Les stations de ski ont été prises de court par les annonces présidentielles semblant exclure une réouverture pour Noël, alors qu'une décision n'était pas attendue dans l'immédiat. Devant l'importance de l'enjeu, elle espèrent encore pouvoir infléchir la position du gouvernement.

"On est dans l'incompréhension totale et on souhaite une clarification de la situation", affirme à l'AFP Jean-Luc Boch, président de l'Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM) et de France Montagnes, organisme de promotion de la destination.

Car lundi, après une réunion avec tout le secteur, le Premier ministre Jean Castex avait parlé d'une "réponse définitive le 5 décembre". Las, le mardi le président Emmanuel Macron dit qu'on "n'aurait pas l'autorisation d'ouvrir et d'exploiter nos domaines skiables avant le 20 janvier", constate M. Boch.

"Il y a peut-être eu une précipitation dans l'annonce du Président et elle est très préjudiciable à toute l'économie de montagne", qui pèse pour 10 milliards d'euros de retombées économiques et 120.000 emplois saisonniers, dit-il.

La "cordée montagnarde" espère pouvoir "infléchir cette position, qui nous apparaît extrêmement injuste", ajoute le responsable, qui "a demandé un rendez-vous avec le Premier ministre".

"Il était trop tôt encore pour décider !", renchérit la députée de la Savoie Emilie Bonnivard (LR), pointant un "couperet inacceptable".

Avec le secteur de la montagne, "le travail va se poursuivre", a assuré mercredi à l'Assemblée nationale le secrétaire d'Etat au Tourisme Jean-Baptiste Lemoyne, afin de "voir quelles sont les activités qui pourraient être autorisées: la raquette, les jardins d'enfants en plein air...".

Pour le PDG de la Compagnie du Mont-Blanc, "cet été, on a fait 2,3 millions de passages, jusqu'à fin octobre. On n'a eu aucun cluster ou coup de fil de l'ARS. Ca montre que le protocole fonctionne !", assène Mathieu Dechavanne, inquiet des "conséquences désastreuses" de cette décision pour ses 1.000 salariés l'hiver.

"Désarroi" face aux "incohérences"

Même incompréhension et colère dans les Hautes-Alpes, où l'Agence de développement interpelle directement le président : "Vous autorisez l'ouverture d'établissements en lieux clos mais pas la pratique du ski, activité de plein air. Vous autorisez les déplacements entre régions pour passer Noël en famille, mais pas en station".

"Vous mettez nos territoires de montagne en danger", écrivent ses président Patrick Ricou et directeur Yvan Chaix.

En Isère, "c'est la stupéfaction et le désarroi", dénonce Chantal Carlioz, vice-présidente du conseil départemental chargée de la montagne. De plus, "les stations suisses et autrichiennes sont ouvertes. Et certaines stations italiennes ont également annoncé leur ouverture prochaine", souligne l'élue, alors que le gouvernement parle de "coordination européenne".

"Comment peut-il y avoir une posture aussi radicalement opposée entre le chef de l'Etat et le chef du gouvernement ?", s'interroge Jacques Alvarez, responsable de la communication d'Altiservices, qui gère les stations de Saint-Lary et de Font Romeu-Pyrénées 2000, deux des plus grandes stations des Pyrénées.

"On reste sur le pied de guerre pour ouvrir dès qu'on nous dira que c'est possible", a déclaré Christine Massoure, directrice générale de la Compagnie des Pyrénées, qui exploite huit domaines.

Pour Renaud Muselier, président LR de la région PACA, "il faut absolument qu'on trouve une solution pour ouvrir (...) Les stations de ski de région font 30% de leur chiffre d'affaires à Noël". "Le président de la République a dit qu'il ne pensait pas que cela était faisable avant les fêtes et bien montrons-lui que c'est faisable ! ", a-t-il déclaré sur France Bleu Provence.

"Pour les amoureux de ski alpin, il est clair que les remontées mécaniques resteront fermées". Mais "ça ne veut pas dire que la montagne est fermée", a pour sa part déclaré le chef de file des députés MoDem Patrick Mignola, élu de Savoie, plaidant pour "une communication gouvernementale sur le fait que les autres activités liées à la neige et aux autres sports de plein air (ski nordique, raquette, randonnées...) puissent être pratiquées".

Le protocole sanitaire, peaufiné depuis des semaines sous l'égide du préfet de la Savoie en cas de réouverture des stations, fait encore des allers-retours avec la cellule interministérielle de crise (CIC).

"Si on ouvre, la distanciation, on l'a; les médecins de montagne sont capables de réagir; nous avons un protocole de tests antigéniques réfléchi collectivement", détaille Jean-Luc Boch.

"On peut faire de la montagne un laboratoire national et montrer que quand on veut, on peut !".