Prix du gaz : Europe et Etats-Unis ne sont pas logés à la même enseigne, et cela pourrait tout changer

La fin des mesures sanitaires liées au Covid et la guerre en Ukraine ont conduit à une flambée totalement inédite et spectaculaire du prix du gaz. Europe et Etats-Unis ne sont pas logés à la même enseigne et cela pourrait tout changer. Une chronique de Sylviane Delcuve, senior economist chez BNP Paribas Fortis.

Contribution externe
Depuis le début du conflit russo-ukrainien, une course s'est organisée pour remplacer le gaz russe en Europe.
Depuis le début du conflit russo-ukrainien, une course s'est organisée pour remplacer le gaz russe en Europe. ©Shutterstock

La fin des mesures sanitaires liées au Covid et la guerre en Ukraine ont conduit à une flambée totalement inédite et spectaculaire du prix du gaz. Depuis le début de l’année, les prix du gaz oscillent entre "fois 3" et "fois 18" par rapport à avant. Ce n’est pas pour rien que beaucoup ont fait le choix de se chauffer au gaz plutôt qu’au mazout ou à l’électricité : moins polluant, moins cher et affichant des prix plus stables… en tous cas, jusqu’en 2022.

Erreur stratégique

La trop grande dépendance de l’Europe au gaz russe s’avère avoir été une erreur stratégique colossale, que l’Europe paie aujourd’hui au prix fort et qu’elle risque bien de continuer à payer pendant un bon moment.

Depuis le début du conflit, une course s’est organisée pour remplacer le gaz russe. Les exportations de gaz liquide des États-Unis ont ainsi été réaiguillées d’Asie vers l’Europe. À l’heure actuelle, près de trois quarts du gaz liquide exporté par les États-Unis sont destinés à l’Europe, contre un tiers en 2021; le reste venant d’ailleurs, surtout de Russie.

Impact inconnu sur le pouvoir d’achat

La flambée du gaz va avoir un impact gigantesque sur le pouvoir d’achat des ménages qui se chauffent au gaz. Plus dérangeant encore pour un pays comme le nôtre, c’est que personne ne peut évaluer précisément cet impact car peu de gens disposent d’un compteur intelligent permettant de suivre la consommation effective au jour le jour. Un relevé annuel du compteur sera effectué au printemps prochain et c’est seulement à ce moment-là que la note tombera. Une fameuse épée de Damoclès en ces temps d’inflation galopante et de chute du pouvoir d’achat !

De nombreux ménages ont déjà eu un avant-goût de la surprise que ce poste pouvait réserver en voyant leur régularisation de 2021 (communiquée en avril 2022) et la nouvelle provision mensuelle que leur fournisseur leur proposait pour les 12 mois à venir… Dans certains cas, cette provision a explosé et est parfois carrément proche du montant de leur loyer ou de leur mensualité de prêt hypothécaire. Un fameux choc, difficile à surmonter pour certains !

Le gaz restera cher en Europe

Les États-Unis se trouvent dans une situation très différente du reste du monde car ils sont totalement indépendants sur le plan énergétique. Le gaz de schiste leur permet de produire des quantités très importantes de gaz, qu’ils exportent sous forme liquide. Le prix du gaz aux États-Unis est donc bien plus bas qu’ailleurs dans le monde et qu’en Europe : actuellement 2,8 fois plus élevé qu’en 2019 pour les Etats-Unis, contre 18 fois plus élevé en Europe. On comprend mieux pourquoi la crise énergétique qui frappe le monde n’a pas du tout les mêmes conséquences des deux côtés de l’Atlantique !

Et la politique monétaire en est lourdement impactée : aux États-Unis, les taux sont montés de manière franche et nette, alors qu’en Europe, on voit bien que la Banque Centrale Européenne doit se préoccuper de la croissance économique et cherche à éviter les drames. Aux États-Unis, la lutte contre l’inflation sera d’autant plus facile à gagner que le prix du gaz est resté bas, et que l’activité économique est déjà en phase de récession, comme l’ont démontré les chiffres du PIB du second trimestre. Inutile de craindre l’avenir du point de vue de la Fed qui remontera ses taux d’intérêt jusqu’au moment où les chiffres d’inflation se calmeront.

Une toute autre histoire en Europe évidemment, puisque l’inflation a explosé, que le prix du gaz va rester élevé mais que la hausse des taux devra se faire en douceur car l’économie est très fragilisée par sa dépendance énergétique.

L’hiver arrive

L’hiver arrive et les grandes manœuvres pour constituer des stocks de gaz ont commencé en Europe et en Asie. La Chine, le Japon et la Corée du Sud sont les trois plus grands importateurs de gaz liquide au monde. Pas étonnant que la concurrence fasse rage et que les prix du gaz flambent. Une situation qui restera tendue au moins jusqu’au printemps 2023…

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