La folle semaine du Congrès des Etats-Unis

<p>Le siège vide du président de la chambre des représentants le 4 janvier 2023 à Washington</p>

Mieux qu'à Hollywood, le Congrès des Etats-Unis a vécu une semaine folle qui a débuté comme une comédie familiale, avant de prendre des accents de drame burlesque, puis de thriller, conclu dans une scène haletante samedi aux petites heures.

Le tout autour d'une procédure pourtant aride: l'élection du chef de la Chambre des représentants qui, pour la première fois en plus de 160 ans, a pris quatre longues journées et 15 votes.

- Le bébé et le chien -

Tout a débuté mardi dans une ambiance festive: les représentants élus en novembre doivent prendre leurs fonctions pour la première fois. Ils ont convié leurs proches qui, du balcon, applaudiront quand ils prêteront serment.

Mais le règlement prévoit qu'avant toute chose, ils choisissent leur chef, le "speaker" de la Chambre. Le républicain Kevin McCarthy est censé décrocher le rôle, son parti ayant regagné, de peu, la majorité dans cette enceinte.

<p>L'élue républicaine Nancy Mace enregistre un vote à la Chambre des représentants avec son chien Libby sous le bras, le 5 janvier 2023 à Washington</p>

Sauf qu'une poignée d'irréductibles, représentant la droite de la droite, refusent de lui donner leurs voix, lui reprochant pèle-mêle d'être trop timoré, pas assez solidaire de Donald Trump, d'incarner le "système" ou de ne pas avoir de convictions.

Les votes s'enchaînent mais personne ne décroche la majorité nécessaire. Les familles en profitent pour visiter Washington. Certains enfants descendent dans l'hémicycle, s'y endorment, s'y ennuient.

Le démocrate Jimmy Gomez garde son bébé de 4 mois avec lui. Il déclenche des rires complices en votant avec le petit Hodge cinglé sur son ventre. Jeudi, la républicaine Nancy Mace a voté, elle, avec son chien Libby sous le bras.

- Popcorn et alcool -

Entre-temps, l'ambiance a viré à l'absurde. D'ordinaire, les séances à la Chambre sont régies par des règles strictes qui interdisent évidemment les chiens, mais aussi de critiquer nommément un autre élu, de spéculer sur ses motivations, de le huer...

Mais ces règles doivent être adoptées après le vote du "speaker". Profitant de ce vide, les élus s'en donnent à coeur joie. La républicaine Kat Cammack décroche la palme en accusant les démocrates d'avoir apporté "du popcorn, des couvertures et de l'alcool" pour profiter du spectacle.

<p>La greffière de la Chambre des représentants Cheryl Johnson comptabilise les voix enregistrées par chaque candidat au poste de "speaker" le 6 janvier 2023 à Washington</p>

Au milieu de cette agitation, la greffière Cheryl Johnson s'évertue à rappeler que son rôle est de faire respecter "l'ordre et le décorum jusqu'à l'élection du speaker". Sans grand impact sur les plus turbulents.

"J'adore ça!", lâche la républicaine rebelle Lauren Boebert, pour qui ce chaos est la marque d'une démocratie saine.

Pas convaincus, un nombre croissant d'élus manifestent leur exaspération face aux votes qui s'enchaînent mécaniquement: la démocrate Maxine Waters pousse de longs soupirs, des républicains quittent la séance lors d'un discours du trublion Matt Gaetz...

- Palabres -

Dans cette confusion, des tractations s'engagent peu à peu, alimentant toutes les spéculations.

<p>Des élus républicains prient avant le début d'une séance consacrée à l'élection du "speaker" de la Chambre des représentants, le 6 janvier 2023 à Washington</p>

Les caméras, exceptionnellement autorisées à filmer dans les moindres recoins, captent l'élue de gauche Alexandria Ocasio-Cortez en grande discussion avec le républicain Paul Gosar. En 2021, il avait pourtant posté une vidéo d'animation le montrant en train de la tuer. Cette-fois, il s'enquiert de la stratégie des démocrates.

Le républicain George Santos, snobé mardi par ses pairs parce qu'il a menti sur son CV pendant sa campagne, profite de ce climat de palabres pour sortir de son isolement.

Vendredi, après une nuit de négociations, des élus républicains prient au pied du perchoir, dans l'espoir que la situation se débloque.

A la reprise de séance, Kevin McCarthy s'agite en coulisses. Il ne cesse de quitter son siège pour discuter dans les galeries adjacentes à l'hémicycle. Ses efforts semblent porter de premiers fruits, une quinzaine d'élus rentrent dans le rang.

En milieu d'après-midi, la séance est ajournée, il ne lui manque qu'une poignée de voix.

Elle reprend tard le soir. Kevin McCarthy affiche son optimisme. La déception n'en est que plus vive quand un 14e vote échoue à une voix près. Le visage défait, il fonce sur le banc des dissidents, avant de reprendre contenance. Et de plaider pour un nouveau vote.

"Encore une fois, encore une fois", scandent ses soutiens, déterminés à gagner cette guerre d'usure. Cette fois sera la bonne, les rebelles s'abstiennent, ce qui suffit mécaniquement à lui offrir le perchoir. Il est minuit passé, les applaudissements retentissent.

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