Charles Blé Goudé, ancien "général de la rue" et ex-disciple de Gbagbo

<p>Charles Blé Goudé, alors leader du mouvement nationaliste pro-Gbagbo des Jeunes patriotes, s'adresse à la foule le 21 mars 2011 à Abidjan</p>

Surnommé dans les années 2000 le "général de la rue" pour son charisme et sa capacité à mobiliser les partisans de l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, le controversé Charles Blé Goudé est rentré samedi à Abidjan, acquitté par la justice internationale, comme son ancien mentor dont il s'est désormais éloigné.

Aujourd'hui âgé de 50 ans, l'ex-chef des "Jeunes patriotes", un mouvement pro-Gbagbo, a gravité une décennie durant autour de son président, multipliant les coups d'éclat contre ses bêtes noires: l'actuel président ivoirien Alassane Ouattara, la France et l'ONU.

Cet ancien étudiant en anglais, d'ethnie bété comme Laurent Gbagbo, crève l'écran en 2002, à la faveur du coup d'Etat manqué contre son maître.

La Côte d'Ivoire se retrouve alors coupée en deux, entre un nord tenu selon lui par "les traîtres" d'une rébellion favorable à M. Ouattara et un sud contrôlé par le régime Gbagbo.

En compagnie d'une bande d'amis, il crée "la galaxie patriotique", fer de lance de violentes manifestations antifrançaises, résolue à défendre le président contre les rebelles et le "néocolonialisme" français. L'ambassadeur de France d'alors le traite ouvertement de "petit fasciste".

L'époque est à un climat antifrançais très virulent, le journaliste français Jean Hélène est assassiné par un policier en octobre 2003, un autre journaliste, Guy-André Kieffer, est enlevé en avril 2004, son corps ne sera jamais retrouvé.

Blé Goudé réussit notamment à mobiliser en novembre 2004 des dizaines de milliers de personnes dans les rues d'Abidjan, après que l'armée française, victime d'un bombardement ayant tué neuf de ses hommes, a détruit en représailles l'aviation ivoirienne. Beaucoup de Français, traqués, fuient Abidjan.

"La Côte d'Ivoire n'est pas un département français", lance alors le charismatique Blé Goudé. Les affrontements entre soldats français et manifestants feront une cinquantaine de morts ivoiriens.

- "Forces d'occupation" -

En 2006, l'ONU, dont il qualifie les Casques bleus déployés dans la pays de "forces d'occupation", lui interdit de voyager à l'étranger et gèle ses avoirs.

Quatre ans plus tard, Laurent Gbagbo, qui ne reconnaît pas la victoire d'Alassane Ouattara à la présidentielle de novembre 2010, le nomme ministre de la Jeunesse.

Ce tribun, amateur de football et de musique zouglou, connu pour ses éternelles casquettes, ses habits décontractés et le drapeau ivoirien qu'il porte toujours autour du cou, apparaît en costume aux cravates flamboyantes.

Il invoque Gandhi, Martin Luther King ou Nelson Mandela mais accuse le président français Nicolas Sarkozy et l'ONU de "préparer un génocide" dans son pays.

A la chute de son mentor en avril 2011, après cinq mois de violences qui ont fait plus de 3.000 morts, il s'enfuit au Ghana.

En novembre 2011, il qualifie Laurent Gbagbo de "victime que l'on tente de présenter comme le bourreau" quand celui-ci est livré à la Cour pénale internationale (CPI). En 2013, il est arrêté au Ghana et transféré un an plus tard à son tour à la CPI, après avoir été détenu en résidence surveillée à Abidjan.

Définitivement acquitté en 2021, comme M. Gbagbo, par la CPI, il a patienté plus d'un an pour obtenir un passeport ivoirien et un feu vert du pouvoir en place pour faire son retour.

Depuis sa sortie de prison, il se présente comme un "rassembleur", au-delà des clivages politiques, exprimant notamment "sa gratitude et sa reconnaissance" au président Ouattara.

"Je veux retourner dans mon pays. Je veux aller parler aux miens. Mais moi, je ne veux pas être un chef de clan. Je demande pardon à ceux avec qui je me suis brouillé, et ceux avec qui je n’ai pas la même vision politique. Je veux qu’on tourne la page dans notre pays", déclarait-il en avril 2021 sur RFI.

Désormais à la tête d'un petit parti, le Congrès panafricain pour la justice et l'égalité des peuples (Cojep), il a choisi de ne pas rallier la nouvelle formation politique lancée par Laurent Gbagbo il y a un an, après le retour de ce dernier en Côte d'Ivoire.

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