C’est une philosophie de vie, une passion", lance d’emblée Nicolas (prénom d’emprunt), ouvrier boucher depuis près de 30 ans. Employé au sein de la boucherie Peter et Sabine à Woluwe-Saint-Pierre, ce Bruxellois ne changerait son métier pour rien au monde. "C’est tout simplement exceptionnel de travailler dans ce secteur. On est au service de la nourriture, il y a une forme de don de soi. Je prends beaucoup de plaisir à être au plus près de la viande puis le métier offre beaucoup de lien social avec le client et un réel travail d’équipe." Depuis des années, le métier est pourtant considéré en pénurie et les employeurs comme les artisans se rendent directement dans les écoles proposer des formations et des contrats d’embauche. Pour Nicolas, ce qui pénalise le secteur, c’est surtout la réputation "sale" du métier, qui mêle sang et sueur sur le tablier.

"Il faut une bonne dose de courage et c’est parfois ce qui manque. Le matin, on doit se réveiller très tôt, cela m’arrive de faire des 5 h-19 h 30 mais on reste sur un contrat de 38 heures par semaine. On a souvent les mains sales et ça repousse pas mal de gens. Quand la carcasse arrive, on désosse, on la prépare et on fait le travail du traiteur, on fait de tout, c’est de l’artisanat."

Selon lui, l’école ne valorise pas assez les métiers manuels de manière générale. "Il y a ce côté élitiste dans la société qui fait qu’on délaisse les métiers manuels, on préfère former des intellectuels qui ne trouveront pas de boulot, c’est dommage de perpétuer certains clichés sur notre métier. Niveau salaire aussi, on valorise le diplôme plutôt que l’expérience, un administratif gagnera toujours plus que moi. Un boucher hyper intelligent et très doué gagnera moins, c’est une forme d’injustice sociale."