C'est presque un point de détail sur la carte de l'Ouest français. Celui que l'Atlantique vient frapper de ses vagues, prisées des amateurs de surf, de kite ou de voile. De haut, sur Google Maps, un microscopique point rouge, entre l'île d'Oléron, et l'île d'Aix. De près ? Un fort majestueux, qui semble avoir germé d'entre les mers. Un fort à l'histoire longue et plus compliquée que glorieuse, à l'heure du bilan arithmétique. Un fort ô combien iconique : véritable symbole de la région Charente-Maritime, depuis 30 ans, et son regain d'énergie apporté par la télévision, le Fort Boyard jouit d'une notoriété énorme, en témoigne le nombre de cendriers et autres babioles Fort Boyard que proposent les échoppes touristiques de la région...

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Ceux qui ont suivi les aventures des candidats du Fort, du Père Fouras, Felindra et consorts, le savent bien : on n'accède au Fort Boyard que par la mer, ou en hélicoptère. Pour le quidam, c'est la voie maritime qui sera majoritairement privilégiée : de Fouras (ne dites surtout pas les "S", les Charentais en recracheraient leur pineau fissa) et sa pointe de la fumée à Boyardville (sur l'île d'Oléron, merveilleuses huîtres, excellentes moules), de la splendide La Rochelle (et ses tours iconiques) à l'île de Ré, les points de départ pour partir en mer, cap vers le Fort, sont nombreux. De nombreuses compagnies maritimes se disputent ces croisières très prisées (réservation conseillée; n'oubliez pas vos masques), qui déclinent différentes formules. Vous pouvez la jouer express (direction le Fort, tour de ce dernier, puis retour à la case départ) où, ce que l'on vous conseille, plus chill : tour du Fort, puis escale à l'île d'Aix, petitissime lopin de terre au milieu de la mer où vivent moins de 200 résidents, et où la nature, fragile, s'exprime à chaque recoin. Vous y passerez quelques heures, avant que le bateau ne revienne vous chercher.

Côté tarifs, comptez, selon les compagnies, entre 16 et 19 € par adulte (une grosse douzaine d'euros par enfant) pour la formule la plus courte. Un poil davantage pour une escale à l'île d'Aix. Concernant le choix de l'embarcation, il vous sera possible d'opter pour un bâteau très stable, à double étage, imposant. La Perrotine, pour notre cas, sur laquelle on embarque, masqués, depuis le port de plaisance de Boyardville, qui dispose de sa capitainerie.

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La Perrotine, l'une de ces embarcations (très stables) qui vous mèneront au plus près du Fort.

Mais aussi, pourquoi pas, d'une embarcation plus sommaire, à voiles, où les mouvements de la mer se feront davantage ressentir (La Marcelle, par exemple). Et où l'expérience narrative sera forcément plus riche, plus intime, plus personnalisée.

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La plage de Boyardville, d'où le Fort est visible.

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L'histoire incroyable du Fort inutile


C'est que l'histoire du Fort ne manque pas de mordant. Sa construction, déjà, est tout sauf un long fleuve tranquille : le projet a été abandonné avant même de débuter. “Sire, il serait plus facile de saisir la lune avec les dents que de tenter en cet endroit pareille besogne !”, disait Vauban à Louis XIV à propos de la construction du Fort Boyard. Ce n'est que 150 ans plus tard, en 1804, après une attaque des Anglais, que le projet de protéger le passage entre les îles d'Oléron et d'Aix ne reviendra sur la table d'un certain Napoléon, qui ordonne la construction du Fort. Elle sera chère, complexe et coûteuse.

Si la première pierre (sous l'eau) est érigée en 1806, sur un banc de sable de la longe de Foyard, le Fort ne sera achevé qu'en... 1866 ! Ce qui a rendu la raison initiale de sa fondation caduque : le Fort était destiné à protéger le précieux arsenal maritime de la ville de Rochefort, et l'embouchure de la Charente, d'une potentielle invasion. Sauf que le temps nécessaire à l'érection de l'édifice, l'artillerie (et plus particulièrement la portée des canons) a fait de tels progrès que les canons étaient, lors de la fin des travaux, parfaitement à même de défendre ce que la France avait à coeur de protéger ! C'est ce qui donnera au Fort Boyard son surnom de "fort inutile".

En plus de deux siècles, le Fort a été à peu près tout sauf ce qu'on lui connaît aujourd'hui : une prison, une cible d'entraînement pour les Allemands durant la Grande Guerre et une proie pour les pillards et les oiseaux (des tonnes de guano ont du être évacuées au moment de sa réfection), entre autres.

Le Fort est même passé entre les mains de propriétaires privés - dont un dentiste et restaurateur belge, André Aerts ! - qui ne savaient trop vraiment qu'en faire.

C'est l'écran, grand ou petit, qui lui a redonné ses lettres de noblesse. “Le repos du guerrier” avec Brigitte Bardot, “Les aventuriers” avec Alain Delon et Lino Ventura marquent les débuts de cet imposant figurant de pierre au cinéma. L'émission Fort Boyard, lancée par France Télévisions en 1990 et encore diffusée chaque été sous la houlette d'Olivier Minne, fera le reste sur la petite lucarne.

Le Fort, faut-il le savoir, ne se visite pas. Seules les équipes dédiées à son entretien et aux nombreux tournages qui y ont lieu peuvent y embarquer, via une plateforme accolée au Fort et que la réalisation télé prend toujours le soin de vous cacher (le havre d'abordage initial a été détruit par les vagues et le temps). En effet, de la Suède jusqu'au Japon, les variantes de Fort Boyard ont fait florès...

La très agréable visite en mer se parachève en tournant autour du Fort, de ses 20 mètres de haut, pour 66 mètres de long et 30 de large. On se prend à s'imaginer soldat de garnison du XIXe siècle, envoyé sur le Fort, en autosuffisance, deux mois durant. Jusqu'à ce qu'une petite voix, émerveillée, s'élève du bruit des moteurs du bateau et du vent : "papa, il est où, Passe-Partout ?"

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La plate-forme d'embarquement, que la réalisation télé prend toujours le soin de vous cacher.