents, fait encore valoir Test Achats. Ces produits prennent des allures de jouets ou friandises alors qu’il s’agit de produits cosmétiques qui contiennent des substances potentiellement nocives.

L’absence, à l’heure actuelle, de normes européennes de sécurité claires sur la présence de MOSH et de MOAH dans les baumes à lèvres pose problème. Test Achats réclame des normes limitant la présence de telles substances, sur base d’études scientifiques".

Test Achats interpelle les autorités

Tout comme elle l’avait fait pour une précédente enquête sur les baumes à lèvres en 2017, l’organisation de consommateurs a interpellé la ministre de la Santé Maggie De Block, qu’elle demande à rencontrer ainsi que le SPF Santé Publique. "Nous allons examiner les résultats en détails et les comparer avec les dossiers techniques. Si nos vérifications indiquent que certains produits ne répondent pas aux normes de sécurité ou posent un risque pour le consommateur, nous prendrons immédiatement les mesures nécessaires", indique sa porte-parole, Vinciane Charlier.

Pour information, à l'époque de la précédente enquête, le Pr Alfred Bernrd, Directeur de recherches FNRS et toxicologue à l’UCLouvain nous avait répondu ceci au sujet de la toxicité de ces produits : " Si les huiles minérales sont effectivement extraites du pétrole, le risque pour la santé d’ingérer en de telles quantités ces substances demeure très faible. Par ailleurs, il faut souligner que le secteur des cosmétiques figure parmi les mieux contrôlés. Par contre, là où ces huiles minérales se retrouvent en quantités bien plus discutables et potentiellement dangereuses pour la santé, c’est dans les huiles utilisées pour démouler les produits de boulangerie, pâtisserie, biscuiterie. Ou encore dans les papiers "gras" d’emballage de confiserie, utilisés pour que certains bonbons ne collent pas au papier lorsqu’on les déballe. "

Quant aux éventuelle alternatives,pour qui ne voudrait même pas acheter les baumes exempts d’huiles minérales,nous suggérions la solution des produits "faits maison" : par exemple à base de beurre de karité ou de cacao, cire d’abeille, huile végétale (d’amande douce, de coco, d’olive…), de miel d’acacia… Des ingrédients à doser scrupuleusement et auxquels on pourra éventuellement ajouter de la vitamine E liquide, voire quelques gouttes d’huiles essentielles. Selon les goûts.