Anne-Sophie Defoeux, quelle est la première étape à effectuer lorsqu’on décide d’isoler sa maison ?

L’idéal est d’analyser son logement dans sa globalité. La Wallonie a mis à disposition du citoyen un outil simple pour se faire une idée de l’état énergétique de sa maison, le « quickscan1 ». S’il faut choisir un travail à réaliser en priorité, la toiture arrive en haut de la liste. Lorsqu’on isole un toit ancien (datant des années 60 non isolé par exemple), on peut facilement économiser 30% d’énergie. En effet, la chaleur monte et l’épaisseur du toit est souvent réduite aux quelques centimètres que représente la tuile ou l’ardoise, l’énergie a donc toutes les facilités pour s’enfuir par là. Il s’agit du « couvercle » de la maison. C’est d’ailleurs pour cela que la règlementation mentionne une valeur minimale d’isolation de celui-ci plus contraignante que pour les autres parois composant le volume. Les murs arrivent en deuxième position et ensuite le sol (tout ceci dépend de la typologie de votre logement).

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En quoi consiste un audit ?

L’audit logement est un outil qui permet d’analyser de façon globale le bâtiment, il en effectue le diagnostic et dresse une liste des travaux à effectuer par ordre de priorité. Cela permet de phaser le chantier. Le toit apparait régulièrement en première position, avant les murs, le sol et le système de chauffage. L’idée étant de prioriser l’économie d’énergie faite en isolant l’enveloppe (toit, mur, sol, châssis) et puis de travailler sur les systèmes tels que les chaudières. En effet, lorsque le bâtiment est bien isolé, on peut opter pour une chaudière moins puissante et donc moins coûteuse car il faudra alors moins chauffer.

Quelles sont les aides disponibles en Wallonie ?

Nous sommes assez chanceux car la Wallonie propose différentes aides. Elle a, par exemple, instauré un programme de prime habitation. La réalisation d’un audit logement en est le sésame. Cet outil ainsi que les travaux qu’il décrit peuvent alors bénéficier d’une prime conséquente. Elle est, en effet, fonction de vos revenus mais aussi de l’économie d’énergie que les travaux vont permettre.

A côté de ce programme, la Wallonie offre des moyens de financement à taux zéro. Ces produits ne nécessitent pas tous la réalisation d’un audit logement. Certains d’entre eux intègrent des primes. Par exemple, pour remplacer votre toit dans l’urgence, vous pouvez passer directement par la Société Wallonne de Crédit Social pour décrocher un prêt à 0% intégrant des primes2. N’oubliez pas de vous renseigner auprès de votre commune car il existe parfois de belles surprises comme des primes complémentaires ou encore la prise en charge de l’audit logement par la commune.

Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui souhaitent isoler ?

Il faut isoler au plus proche du volume chauffé. Les espaces non utilisés ne doivent pas particulièrement être isolés. Dans le cas d’un grenier non aménagé, par exemple, seul le plancher sera isolé, en regard des pièces qui se trouvent au-dessous. Le but de l’opération est de réduire au maximum l’espace à chauffer afin d’économiser l’énergie. Le premier élément à isoler est le toit car c’est un travail assez simple avec un retour sur investissement de l’ordre d’environ cinq à dix ans (variable en fonction du type d’isolation choisie, la superficie de toiture…). Mais il faut aussi demeurer cohérent : s’il y a un souci d’étanchéité au niveau du toit, il faudra d’abord solutionner le problème. L’isolation pourra être placée dans la foulée.

Aujourd’hui, la méthode de calcul de résistance à la déperdition de chaleur a changé, on ne parle plus en cm d’isolation, mais en « valeur U d’une paroi ». Pourriez-vous nous expliquer ?

Plus la valeur U est petite, plus l’élément est isolant. C’est donc la quantité de chaleur qui passe à travers la surface de la paroi lorsqu’il y a une différence de température entre l’intérieur et l’extérieur3. La « valeur U d’une paroi » englobe à la fois l’épaisseur de l’isolation et des différentes couches de matériaux composant cette paroi. Par exemple, dans le cas d’un mur de briques, si l’on place un isolant devant celui-ci, on va tenir compte de l’épaisseur de l’isolant ET de celle du mur en briques. Pour un plafond, on va prendre en considération les différentes couches jointives qui le composent. Le résultat global donne la valeur U. C’est un peu le même principe qu’un sous-pull, que l’on recouvre d’un pull puis d’une veste. Au final, c’est l’ensemble des couches qui permet de se protéger du froid. La partie « isolation » (le pull) ne peut être efficace que si elle est protégée de la pluie et du vent (veste) et que l’humidité provenant de l’intérieur est régulée (sous-pull).

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Il est également crucial de placer la bonne isolation au bon endroit...

Tout à fait ! Il ne faut pas se précipiter, mais au contraire bien réfléchir à installer le bon isolant au bon endroit. La première question à se poser est de savoir quelle sera la fonction de l’espace isolé. Prenons un cas pratique : si l’on n’utilise pas son grenier, pas même pour stocker, on peut simplement dérouler une laine souple, qui s’avère facile à poser et peu coûteuse (en fonction du matériaux choisi). Au contraire, si on utilise le grenier pour entreposer du matériel, cette option ne sera pas envisageable car il faudra des zones dures pour déposer ses affaires. Dans ce cas, le mieux sera de travailler soit avec des panneaux rigides supportant l’écrasement ou avec une isolation souple dans une structure. Enfin, si le grenier est utilisé comme pièce de vie, il sera isolé soit par l’extérieur du toit (au-dessus des chevrons ou technique « Sarking ») avec des panneaux rigides, soit par l’intérieur avec différentes matières souples ou rigides. Outre la fonction de l’espace, les choix de l’isolant dépendent de l’accès à cet espace, de la hauteur disponible, de la structure présente.

Que faire s’il y a une infiltration dans la toiture ?

Réparer ! Dans certaines habitations, la sous-toiture n’existe pas ou elle est percée. La sous-toiture sert de protection complémentaire (aux tuiles, ardoises…) contre les entrées d’eau. En fonction de son état ou même de son existence, on va évaluer si cela vaut la peine de réparer les dégâts, ou s’il vaut mieux effectuer un remplacement complet de la toiture. Si le grenier abrite un espace de vie, mieux vaudra alors opter pour la seconde option afin de garantir l’efficacité de l’isolant placé. Un pull mouillé n’isole plus vraiment !

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Dans le cas du financement à taux 0, vous effectuez une déduction de la prime sur le montant à payer. Pouvez-vous nous expliquer ?

Dans le but de simplifier et faciliter la vie aux demandeurs, nous gérons les primes en interne. En pratique, si l’on octroie un crédit à 0% et que des primes sont possibles, on déduit le montant de ces primes du montant à payer. Ainsi, si le remplacement du toit coûte 15 000 euros et que les primes s’élèvent à 5 000 euros, le remboursement sera finalement pour le demandeur de 10 000 euros tout en sachant que l’entrepreneur recevra bien ses 15 000 euros. A noter que le montant des primes est fonction de divers facteurs : les revenus, le type de travaux, l’existence d’un audit ou pas.

Infos : www.swcs.be

1. https://spw.wallonie.be/quickscan-un-nouvel-outil-de-sensibilisation-%C3%A0-la-performance-%C3%A9nerg%C3%A9tique
2. https://www.swcs.be/renover/que-proposons-nous/
3. https://energie.wallonie.be/fr/04-03-valeur-u.html?IDC=9091&IDD=113531