Une croisière sur le Douro, entre Porto et Espagne, constitue une expérience féerique et paisible. À déguster sans modération.

Lorsque le bateau de croisière s’ébroue et quitte les quais de Vila Nova de Gaia, passant en revue les entrepôts coiffés de tuiles brunes qui abritent les caves des grandes maisons de production du vin de Porto, une légère brume flotte au-dessus du fleuve Douro (fleuve d’or), qui naît dans la vieille Castille et déroule ses méandres sur 215 kilomètres en terre portugaise.

Le voyage commence mais nous ne sommes que quelques-uns à nous être postés sur le pont. La croisière ne s’amuse pas encore. Elle dort.

Ceux qui ont bravé la fraîcheur du matin voient s’éloigner la ville de Porto, qui s’éveille sur l’autre rive. Nous y reviendrons dans quelques jours et profiterons de ses merveilles.

Pour l’heure, le Douro Serenity passe en dessous du pont à double tablier D.Luis I, construit par une société belge entre 1880 et 1886 et qui rappelle l’architecture métallique de Gustave Eiffel.

Il ne faut pas une demi-heure pour que la ville et ses faubourgs fassent place à la vallée du Douro et aux premiers plaisirs de navigation. Les petits villages que nous passons paisiblement en revue semblent suspendus au milieu des vignes et des oliveraies qui descendent en pente douce vers le fleuve.

C’est l’heure du petit-déjeuner, un buffet qui a de quoi vous donner de l’énergie pour toute la journée. Les passagers font connaissance dans un aimable brouhaha mais ne s’attardent pas à table car ils ont hâte de profiter du spectacle offert par les berges du majestueux cours d’eau.

Voici le passage de la première écluse. Le bateau entre dans le sas entre deux murs sombres et entame une ascension spectaculaire. Un quart d’heure plus tard, le niveau a été rattrapé et la navigation peut se poursuivre. L’opération sera répétée plusieurs fois en remontant puis en descendant le cours du fleuve avec, chaque fois, la même excitation parmi les passagers.

Le temps de déjeuner et de profiter de spécialités portugaises d’une intense fraîcheur et le Douro Serenity accoste une première fois, à Régua, porte du vignoble du Haut Douro. Des bus accueillent la petite troupe, direction Lamego, l’une des villes les plus anciennes de la vallée.

Accrochée aux pentes du mont Penude, elle recèle une cathédrale du XIIe siècle, un palais épiscopal, les ruines d’un château maure et le sanctuaire de Nossa Senhora dos Remedios, d’où s’échappe un impressionnant double escalier baroque. Cet escalier a vu des centaines de milliers de pèlerins gravir ses 600 marches à genoux. Ont-ils eu le temps d’admirer les azulejos ornant les murs de chaque palier ? Pas sûr.

La soirée et le dîner sont festifs, qui se déroulent dans la salle de restaurant d’un domaine viticole dont le propriétaire aurait pu faire carrière dans la comédie.

© DR

navigation contemplative

Le deuxième jour de navigation réserve d’autres surprises. Le paysage a changé. Nous sommes désormais dans une vallée plus profonde, plus austère et le bateau se faufile parfois entre des masses rocheuses qui tiennent du défilé. Saisissant. Puis, le relief se fait moins abrupt et nous redécouvrons des chapelets de maisons alanguies au soleil et, de loin en loin, une quinta, l’équivalent des châteaux vinicoles bordelais.

En début d’après-midi, nouvelle excursion, cette fois vers le village médiéval de Castelo Rodrigo qui abrita, sous l’Inquisition, une importante communauté juive. La promenade à travers les ruelles étroites et escarpées permet de découvrir de jolies façades du XIe siècle. La petite église de Reclamador vaut le détour mais le nombre impressionnant de touristes rend sa visite malaisée. L’effet carte postale est un peu trop prégnant mais le retour au bateau amarré à Vega Terron, à la frontière espagnole, par des routes sinueuses et spectaculaires, est plaisant.

Soudain l’autocar s’arrête. Pour le point de vue ? Pas seulement. On nous invite à scruter l’horizon et très vite, nous assistons au ballet envoûtant d’aigles tournoyant dans le ciel azur. Cinq minutes de bonheur pur.

Le lendemain, la journée est réservée à la visite de Salamanque, ville espagnole de la province de Castille et Leon d’une exceptionnelle beauté (voir ci-contre). Une heure et demie de route à travers une plaine où les taureaux et… les cigognes sont chez eux et puis la découverte émerveillée d’un joyau qui mérite un voyage à part entière.

À bord, des amitiés se sont nouées et les soirées sont de plus en plus joyeuses. Le temps de" redescendre" le Douro vers Porto est arrivé. Cela annonce quelques heures supplémentaires d’une navigation contemplative, entrecoupée de temps de lecture sur le pont délicieusement ventilé et de conversations amicales.

Un crochet par Solar de Mateus, manoir du XVIIIe siècle considéré à raison comme un bijou de l’art baroque, et nous voici revenus à quai à Vila Nova de Gaia, entre navires de croisière et rabelos, ces barques oblongues à fond plat et large voile carrée qui effectuaient autrefois le transport des fûts de porto.

La visite d’un chai et une dégustation s’imposent avant de partir à la découverte de la ville (voir ci-contre), la deuxième du pays, après Lisbonne. Nous y arrivons, cerise sur le gâteau, le jour de la fête de la Saint-Jean qui réunit sur les quais et dans une ambiance indescriptible mais bon enfant plus de 200 000 personnes et connaît son apogée avec le tir, depuis le pont D.Luis I d’un feu d’artifice que nous contemplons, comme des enfants éblouis, depuis le pont de" notre" bateau.

Demain, il sera temps de visiterr Guimaraes, le berceau du pays, puisqu’elle fut la ville natale du premier roi du Portugal, Alfonso Henriques, son largo da Oliveira, ensemble médieval remarquablement préservé et son palais des ducs de Bragance.

Avant une dernière et joyeuse soirée à bord et un retour au bercail le cœur rempli d’heureux souvenirs.

4 bonnes raisons d'en être

Porto

La capitale du Nord du Portugal mérite à elle seule le voyage. Et un article à part entière. Nous avons été transportés par la visite de l’Igreja (église) de São-Francisco, qui croule sous un déluge de dorures ornant des autels sculptés d’une rare beauté et recèle un arbre de Jessé à couper le souffle. La vieille ville se découvre de façon saisissante du haut de la tour de granit de l’Igreja Torre dos Clerigos. Parmi les surprises, la gare de São Bento, dont la salle des pas perdus n’est qu’une fresque à la gloire des azulejos. Mais mille autres choses, à commencer par les quais bariolés de la ville, méritent évidemment le voyage.

Salamanque

Le coup de cœur. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, la ville, qui fut un centre universitaire célèbre (la première université fut fondée en 1215) abrite des bâtiments admirables faits de pierres dorées et une cathédrale qui mélange les styles gothique, renaissance et baroque. Siroter une boisson sur une terrasse de la Plaza Mayor est pur plaisir.

L’ambiance à bord

Bon, les croisières, c’est un art de vivre que tout le monde n’aime pas. Nous avions une légère réticence avant de tenter l’expérience. Mais la qualité de l’accueil de l’équipage, celle de la cuisine, le confort des cabines, la camaraderie qui s’est installée au sein du groupe, le dévouement, teinté de fantaisie, de nos accompagnateurs, le dynamisme d’Anne-Marie de Neef, la conférencière chimiste-œnologue, et la bonne tenue des animations et des spectacles offerts à bord (la soirée fado fut une réussite), ont balayé nos doutes.

Les paysages

On vient de l’écrire, nous craignions un peu de nous encroûter à passer nos journées sur le pont d’un bateau de croisière. Mais la vallée du Douro est d’une telle beauté, parfois douce, parfois sauvage, les paysages sont à ce point changeants qu’il n’y a pas moyen de s’en lasser. Les découvrir au fil de l’eau est un moyen délicieux de s’imprégner de calme et d’une certaine forme de zénitude.

Comment rejoindre porto et le Douro

Organisateur : All Ways est une agence de voyages qui organise des croisières pour un public belge avec un accompagnement bilingue, certains départs étant même 100 % francophones. Renseignements : www.all-ways.be

Une semaine de voyage : la croisière à laquelle nous avons participé a duré une semaine (de mardi à mardi). Le départ s’est fait de Brussels Airport par vol régulier. L’embarquement a eu lieu dans l’après-midi du premier jour. Le Douro Serenity a commencé sa navigation depuis Porto le lendemain matin. Retour à Porto le 6 e jour et départ pour Bruxelles le 8 e après le petit-déjeuner.