Tanzanie: l'interdiction des meetings d'opposition levée, nouveau signe d'ouverture politique

<p>La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan, le 26 mars 2021 à Chato en Tanzanie</p>

La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan a annoncé mardi la levée de l'interdiction des meetings qui frappait l'opposition depuis 2016, dans un nouveau signal d'ouverture salué par les formations politiques et les organisations de défense des droits humains.

La cheffe de l'Etat a fait cette annonce lors d'une réunion avec les dirigeants des partis politiques. "L'interdiction des rassemblements politiques est désormais levée", a-t-elle déclaré.

"Vous êtes tous libres de critiquer le gouvernement", leur a assuré la première femme à diriger le pays d'Afrique de l'Est, arrivée au pouvoir après le décès soudain de l'autoritaire John Magufuli en mars 2021.

Les années de présidence de celui qui était surnommé "le bulldozer" pour son style brutal et intransigeant ont été marquées par une répression des médias, de la liberté d'expression et de l'opposition politique.

En juin 2016, huit mois après son élection, il avait interdit les rassemblements publics des partis politiques. Dans les faits, cette interdiction ne frappait que l'opposition, car le parti Chama Cha Mapinduzi (CCM), au pouvoir depuis l'indépendance en 1961, pouvait tenir des meetings où et quand il le souhaitait.

Le chef du principal parti d'opposition Chadema, Freeman Mbowe, a "accueilli positivement" l'annonce de mardi, tout en confiant sa "grande prudence". "Nous attendons de voir l'application (de cette décision) par d'autres responsables gouvernementaux", a-t-il déclaré.

Zitto Kabwe, leader de l'Alliance pour le changement et la transparence (ACT Wazalendo), s'est dit "euphorique" dans un message à l'AFP: "Ce droit avait été retiré par l'État avec un décret présidentiel illégal. La présidente a remis les choses dans l'ordre. C'est quelque chose de normal mais c'est énorme".

- Rupture -

L'arrivée au pouvoir de Samia Suluhu Hassan a marqué une rupture avec l'ère Magufuli - dont elle était la vice-présidente.

La cheffe de l'Etat a notamment tendu la main à l'opposition et autorisé la réouverture de médias interdits.

L'optimisme suscité par ces premières décisions avait été quelque peu douché par l'arrestation en juillet 2021 de Freeman Mbowe et trois responsables de Chadema à Mwanza (ouest), où ils devaient participer à un rassemblement demandant des réformes constitutionnelles.

Mais après sept mois de procès pour "terrorisme", les procureurs avaient abandonné les poursuites contre les quatre hommes, remis en liberté. Samia Suluhu Hassan avait reçu Freeman Mbowe à sa libération.

Quelques semaines plus tôt, elle avait rencontré en marge d'un déplacement à Bruxelles le vice-président de Chadema, Tundu Lissu. Ce dernier, candidat à l'élection présidentielle de 2020 contre John Magufuli, vit en exil en Belgique depuis une tentative d'assassinat en 2017.

- "Aller plus loin" -

L'annonce de mardi "est un geste très important qui, espérons-le, contribuera à corriger la régression des droits civils et politiques durant la présidence Magufuli", a déclaré à l'AFP Oryem Nyeko, chercheur pour Human Rights Watch (HRW).

"Mais la présidente doit aller au-delà de cette annonce", estime-t-il: "Il doit y avoir des actions concrètes pour restaurer un jeu démocratique équitable en Tanzanie".

Après ce "pas bienvenu dans la bonne direction", le gouvernement doit "aller plus loin et oeuvrer pour une meilleure protection des droits de l'homme, notamment en abrogeant ou en modifiant la loi sur les partis politiques", souligne également Roland Ebole, chercheur sur la Tanzanie à Amnesty International, dans un communiqué.

Les formations d'opposition attendent notamment des réformes constitutionnelles en vue de l'élection présidentielle de 2025.

"Nous avons besoin d'un organe électoral indépendant pour permettre des élections libres et équitables", a souligné Freeman Mbowe, en appelant à des réformes garantissant les libertés d'expression et d'association.

"Les prochaines étapes sont 1/ une nouvelle loi sur les partis politiques ; 2/ une nouvelle loi électorale et 3/ le lancement du processus de nouvelle constitution", a énuméré Zitto Kabwe.

Samia Suluhu Hassan a affirmé mardi que "d'autres réformes sont à venir pour garantir que les droits de tous les partis sont respectés" et assuré que son gouvernement était "prêt à relancer les réformes constitutionnelles".

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