Alors qu’au Moyen Âge, les moines copistes – à l’image des Romains avant eux – utilisaient un morceau de plomb taillé pour réaliser leurs travaux, l’histoire du crayon prend réellement forme au 16e siècle à la suite d’une importante découverte réalisée en Angleterre : un minerai noir dérivé du carbone, le graphite. La mine obtenue est montée sur une tige en bois, le crayon fait ses premiers pas. Mais il y a un double problème, ce minerai coûte très cher et, de plus, il ne se trouve pratiquement qu’en Angleterre. L’Allemagne en possédait également mais d’une qualité nettement inférieure.

Et en France, le problème devient carrément insoluble en 1794. Elle est embourbée dans une guerre face à une coalition constituée de l’Angleterre, de la Russie, de l’Autriche et du royaume de Naples, au terme de laquelle notre pays sera annexé en 1795 et intégré à la Première République française jusqu’en 1815. Bref, la France est en guerre avec l’Angleterre et la plupart des marchandises importées de ce pays, y compris les crayons bien entendu, ne lui parviennent plus à cause d’un blocus économique. Mais un physicien et chimiste normand, Nicolas-Jacques Conté, trouve la solution. Le gouvernement français lui avait demandé de créer une mine de crayon sans matières premières d’origine étrangère. En quelques jours à peine, il inventa un mélange moins gourmand en graphite en utilisant du graphite moulu finement associé à de l’argile. La pâte ainsi obtenue fut compressée et, après séchage, mise au four à la température de 1 000 degrés. Le mélange réalisé apportait plus de dureté que les crayons en graphite pur. Ce nouveau crayon était nettement mieux adapté à l’écriture ainsi qu’au dessin. La tige sera constituée en bois de tilleul ou d’épicéa. Le crayon moderne vient de voir le jour… Deux ans auparavant (1792) l’Autrichien Joseph Hardtmuth avait, lui aussi, tenté un mélange identique (avec du graphite allemand) mais avec moins de succès et il ne put breveter son invention qu’en 1802.

Nicolas-Jacques Conté a vite compris que son invention représente une petite révolution. Quelques mois plus tard, le 3 janvier 1795, il obtint un brevet et, dans la foulée, avec l’aide de son frère, fit construire une usine. La grande aventure du crayon Conté, encore de nos jours un des plus réputés, était lancée…

Près de trois décennies plus tard (1822), deux Anglais Mordan et Riddle, mirent au point le tout premier portemine. Et le 30 mars 1858, Hymen Lipman, un Anglais installé aux États-Unis, déposa un brevet pour une invention particulièrement pratique : une gomme fixée à l’extrémité du crayon, comme nous le connaissons aujourd’hui.