Le PS "coupé en deux" au lendemain de son élection interne

<p>Olivier Faure, premier secrétaire sortant du Parti socialiste français (PS), candidat à sa succession, le 16 janvier 2023 à Ivry-sur-Seine, près de Paris</p>

Un score très serré, des accusations d'irrégularités en pagaille: il n'en fallait pas plus pour que le parti socialiste s'inflige une nouvelle crise ouverte vendredi, au lendemain de l'élection du poste de premier secrétaire.

Après une journée de tensions, les camps des deux candidats se sont finalement mis d'accord pour se retrouver samedi à 13H00 au sein de la commission de récolement afin d'examiner l'ensemble des résultats et tenter de se mettre d'accord sur un scrutin que les deux candidats, Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol, affirment avoir remporté.

Un communiqué du PS a proclamé vendredi matin la victoire du sortant Olivier Faure, avec 50,83% (12.076 voix), soit 393 suffrages de plus que son rival, le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol (49,17%, 11.683 voix).

Cette annonce a été immédiatement contestée par l'élu normand. "Quand nous regardons l'ensemble des chiffres et contentieux, nous sommes en tête de façon claire", a-t-il dit vendredi matin, aux côtés de ses soutiens, les maires de Paris Anne Hidalgo et de Montpellier Michaël Delafosse.

Selon M. Mayer-Rossignol, un millier de voix environ sont sujettes à caution.

"Nous irons jusqu'au bout de l'épuisement de toutes les voies de droit pour faire valoir" cette victoire, a-t-il prévenu, demandant d'abord la tenue de la commission de récolement, et menaçant, faute de l'obtenir, d'aller devant la justice.

Un peu plus tard, le mandataire du premier secrétaire sortant, Pierre Jouvet, a également demandé "une réunion rapide" de cette commission, "afin d’établir le score réel d’Olivier Faure", qu'il estime autour de 54%, "une fois les différentes irrégularités prises en compte".

- "auto-proclamation" -

Auparavant, la direction du PS a tenu une conférence de presse dite "de transparence", faisant énumérer aux responsables des élections du parti les résultats remontés par les fédérations, et les multiples incidents ayant émaillé le scrutin.

Selon la numéro 2 Corinne Narassiguin, les contestations portent sur un plus grand nombre de voix favorables à Nicolas Mayer-Rossignol qu'à Olivier Faure. Un récolement "pourrait creuser l'écart", selon elle, en faveur du sortant.

Quoi qu'il en soit, "le PS apparaît coupé en deux, pas sur les idées mais sur la stratégie", a résumé dans un tweet matinal Valérie Rabault, députée PS et soutien de Nicolas Mayer-Rossignol, appelant à "trouver une voie d'union".

<p>Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen et candidat à l'élection du premier secrétaire du Parti socialiste, le 14 janvier 2023 à Toulouse</p>

"Ce qui se passe est grave, très grave", a dit Anne Hidalgo. Michael Delafosse a demandé à Olivier Faure de ne "pas s'accrocher".

Nicolas Mayer-Rossignol a raconté avoir proposé dans la nuit à Olivier Faure "un compromis, une direction commune, pour qu'on puisse avancer ensemble" et avoir "reçu une fin de non-recevoir".

Mais dans les deux camps, on l'admet: "le spectacle est affligeant". Un proche d'Olivier Faure juge la situation "lamentable. Qui a envie de venir au PS en voyant ça ?".

Le PS peut-il se rassembler après ce psychodrame ? "Il faut que (la tension) retombe", reconnait le député Arthur Delaporte, qui souligne la nature "résiliente" du parti.

- Congrès de Reims en 2008 -

Samedi, peu après 01H30, chaque camp a revendiqué la victoire, avec de part et d'autre des accusations d'irrégularités massives.

Surveillants de scrutin non autorisés à entrer dans des bureaux de vote, urne dans une boîte à chaussures non scellée ou confisquée, bourrage d'urnes, agression physique à Elbeuf (Seine-Maritime), argent liquide pour paiement des cotisations... ont par exemple été recensés.

Pour les militants PS historiques, l’épisode évoque le congrès de Reims, en 2008. Ségolène Royal et Martine Aubry avaient contesté pied à pied les résultats, la seconde finissant par être déclarée victorieuse à l’issue d’un psychodrame de plusieurs jours.

Ce nouvel épisode survient neuf mois après le désastre de la candidature d’Anne Hidalgo à la présidentielle (1,7%).

Le parti avait réussi, en juin, à sauver sa trentaine de sièges de députés au prix d’une adhésion à l'alliance de gauche Nupes, pilotée par les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon, lui-même ancien membre du PS qu'il a quitté en 2008.

Le résultat final aura des conséquences sur cet accord conclu avec LFI, EELV et le PCF, défendu par Olivier Faure, seul moyen selon lui de faire barrage à la droite et à l'extrême droite en 2027.

Nicolas Mayer-Rossignol ne cache pas ses réticences vis-à-vis de LFI et est soutenu par la troisième candidate Hélène Geoffroy, éliminée après le vote de la semaine dernière, et hostile à la Nupes.

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