Une région désolée tout au bout de l’Irlande. Pour le plus grand bonheur des amateurs de nature et d’espace.

Du Connemara, on connaît au moins la chanson, celle de Michel Sardou. On sait donc qu’il y a là-bas des lacs, des landes balayées par le vent, un décor et une population qui ont du caractère. Il est vrai qu’il y règne certains matins brumeux toute la mélancolie du monde, mais il y a aussi des après-midi ensoleillées, de vastes paysages marins baignés d’une eau turquoise et des prairies vert pomme parsemées de petites maisons blanches.

L’histoire du Connemara n’a pas été un long fleuve tranquille. Deux siècles après avoir reçu un afflux de propriétaires catholiques déportés des terres plus fertiles de l’Est par Oliver Cromwell (et l’envahissant voisin anglais), la région a été l’une des plus touchées par la grande famine des années 1840. S’en est suivie une émigration d’une ampleur telle qu’elle a désorganisé la société pour des décennies - l’Irlande tout entière est d’ailleurs encore aujourd’hui moins peuplée qu’à cette époque, une situation exceptionnelle. Mais ces malheurs passés font aujourd’hui le bonheur des voyageurs qui découvrent ici, tout au bout de l’Europe, face à l’océan et à l’Amérique, une région étonnamment sauvage et préservée, aux paysages d’aube du monde, sans véritable équivalent nulle part ailleurs.

Oasis et tourbières

Une fois passée Galway, grande ville universitaire où touristes et étudiants semblent ne jamais arrêter de faire la fête, le paysage bocager fait vite place aux landes et aux tourbières. À mi-chemin, des montagnes rocailleuses s’ajoutent à l’arrière-plan, les villages se font rares et minuscules avec parfois un petit côté far west si bien qu’au bout de la route, Clifden, avec sa verdure, ses jolies maisons colorées et son animation tranquille, fait figure d’oasis.

Base idéale pour explorer la région, Clifden a ses propres atouts, comme la Sky Road, magnifique route panoramique qui multiplie les vues sur l’océan Atlantique, idéale pour une balade à vélo. Vers le sud, d’autres routes, étroites comme le sont les routes irlandaises, flirtent avec cette côte très découpée et mènent à de charmants petits ports au bord du grand bleu, tel Roundstone.

Vers l’intérieur des terres, on est à deux pas du parc national du Connemara, où un sentier de randonnée permet d’escalader la Diamond Hill qui offre une vue imprenable sur les montagnes environnantes. Diamond Hill est parfois aussi appelée Diamond Mountain : sur papier, qualifier de ‘montagnes’ces sommets qui culminent à 700 ou 800 mètres pour les plus hauts d’entre eux peut sembler prétentieux mais, surgissant d’un décor qui est au niveau de la mer, ils en ont l’allure et la prestance.

Pour explorer plus avant tout le centre inhabité de la région, il faudra s’armer de bonnes chaussures et s’aventurer au milieu des "bogs" (tourbières) en allant de bosse en bosse et en évitant de se mouiller les pieds dans les zones les plus humides - les sols irlandais peuvent se montrer facétieux. Le côté éreintant de ce type de marche est compensé par la sensation surprenante de progresser sur un sol posé sur un gigantesque matelas à ressorts.

Au pied du parc national, le changement de décor est complet, avec l’abbaye de Kylemore et ses jardins. Cet ensemble monumental évoque davantage la quiétude toute britannique de l’Est de l’Irlande que la grandeur sauvage des environs.

De retour vers la Côte, on atteint, au nord-ouest de Clifden, le minuscule port de Cleggan, à quelques kilomètres d’une surprenante île à mi-temps : l’île d’Omey. Pourquoi à mi-temps ? Parce qu’on y accède en traversant, à pied ou en voiture, une grande plage à marée basse. La chaussée qui relie Omey au continent est submersible mais l’intervalle entre les marées laisse largement le temps de faire à pied le tour de cette terre isolée qui, après avoir été totalement abandonnée il y a quelques années, semble retrouver un timide second souffle, quelques maisons anciennes étant rénovées en résidences secondaires.

Dessine-moi un mouton

Mais Cleggan, c’est surtout le port d’embarquement pour l’île d’Inishbofin, à une demi-heure de bateau : un paradis pour randonneurs et amateurs de quiétude. Il règne à Inishbofin une atmosphère de bout du monde encore bien plus prenante qu’en face. Il y a bien quelques excursionnistes qui s’aventurent ici à la journée mais l’idéal est de s’offrir un ou deux jours sur place : avant et après les bateaux, en mi-saison, vous aurez probablement les sentiers pour vous tout seul - et quelques dizaines de moutons. L’ouest de l’île est tout en prairies et en rochers tandis que de l’autre côté, les paysages évoquent les tourbières sauvages du continent - pardon, de l’Irlande voisine - avec de magnifiques vues sur le littoral et les montagnes de celle-ci.

Au-delà d’Inishbofin, eh bien, il n’y a plus rien, mais de toute façon, ce serait difficile de faire mieux.


5 bonnes raisons d‘aller au Connemara

Le dépaysement

Au cœur des landes inhabitées du Connemara, on s’étonne de n’être qu’à mille kilomètres de chez soi, tant le paysage est étrange.

La lumière

Beau temps, mauvais temps : les ciels changeants et les lumières contrastées de ce coin d’Occident feront presque toujours le bonheur des photographes.

Les transports

Région isolée et rurale si l’en est, le Connemara ne nécessite pas, contrairement à d’autres coins d’Irlande, de louer de voiture. L’itinéraire décrit dans ces pages a entièrement été parcouru en transports en commun et à vélo.

La bière

Comme la Belgique, l’Irlande est un pays de bière(s) et ses bières foncées ou aux reflets rougeâtres sont parmi les plus surprenantes qui soient pour qui est habitué à celles d’ici.

La musique

Omniprésente sur une échelle qui va des instrumentaux celtiques traditionnels au rock, elle est souvent d’excellent niveau et, à l’instar des bières locales, se savoure généralement dans les pubs.