L’épidémie de Covid aura eu au moins un effet positif sur le tourisme. En bannissant les destinations lointaines, elle a permis de découvrir des territoires mal connus qui ont fait le plein de visiteurs cet été. C’est le cas de la Franche-Comté, cette région voisine de l’Alsace et de la Suisse qui appartient désormais administrativement à la Bourgogne. 
 
Intéressons-nous à un territoire rural et peu peuplé que l’on appelle les Vosges du Sud, pas très éloigné de nos frontières. En dehors de villes de moyenne importance comme Belfort, Besançon ou encore Vesoul, chère à Jacques Brel, il n’a pas vraiment de quoi attirer l’attention. De fait, s’il existe de nombreuses curiosités – ainsi que de bonnes adresses gourmandes, il est difficile d’y arriver sans s’écarter des sentiers battus et des routes fort fréquentées. Suivez le guide. 
 
En voiture ou en train, on débutera par Belfort, une ville rénovée grâce à son ancien maire Jean-Pierre Chevènement et qui outre ses vestiges historiques, accueillait régulièrement des grands festivals avant que le virus ne s’en mêle. Dans l’attente de jours meilleurs, on fera un tour au Musée d’Art moderne qui réunit une collection incroyable grâce au mécène Maurice Jardot qui en a fait don à sa ville. Il s’y trouve une centaine d’œuvres d’art parmi lesquels des Picasso, Léger, Braque, que l’on s’attendrait plutôt à voir à Londres ou New York. 

Des Picasso de Belfort à l'absynthe de Fougerolles

De Belfort, nous prenons la route de la Haute-Saône où l’on fera une halte à la Chapelle Notre-Dame du Haut à Ronchamp, œuvre du Corbusier, une des constructions religieuses les plus audacieuses du siècle dernier, avec ses formes galbées, ses tours chapelles et son voile de béton en guise de toit.
La Franche-Comté est réputée pour ses eaux-de-vie. Jadis, on en mettait dans le lait des enfants et à l’âge adulte, il était de bon ton pour un “vrai homme” de tenir l’alcool qui accompagnait toutes les étapes de la vie, du mariage aux enterrements en passant par le service militaire. Un conscrit écrit même à sa famille qu’il buvait six à huit litres de vin par jour. Cela se passait en 1968. 
 
Aujourd’hui, on consomme avec davantage de modération, ce qui n’empêche pas d’apprécier les bons produits traditionnels comme ceux à base de cerise. Établi à Fougerolles, dans une ancienne distillerie, l’Écomusée du Pays de la cerise retrace l’histoire et les techniques de la distillation de la culture du cerisier. Il témoigne de 150 années de distillation, de vente et de savoir-faire de la cerise. De la récolte à la mise en bouteille, des alambics au grenier, le visiteur découvre tous les secrets de l’exploitation de la cerise. À proximité, la distillerie Paul Devoille, fondée en 1859, propose ses eaux-de-vie à base de griottes et de fruits ou encore l’absinthe, qui fut interdite en 1915 vu les ravages qu’elle causait dans les campagnes. Cela fait vingt ans que la fée verte, comme la surnommait Oscar Wilde, est à nouveau autorisée. Mais on la déguste pour son goût et non pas en guise d’”assommoir” tel que le décrivait Zola. 
 

Les biscuits de Monbozon, étape gourmande plaisir

Autre étape gourmande, les biscuits de Montbozon, composés de deux petits gâteaux accouplés et aromatisés à la fleur d’oranger. Leur recette est attribuée au cuisinier de Louis XVI. Fuyant Paris pendant la Révolution, il se réfugia dans la campagne franc-comtoise où il apprit à ses hôtes la recette de ce biscuit apprécié par le roi et la reine Marie-Antoinette. Cela a valu au biscuit de Montbozon la flatteuse réputation d’être “le dessert des rois et le roi des desserts”. Il doit être dégusté frais et est donc difficile à trouver en dehors de la région. Récemment, il a été mis à l’honneur dans un film, “Un homme pressé”, où on le propose à Fabrice Luchini, qui joue un natif de la région, pour lui faire retrouver la mémoire !
Prenons la direction du château de Champlitte. De l’extérieur, rien ne le distingue de nombreuses bâtisses historiques. Une fois à l’intérieur, l’impression change radicalement. C’est que le château abrite le musée départemental d’Arts et Traditions populaires. le visiteur peut revivre la vie des paysans et artisans des temps passés avec leurs intérieurs, leurs techniques, leurs croyances et leurs coutumes. On y rencontre des loups, des colporteurs au bistrot et les petits moulins de la fête foraine d’autrefois. 
 
Notre itinéraire se termine dans la ville de Gray, peu connue alors qu’elle recèle au moins deux centres d’intérêt majeur. Le premier est son théâtre municipal, splendide construction à l’italienne doté d’une acoustique remarquable où même, nous dit-on, Jane Birkin a pu chanter sans micro ! Le second est le tour (au masculin) St-Pierre Fourrier. Il s’agit d’un escalier en bois pivotant, le seul en France encore utilisable, qui, une fois tourné (d’où son nom) dissimule l’entrée d’une cellule étroite nichée sous une tourelle. Cette dernière servait de cachette à St-Pierre Fourrier, un religieux qui a dû fuir la Lorraine en 1636. Vu la fragilité et l’étroitesse de l’édifice, on ne visite qu’avec modération.
Un mot sur le logement pour suggérer deux possibilités d’hébergement très différentes mais chacune d’un confort et d’un agrément irréprochables. Il s’agit de la Maison d’hôtes du Parc à Ronchamp, située en bord de rivière dans une belle maison de maître du XIXe avec repas du soir préparé par le maître de maison. Dans un autre registre, le prestigieux château de Rigny met à disposition de ses clients 28 chambres d’un grand confort ainsi qu’un immense parc.