On a crayonné les pentes de Verbier, paradis du ski hors-piste, dans les lattes de Jeff Osenda, guide de montagne.

Est-ce l’air sec de la chambre partagée, l’altitude, le vin ayant accompagné la fondue savoyarde ? Ou un peu des trois ? Toujours est-il qu’on a difficilement trouvé le sommeil, cette nuit-là, à la Cabane du Mont-Fort, un refuge perché sur les hauteurs de Verbier (Valais, Suisse). Quand le réveil retentit alors qu’il n’est pas 6 heures du matin, le lever est compliqué. Pourtant, tels des automates, chacun des riders se prépare. Café, jus de fruits, petit-déjeuner. Et tenue de ski. Il fait encore nuit et on combine bizarrement le port du masque et de la lampe frontale.

Place, alors, à l’émerveillement. Les premiers virages dans le sillage de Jeff Osenda, notre guide de montagne, se dessinent sur un chemin damé de très bonne heure. Les projections de neige dans le faisceau lumineux ajoutent de la magie à la scène : dans un silence quasi absolu, les silhouettes éclairées virevoltent pour fondre sur la station de Verbier encore endormie, un peu plus de 1000 mètres en contrebas. On est seuls au monde !


On laisse Verbier derrière nous pour attaquer Bruson, sur la face opposée. Ce secteur du domaine est fermé au public. Mais, avec un guide de montagne, on passe partout, ou presque. "À condition d’avoir un bon niveau de ski et d’accepter de marcher un peu avec les peaux de phoque, on élargit notre terrain de jeu", sourit Jeff Osenda, en jetant le regard vers les montagnes avoisinantes.

On ne doit pas insister longuement pour voir cet enfant du pays vanter les 4 Vallées, troisième plus grand domaine skiable d’Europe. "J’ai pas mal skié dans le monde. Et je dois admettre que Verbier présente un gros potentiel de dénivelé. Quand les conditions météo sont réunies, on peut s’offrir un run quasi direct depuis le Mont-Fort, à 3330 mètres, jusqu’au Châble, à 800 mètres". Pas mal, effectivement.

© VERBIER.CH

Pour Jeff Osenda, qui nous tire vers le sommet du Six Blanc (2 445 mètres) en peaux de phoque, la vraie plus-value de Verbier et de sa région, reste le hors-piste. "L’héliski permet trois déposes, près d’ici, au sommet du Petit Combin, de la Rosablanche et du Trient" , énumère-t-il. Sinon, enchaîne l’expérimenté guide de 49 ans, "en voiture, on a une dizaine de stations de ski à 45 minutes de Verbier." L’intérêt de changer de lieu ? "Jongler avec le climat et profiter de l’Italie ou de la rive droite du Rhône, dans le Valais suisse. Et de la météo de Verbier, bien sûr : la station est très bien exposée au soleil, c’est un beau "bol" qui n’est pas enclavé dans un fond de vallée. Je suis un peu chauvin mais c’est un des meilleurs spots du monde", assène le natif d’Orsières.

Après un ultime passage étriqué où on n’en a pas mené large, on atteint enfin le sommet du Six Blanc. Un large sourire barre les visages. Les prises de vue et les selfies s’enchaînent. Et, enfin, après l’effort, la récompense : un large champ de peuf immaculée qui ne demande qu’à être crayonné par notre groupe de skieurs. "Avoir toujours la meilleure neige possible, sans trace, parce qu’on connaît les itinéraires", répond Jeff Osenda après avoir d’abord cité "la sécurité du client", quand on lui demande l’intérêt pour un touriste de s’attacher les services d’un guide de montagne.

On jette un dernier regard au matériel de secours en cas d’avalanche (détection, airbag, pelle, sonde), puis Jeff Osenda nous montre la voie à suivre : la montagne est à nous, la poudreuse gicle à chaque virage, et on s’en régale jusqu’au hameau de Commeire, "son" village. Et pour le retour à Verbier, à une demi-heure de route ? On appellera un taxi. Parce qu’évidemment, en prendre plein la vue en hors-piste, ça a un coût. Celui de la sécurité, du guide, de la mobilité. Mais le sentiment, oui, juste le sentiment, hein !, de rider comme un dieu, ça n’a pas de prix.

Infos : www.guideverbier.com et www.verbier.ch

Dormir au beau milieu de la montagne

Pour profiter de la montagne avant les tout premiers skieurs, autant prendre de l’avance et loger en altitude, en refuge.

Plantée à 2457 mètres, la Cabane du Mont-Fort offre, en sus d’une localisation idéale, un accueil chaleureux, incarné par son propriétaire, Daniel Bruchez. Présentations. "À l’époque de sa construction, en 1925", raconte-t-il, "c’était une cabane, avec des dortoirs. Depuis, elle a été agrandie, à plusieurs reprises." Aujourd’hui, "on peut y accueillir 58 personnes dans des chambres de deux, quatre ou six couchages." Douches et commodités se trouvent dans le couloir : ça reste un refuge de montagne. Dans les faits et dans l’esprit aussi. "Je veux garder cette ambiance, c’est primordial pour moi." Il fait référence à la chaleur des lieux, avec ce plancher qui craque sous les pas, ce mobilier en bois poli par les années, ces vieilles poutres, ces petites fenêtres qui prennent des allures de cartes postales.


Mais on retient également la convivialité de ce guide de montagne affable, patron de la cabane depuis maintenant 40 ans. "Chaque matin, je quitte le village vers 7 heures, avec mes deux chiens. Je charge la motoneige puis on monte à la cabane. J’aime bien arriver avant mes collaborateurs ; je n’aime pas dire "mes employés"."

© TH.R.

Toujours, Daniel Bruchez garde un œil sur le ciel. "Le vrai patron, en montagne, c’est la météo. Ce sont les conditions climatiques qui dictent si le refuge est ouvert ou non, si je dois prévoir 15 ou 700 couverts, 4 ou 40 kg de pain, si j’emploie deux ou dix personnes…" La flexibilité, même à la montagne.

Étape de la Haute route Chamonix Zermatt, l’adresse reste un point de passage pour les guides, les moniteurs, et leurs clients. Au fil des années, toutefois, "la clientèle s’est diversifiée. Nous accueillons de plus en plus de familles et de groupes d’amis." Ainsi que les habitués, comme au bistrot d’un village ; 16 h 15, ce jour-là, les patrouilleurs de Verbier passent la tête au coin du bar, "pour venir boire un petit canon", s’esclaffe le patron.

Infos : +41 27 778 13 84 (de préférence entre 9 h et 11 h). www.cabanemontfort.ch

3 bons plans

Un chouette lit

Au cœur de Verbier, l’hôtel Mirabeau est un trois étoiles familial et traditionnel : feu de bois, bonbons et boissons à volonté dans le salon douillet, linge de lit rouge et blanc à carreaux, accueil chaleureux et serviable de Sylvie Carlucci, la patronne, et son équipe.

+41 27 771 6335 (fixe)

www.mirabeauhotel.ch

Une chouette table

Le Fer à Cheval, au centre de Verbier, propose des plats du pays, revigorants et délicieux. Particularité : le bar, en soirée, assure une ambiance festive après le repas. Réservations : +41 27 771 26 69.

Un chouette cadeau

Chez SunGod, marque made in Verbier, vous choisissez vous-même comment assembler vos lunettes ou votre masque de ski : modèle et couleur du verre, monture, et élastique pour le masque. Cerise sur le gâteau ? Les produits SunGod sont garantis à vie ! À assembler au magasin de Verbier ou par le biais d’Internet. Infos : www.sungod.com

A voir, à vivre

15 février: Compétition qualificative pour le Freeride World Tour, sur les pentes de Bruson. www.brusonfreeride.ch

14 mars: À voir ou à faire, pour la bonne cause, qui plus est : L’Infernale, une course en équipe au cours de laquelle les skieurs doivent surmonter quelques obstacles… www.infernale.ch

28 mars - 5 avril: Xtreme de Verbier : le Bec des Rosses accueille les meilleurs freeriders. L’enjeu de cette finale du Freeride World Tour ? Le titre de champion du monde ! www.freerideworldtour.com

27 avril au 2 mai: Rendez-vous de fin de saison par excellence, la Patrouille des Glaciers est organisée par l’armée suisse. On parle de ski alpinisme de longue distance. Jugez plutôt : cette année, la course mythique propose aux concurrents civils et militaires, réunis par équipes de trois, de rejoindre Verbier au départ de… Zermatt ! Ce qui attend les mordus au départ ? 57,5 km de course avec des dénivelés positif de 4386 et négatif de 4519 mètres. www.pdg.ch