La non disponibilité des centrales Doel 3, Tihange 2 et, depuis peu, Doel 4 constitue, d'après le gestionnaire du réseau à haute-tension, "un incident imprévu", à cause duquel il existe un risque de pénurie d'électricité

Le gestionnaire du réseau haute-tension Elia a confirmé mardi, lors d'une session d'information pour la presse, qu'il existait un risque réel de pénurie d'électricité pour l'hiver prochain. "La situation est structurellement plus mauvaise qu'en 2013. Mais il est encore temps de prendre des mesures", a-t-il laissé entendre. En concertation avec la CREG et afin d'encourager les acteurs du marché de l'électricité à arriver à l'équilibre dans leur portefeuille, Elia a mis en place, en cas de pénurie, un tarif de déséquilibre fixé à 4.500 euros/MWh, soit 100 fois plus qu'en temps normal. Les fournisseurs d'électricité devront payer cette somme "pour chaque MWh consommé par leur clientèle qui n'aurait pas été produit, importé ou évité (par de la gestion flexible de la demande) au sein de leur portefeuille. Inversement, les acteurs avec un portefeuille excédentaire recevront le même montant de 4.500 euros/MWh", explique Elia.

"Il s'agit d'un mécanisme très incitant et dont le coût final est nul. Celui qui rencontre une pénurie paie à celui qui est en excédent", résume Jacques Vandermeiren, CEO d'Elia.

La non disponibilité des centrales Doel 3, Tihange 2 et, depuis peu, Doel 4 constitue, d'après le gestionnaire du réseau à haute-tension, "un incident imprévu", à cause duquel il existe un risque de pénurie d'électricité. "Nous sommes confrontés de façon très rapide et très brutale à une perte de capacité d'environ 3.000 MW, alors que la situation rencontrée durant l'hiver 2012-2013 était déjà passablement critique", constate M. Vandermeiren. Jusqu'à 3.500 MW peuvent être importés de l'étranger sur le réseau belge mais il n'est techniquement pas possible d'aller au-delà de cette capacité actuellement.

Le risque de pénurie surviendra surtout en cas de périodes froides ou sans vent, empêchant l'apport de l'éolien ou du photovoltaïque. Dans "le pire des cas", il faudra procéder à un plan de délestage sélectif dans les zones rurales. Le pays sera alors divisé en cinq zones, chacune de 600 MW, ce qui permettra d'alterner les territoires concernés par la mesure. Un certain nombre d'utilisateurs sera alors privé d'électricité durant une période aussi brève que possible, afin de rétablir au plus vite une situation d'équilibre sur le réseau. Cela constitue la mesure ultime afin d'éviter un effondrement du réseau.

Pour Elia, il est encore temps pour l'Etat de mener des campagnes de sensibilisation et pour les acteurs du marché de prendre des mesures adéquates. D'après le gestionnaire du réseau, les producteurs et fournisseurs d'électricité sont déjà actuellement en train d'étudier avec leurs clients les possibilités existantes afin de faire baisser la consommation quand cela s'avérera nécessaire.

Elia ne peut affirmer que la mesure de tarif de déséquilibre aura principalement des conséquences pour Electrabel, qui a perdu 3.000 MW de capacité avec l'indisponibilité des centrales Doel 3, Doel 4 et Tihange 2. Une porte-parole du fournisseur d'énergie a indiqué que la société mettait actuellement tout en oeuvre pour garantir l'approvisionnement à ses clients et que "vu la diversification du parc de production et de l'achat et de l'importation d'électricité sur le marché, il ne devrait normalement pas y avoir de problèmes pour l'équilibre".

A partir du mois de novembre, Elia informera les citoyens de façon quotidienne via le site internet www.pretpourlhiver.be. La société a également mis à disposition sur la page d'accueil de son site (www.elia.be) une rubrique reprenant une liste de questions/réponses qui seront alimentées régulièrement en fonction de l'actualité et des questions qui se poseront sur la pénurie.

Enfin, d'après le gestionnaire du réseau, le gouvernement fédéral dévoilera le 3 septembre prochain les détails du plan d'urgence en cas de pénurie.