Vacances C’est parti pour une aventure familiale en mode "escargot", où l’expérience de la liberté réserve bien des surprises.

L’unanimité. La proposition de passer une semaine de vacances à bord d’un motor-home avait récolté tous les suffrages de la tribu. À ce stade, peu importaient la destination du périple (l’Italie, l’Écosse, la France, l’Espagne) ou le choix du congé scolaire, l’idée même d’arpenter les routes en "maison roulante" ou de passer la nuit en pleine nature suffisait à griser les esprits. Primaient la découverte, l’expérience d’un autre mode de voyage, la promesse d’une liberté jamais tentée. L’enthousiasme faisait des ravages. Après bien des palabres, nous avions jeté notre dévolu sur le sud-ouest de l’Angleterre. Proche, facile d’accès et plutôt méconnu : un terrain parfait pour cette villégiature ambulante, cette aventure familiale en mode "escargot" - davantage pour la maison sur le dos que pour la vitesse, très appréciable pour la masse de l’engin. Restait la conduite à gauche, avec le volant à gauche… Anyway. L’aventure, c’est l’aventure.

Après le chargement des bagages et des victuailles, il faut d’abord prendre en main la "bête". Car l’engin a de quoi impressionner : sept mètres et demi de long par trois de haut et deux et demi de large. Il est prévu pour cinq personnes mais nous ne sommes que quatre, nous serons donc à l’aise. La route jusqu’à Calais servira essentiellement à caler le mobilhome au centre de la route (repères visuels à l’appui sur le pare-brise et le tableau de bord) et à évaluer l’espace de chaque côté, tout en prévoyant une marge de sécurité. Pour le reste, cela se résume ainsi : regarder loin, tourner large et reculer long (vu la taille du porte-à-faux arrière).

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Regarder loin, tourner large et reculer long

À l’arrivée à Douvres, synchronisation indispensable des repères sur la bande de gauche… Et c’est parti pour le "Wild West" anglais. Une application collaborative disponible sur téléphone, Park4Night, nous renseignera notre objectif du jour : Matley Camp, un campement aménagé spécialement pour les motorhomes dans l’écrin de la New Forest, à quelques encablures à l’ouest de Southampton.

Dans ce parc naturel niché dans la belle campagne du Hampshire, des chevaux sauvages nous accueillent, quelque peu farouches, jusqu’à ce qu’ils acceptent les quelques carottes que nous leur proposons. À renfort de deux longues cales, nous stabilisons notre maison roulante sous un chêne majestueux, sans nous douter que notre réveil du lendemain sera rythmé par le bruit des glands qui, en chutant, tambourinent sur le toit de l’engin. Pour l’heure, place au repas du soir, préparé sur la cuisinière miniature du bloc-cuisine, au centre du véhicule. Nous avions tout prévu dans le réfrigérateur et sa glacière, qui permettent de stocker sans problème pour huit jours.

Le confort à bord est total : le salon aménagé en U autour de la table dépliée se complète en retournant les deux sièges avant. Quant à la toile solaire déroulable sur le flanc du véhicule, elle permet de prolonger l’espace habitable en installant par exemple un salon de camping qui trouve facilement sa place dans l’immense coffre arrière (environ 2 mètres cubes). Par contre, dans un tel cadre, la télévision - avec son antenne satellite à déploiement et réglage automatiques - est tout à fait superflue. La crainte de mal dormir est évacuée dès la première nuit : la literie est bonne et le tangage occasionnel induit par les retournements nocturnes des uns et des autres tient plutôt lieu de berceuse. Au réveil, la nature locale s’impose à nos yeux ébahis quoiqu’à peine ouverts : nous sommes pratiquement cernés par les écureuils, qui gambadent d’un arbre à l’autre, et par les vaches et chevaux sauvages venus brouter les hautes herbes et fougères jouxtant le véhicule. Nous suivons leur ballet par les multiples vitres du motorhome en nous y déplaçant à pas de loup.

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Passage rétréci, collé-serré à quelques centimètres près

Si la sérénité du campement renforce le sentiment de liberté, ce dernier va décroître à mesure que nous empruntons certaines routes secondaires des comtés du Dorset, puis du Devon. Autant en ville, comme dans la très belle station balnéaire de Torquay (la ville d’Agatha Christie) sur la British Riviera, garer un tel mastodonte est encore aisé sur des emplacements disposés en ligne. Autant c’est une autre paire de manches dès lors qu’il faut trouver une place pour visiter un village à pied. Voire y accéder… quand la largeur de la voie est trop réduite pour laisser se croiser deux voitures (et a fortiori si l’un des véhicules est un motorhome). Bien que jalonnée de garages, ce genre de routes est rapidement devenu une épreuve. Passage rétréci, collé-serré à quelques centimètres près, le stress infuse, sans pourtant - jusqu’alors - émousser l’enthousiasme collectif. Jusqu’au moment où il faut faire demi-tour en mille manœuvres avant d’atteindre un campement, inaccessible en raison de la roche qui affleure.

Puis, au sortir d’une voie bordée par deux hauts murs végétaux qui lacèrent les flancs du motor-home, un panneau indiquant "véhicules légers" donne le coup de grâce à nos espoirs d’aller jusqu’au village pittoresque de Branscombe. L’évidence s’impose à nous. Les routes secondaires à trois chiffres seront désormais "via non grata". Dans ces conditions, le camping à la ferme qui nous tendait les bras, à la Woodfarm à Charmouth, constitue une retraite stratégique parfaite. Tant pour rouvrir les horizons sur les douces collines du Dorset que pour effectuer les quelques corvées incontournables du voyage en motorhome : le plein d’eau propre et les vidanges des liquides usagés.

En définitive, hormis ces aspects limitant la liberté de déplacement, le motorhome permet une expérience de voyage incomparable dans le confort d’un "chez-soi" qu’on emmène partout. Vivement la prochaine fois…


5 bonnes raisons de partir en motorhome


1. Comme chez soi

L’image de l’escargot qui chemine avec son refuge sur le dos est très à propos. Cette "maison roulante" permet d’être comme chez soi partout où l’on va. De quoi donner un petit air familier à cet ailleurs qu’on découvre.

2. Immersion

La large baie formée par le pare-brise et les vitres latérales - et qui est maximisée sur un modèle de type "van" (donc sans alcôve au-dessus du poste de conduite) - donne l’impression d’être immergé dans l’environnement.

3. Convivialité

L’espace réduit, quoique confortable, de l’habitacle est très appréciable pour les passagers à l’arrière, qui sont en outre assis autour d’une table (ceintures verrouillées obligatoires sur la route). À l’arrêt, on s’y croise sans (trop) se gêner tandis que le petit salon favorise une belle convivialité.

4. Confort

Salon, cuisine semi-équipée, douche, toilettes chimiques, télévision avec antenne satellite, literie, espaces de rangements multiples, tout est conçu pour le confort des occupants.

5. Liberté

L’impression de pouvoir aller partout où l’on veut est réelle mais parfois bridée par l’étroitesse des routes. C’est dire si la disponibilité d’un système GPS permettant d’introduire les dimensions du véhicule devrait renforcer l’effet de liberté.


Voyager en motorhome

La formule, de plus en plus prisée, a aussi un coût non négligeable. Le modèle Magnum 530 d’Elnagh, mis à disposition par les établissements Bouillard à Manage, est facturé aux alentours de 1 600 euros la semaine.


En savoir plus

Mobicar, le Salon international de la caravane et du motorhome se déroulera du 3 au 7 octobre à Brussels Expo. Infos : www.mobicar.be