Vacances D’Albi à Castres en passant par Sorèze, Gaillac ou Lautrec, les couleurs et les saveurs s’entremêlent.

En atterrissant ce jour-là à Toulouse-Blagnac, nous ne pouvions nous empêcher de siffloter l’hymne que Claude Nougaro a offert à la Ville rose. Pourtant le voyage sera plutôt placé sous le signe d’Henri de Toulouse-Lautrec. Sauf que la première étape du périple est prévue à Sorèze, au milieu du triangle formé par Toulouse, Carcassonne et Albi, mieux connu sous le nom de Pays de Cocagne. Sorèze, outre son clocher Saint-Martin et ses maisons à pan de bois, est avant tout connu pour son abbaye-école où plusieurs membres de la famille du peintre ont suivi les cours mais aussi, pour la petite histoire, Hugues Aufray et le Petit Taureau toulousain évoqué plus haut.

Sorèze connut les soubresauts de l’histoire, de la croisade contre les Albigeois en passant par une période protestante lors des guerres de religions au XVIe siècle. En 1682, les moines bénédictins ouvrent une école appelée Séminaire. Quasiment un siècle plus tard, Louis XVI fera de Sorèze une des douze Écoles royales militaires. Bénédictine à l’origine, l’abbaye sera donnée aux dominicains au XIXe siècle qui y enseigneront donc selon l’esprit des Lumières. Il faudra attendre la fin des années 80 pour voir les jeunes filles autorisées à y suivre les cours. Si l’enseignement n’y est plus dispensé depuis 1991, la visite de ce site de 6 hectares mérite largement le déplacement. Notamment parce qu’il abrite également le musée Dom Robert et de la tapisserie du XXe siècle. Moine bénédictin (1907-1997) dans une abbaye toute proche, il fut l’un des maîtres de cet art, mêlant nature, faune et flore de la Montagne noire toute proche. Colorées, un peu naïves, parfois surréalistes, elles envoûtent littéralement le visiteur. Le premier des nombreux coups de cœur du séjour.

Musée Goya

Un autre le sera pour les anciennes maisons des tanneurs et des tisserands bordant l’Agoût à Castres. La surprenante cathédrale Saint-Benoît (1718, de style baroque, en réalité le chœur de ce qui aurait dû être un édifice gigantesque, abandonné faute de moyen) et le palais épiscopal. Pourquoi faire si grand ? Pour montrer le pouvoir catholique lors de la Contre-Réforme dans une ville pourtant protestante au XVIe siècle. La révocation de l’Édit de Nantes marquera un coup terrible et beaucoup de Castrais protestants choisiront l’exil. Les bâtiments de l’ancien évêché de Castres abritent l’un des principaux musées d’art espagnol de France, le Musée Goya, grâce à divers legs et dépôts successifs.

La ville natale de Jean Jaurès est aussi connue pour son marché de Noël, considéré comme le plus beau de la région Midi-Pyrénée. À cette époque de l’année, le carillon de l’église ND de la Platé joue des airs de Noël. Le carillonneur joue aussi chaque premier dimanche du mois, toujours de 11h à midi. Installé dans le clocher en 1847, le carillon a toujours joué depuis mais seule Louise, la plus grosse des 34 cloches, est d’origine, et même plus ancienne puisque fondue en 1650 pour un temple protestant.

Mais le séjour était placé sous le signe de Toulouse-Lautrec. Il était donc normal de faire étape à… Lautrec, l’un des plus beaux villages de France qui abrite notamment un petit musée vivant du Sabot tandis que sa renommée, il la doit au trésor local : le pastel, une plante aux fleurs jaunes qui, une fois traitée, en passant notamment par diverses étapes de fermentations de la "coque" (en forme de boule qui donnera cocagne) puis de l’"agranat", donnera leur teinture bleue par oxydation après trempage dans l’eau à divers tissus.

Les familles Lautrec et Tapié (du nom de la mère du peintre) possédaient diverses propriétés dans la région où le petit Henri se rendit. On peut imaginer que lui qui naquit à Albi courut dans les châteaux de Ronel, de Tauziès ou encore de Mauriac, les deux premiers cités abritant désormais des chambres d’hôtes magnifiques (à noter la piscine naturelle aménagée par Lydie et Christophe Gay à Ronel tandis qu’à Tauziès, vous aurez le loisir de partir à la découverte des vins de Gaillac, le lieu étant aussi un domaine viticole : quel bonheur d’y prendre son petit-déjeuner à la terrasse, dominant le magnifique parc !).

Un coin de paradis

Quant à Mauriac, bâtit par un templier, Guiraudus de Mauriaco, au XIIIe siècle, vous aurez également la possibilité de le visiter, d’y loger, voire de vous y marier ! Mais c’est son histoire récente qui mérite d’être contée. Tombant en ruine, il tapa dans l’œil d’un jeune peintre, Bernard Bistes (1941), qui en fit l’acquisition voici un peu plus de 50 ans. Avec l’aide de sa famille, entre autres son fils Emmanuel qui nous guide en ce lieu étonnant, il se mit en tête de restaurer ce patrimoine incroyable grâce à la vente de ses peintures délicates dont certaines ne sont pas parfois sans rappeler la patte de celui qui reste en filigrane de ce séjour. Avec le château de Mauriac, c’est un véritable bijou qui vous attend dans le village de Sénouillac.

La dernière étape de ce périple nous aura conduits dans un endroit tout aussi enchanteur, à savoir les jardins des Martels, à Giroussens. Le moins que l’on puisse écrire, c’est que nos sens étaient en éveil au cœur de ce paradis terrestre. Cela fait 25 ans que ce terrain agricole de 40 hectares est devenu sur près de 4 hectares, ces quatre jardins agrémentés l’un d’un canal, le deuxième étant une serre tropicale, le troisième formant le jardin arc-en-ciel avec des parterres fleuris par couleur bleu, rose, jaune, rouge et rose). Enfin, la dernière partie est un jardin en terrasse d’où jaillit un torrent alimentant cinq bassins aux lotus. Un petit air extrême-oriental s’en dégage, avant de rejoindre la sortie où les plantes sont en vente, la famille Reynier étant devenue pépiniériste. Certains jours, un petit train à vapeur traverse les jardins, avec une halte devant la cafétéria dont la terrasse donne juste envie de rester là, à contempler la nature.

© DR

5 bonnes raisons de se rendre dans le Tarn

1. Les briques

Si Toulouse est surnommée la ville rose, Albi pourrait recevoir le sobriquet de ville rouge, en raison de ces briques anciennes, artisanales, dont la cuisson plus ou moins longue leur donnait un aspect brun foncé ou rose pâle. Déambuler dans ces ruelles médiévales est un pur bonheur.

2. Le musée Toulouse-Lautrec

Abrité dans le palais de la Berbie depuis 1922, il abrite la plus importante collection de peintures, lithographies, dessins et affiches du peintre albigeois connu pour avoir été le peintre de Montmartre à la fin du XIXe siècle. La Goulue, Aristide Bruant, Yvette Guilbert et bien d’autres personnages truculents et de vertu plus ou moins petite vous saluent bien !

3. La cathédrale Sainte-Cécile

Siège de l’archidiocèse d’Albi, construite entre 1282 et 1480, conçue comme une forteresse gothique, elle est la plus grande église en brique au monde. La décoration intérieure est à couper le souffle et, en y regardant de plus près, les artistes et artisans qui l’ont décorée ont parfois réalisé des graffitis, des têtes humaines ou d’animaux apparaissant çà et là. Inutile de préciser qu’elle est classée, comme toute la cité épiscopale d’Albi, au patrimoine mondial de l’Unesco.

4. Les halles

Au cœur de la ville, bâties au XIXe siècle, elles grouillent de monde en quête de produits frais et locaux. Tout autour, le marché, comme souvent dans le Sud, donne juste envie d’une chose : tout acheter !

5. Le cassoulet

On s’en mordrait les doigts de ne pas dire un petit mot sur ce plat à base de haricots secs. Coincé entre Castelnaudary d’une part, Toulouse de l’autre, chaque village du Tarn y va de sa recette. À Sorèze, servi légèrement gratiné dans un grand plat en terre cuite, saucisse de Toulouse, épaule de porc et cuisse de canard, il était conseillé d’y verser quelques gouttes de vinaigre pour l’alléger. Un régal. À Albi, au restaurant Le Lautrec, on nous servit le cassoulet de l’archevêque à la morue, ail rose et safran. Une vraie délicatesse.


A SAVOIR

Comment se rendre dans le Tarn

>En voiture : Albi est à un peu moins de 1000 km de Bruxelles.

>En avion : : trois vols quotidiens Bruxelles - Toulouse-Blagnac (1 h 40) avec Brussels Airlines puis train jusqu’à Albi (19 liaisons/jour)

>En train : Depuis la Belgique, le train n’est pas très pratique. Comptez un minimum de 8 h avec au moins deux correspondances jusqu’à Albi.


Se renseigner

>Office du tourisme d’Albi 42, rue Marlès, 81000 Albi www.albi-tourisme.fr Tél : 00335/63.36.36.00

>Abbaye-école de Sorèze Rue Saint-Martin, à 81540 Sorèze http://www.abbayeecoledesoreze.com/

>Château de Mauriac Emmanuel Bistes, Lieu-dit Mauriac à 81600 Sénouillac Tél : +335/63.41.71.18. contact@chateaudemauriac.com

>Office du tourisme de Tarn https://www.tourisme-tarn.com/