Halal et casher: Fillon critique des "traditions ancestrales", le Crif se dit choqué par une déclaration "stupéfiante"

AFP
Le Premier ministre François Fillon le 1er mars 2012 à Besançon

François Fillon a suggéré lundi aux grandes religions de revenir sur les "traditions ancestrales" d'abattage rituel des animaux, qui ne correspondent plus aujourd'hui "à grand-chose", tout en précisant que ce n'est ni le "jour ni le moment" d'ouvrir ce débat.

En pleine polémique sur la viande halal, le Premier ministre, s'exprimant à titre personnel, a estimé sur Europe 1 que "les religions devaient réfléchir au maintien de traditions qui n'ont plus grand chose à voir avec l'état aujourd'hui de la science, l'état de la technologie, les problèmes de santé".

"On est dans un pays moderne, il y a des traditions qui sont des traditions ancestrales, qui ne correspondent plus à grand-chose alors qu'elles correspondaient dans le passé à des problèmes d'hygiène", a enchaîné M. Fillon.

"On pourrait y réfléchir", a-t-il ajouté, précisant toutefois que ce n'était "pas le jour et pas le moment d'engager ce débat".

La polémique sur la viande halal a été initiée par la candidate du Front national, Marine Le Pen, puis reprise par Claude Guéant qui l'a même liée au droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales.

Nicolas Sarkozy a pour sa part plaidé samedi à Bordeaux en faveur de "l'étiquetage de la viande en fonction de la méthode d'abattage". Lundi dans l'Aisne, il est revenu sur le sujet devant la presse, : "Un sondage disait il y a dix jours que le premier sujet de préoccupation des français, c'est cette question de la viande halal", a-t-il lancé, alors qu'il avait jugé le 21 février qu'il s'agissait d'une "polémique qui n'a pas lieu d'être".

Il n'est "pas judicieux" et "ce n'est pas le moment de parler" de l'étiquetage de la viande halal ou casher, a réagi lundi le Grand rabbin Bruno Fiszon, spécialiste des questions d'abattage au Consistoire central.

"Si on veut informer, qu'on informe le consommateur sur tous les événements qui ont amené son steak dans l'assiette. Un étiquetage qui se focaliserait uniquement sur le rituel conduirait à une stigmatisation", a-t-il insisté

Sur Europe 1, M. Fillon a défendu la position du président-candidat et réfuté toute stigmatisation des musulmans et juifs de France: "On ne peut demander à la fois la traçabilité de tous les produits et ne pas souhaiter que les Français sachent ce qu'ils mangent".

Il n'a pas désavoué non plus Claude Guéant pour avoir établi un lien entre droit de vote des étrangers et viande halal, soulignant que la position du gouvernement était celle qu'il avait lui-même défendue récemment au Sénat "contre le communautarisme".

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, s'est pour sa part démarqué de cette question. "J'ai déjà dit que le +choc des civilisations+ n'était pas ma tasse de thé. Je pense que le problème de la viande halal est un faux problème en réalité, qu'il y a d'autres vraies questions qu'il faut se poser", a déclaré le maire de Bordeaux.

"Je souhaite qu'on puisse aborder ces questions de manière tranquille et dépassionnée sans en faire immédiatement des combats de chiffonniers ou des chocs de valeurs ou de principes", a ajouté M. Juppé.

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) Richard Prasquier s'est dit lundi "choqué" par la déclaration "stupéfiante" de François Fillon qui a suggéré de revenir sur les "traditions ancestrales" d'abattage rituel des animaux.

"J'ai été choqué de l'entendre s'exprimer ainsi", "la déclaration de François Fillon est stupéfiante", a déclaré à l'AFP Richard Prasquier.

"Même s'il dit que c'est à titre personnel qu'il s'exprime, quand on est Premier ministre, on a une parole officielle. Nous sommes dans un pays de séparation de l'Eglise et de l'Etat", a rappelé Richard Prasquier.

"Nous insistons suffisamment sur la loi de 1905 pour dire qu'un Premier ministre, quand il s'exprime publiquement, même à titre personnel, n'a pas à s'immiscer dans des traditions religieuses", a insisté Richard Prasquier qui compte écrire à François Fillon pour "lui dire que nous avons été surpris de ses déclarations".

"Il serait normal que le président de la République rappelle ce qu'il en est de la loi à ce sujet", a-t-il dit.

Le dîner annuel du Crif, le 8 février à Paris, avait réuni le président Nicolas Sarkozy et le candidat PS à la présidentielle François Hollande.

"Il y a là quelque chose de désagréable, d'humiliant, et de contraire à notre tradition républicaine", a poursuivi le dirigeant associatif à propos de la déclaration de François Fillon.

Sollicité par l'AFP, Richard Prasquier, qui a rappelé que son organisation n'était pas religieuse, a également commenté la proposition samedi du chef de l'Etat d'étiqueter la viande "en fonction de la méthode d'abattage": "Il semble que le candidat Sarkozy n'ait pas tout à fait les mêmes positions que le président Sarkozy. Je le constate."

"Cette mesure aurait des conséquences négatives essentiellement sur la communauté juive", a mis en garde Richard Prasquier.

Interrogé sur son opinion sur la campagne, le président du Crif a répondu: "Je n'en pense pas du bien. Cette campagne devrait discuter de la façon de sortir la France de l'ornière économique dans laquelle elle est."

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