Nucléaire iranien: une France offensive, au risque de l'isolement?

Philippe RATER
<p>La France s'affiche à l'offensive dans les négociations multilatérales de Genève sur le programme nucléaire iranien, au risque d'apparaître isolée et de provoquer d'éventuelles tensions avec ses alliés.</p>

La France s'affiche à l'offensive dans les négociations multilatérales de Genève sur le programme nucléaire iranien, au risque d'apparaître isolée et de provoquer d'éventuelles tensions avec ses alliés.

"On travaille à mobiliser le groupe des six" (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Chine et Russie) "et on y arrive", assure-t-on dans l'entourage du chef de la diplomatie française Laurent Fabius, en rejetant catégoriquement tout isolement. "Personne ne nous dit +vous êtes trop exigeants+", ajoute-t-on de même source.

De fait, c'est ce ministre qui intervient le plus souvent pour dire publiquement que des problèmes persistent dans les négociations et pour placer la barre des demandes assez haut, officiellement pour éviter toute ambiguité.

"Les Américains, l'Union européenne et les Iraniens travaillent intensivement depuis des mois sur ce processus et il ne s'agit rien de plus que d'une tentative de Fabius de se donner une importance tardivement", soupire un diplomate occidental sous couvert d'anonymat, sans chercher à cacher une certaine exaspération.

Discussions tous azimuts

Vendredi et samedi, des discussions tout aussi intenses que celles menées avec les Iraniens, se sont tenues entre Américains, Britanniques, Français et Allemands pour unifier les positions.

"La France voudrait que les autres aillent aussi négocier pour les points qu'elle soulève", indiquait-on samedi dans la journée de source proche des discussions.

Les Français gardent en tête l'échec de 2003-2004 lorqu'un accord international prévoyant la suspension de l'enrichissement d'uranium par l'Iran avait volé en éclats faute d'avoir été suffisamment sécurisé.

A Genève, la France plaide pour que soient précisés l'avenir du stock d'uranium iranien enrichi à 20% et celui du réacteur en construction à Arak, ainsi que les conditions d'une éventuelle possibilité à l'avenir pour Téhéran de continuer à enrichir sous un étroit contrôle.

"L'intérêt est d'élever le niveau de l'accord", martèle-t-on à Paris. Au risque de ne pas avoir d'accord du tout à ce stade ?

La position intransigeante de la France était samedi après-midi de plus en plus critiquée.

En Iran, des députés iraniens ont accusé Laurent Fabius de défendre "les positions" d'Israël qui dénonce l'accord en discussion.

"L'attitude du représentant de la France montre que ce pays fait du chantage", a réagi Hossein Taghavi, porte-parole de la Commission des Affaires étrangères du Parlement iranien, cité par l'agence Fars. L'agence officielle Irna a quant à elle affirmé que le ministre français "entravait" l'accord entre l'Iran et les grandes puissances.

Dans ses interventions, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif s'est toutefois abstenu de s'en prendre directement à Paris comme il l'avait fait mercredi dans un entretien au journal Le Monde, en jugeant que la France était plus radicale que les Etats-Unis.

Samedi, il a certes relevé qu'il y avait "des différences de vues" au sein des grandes puissances, mais tout en soulignant qu'il y avait avec la partie iranienne des accords sur certaines questions et des divergences sur d'autres. Et de préciser que si nécessaire, "une autre date sera fixée" pour de nouvelles discussions.

Pour François Géré, historien, qui s'exprimait à la radio France Inter, "on a le sentiment que la France est aujourd'hui assez isolée". "C'est le seul pays qui fait du maximalisme" alors qu'un accord est proche, croit-il savoir.

A Genève, en milieu d'après-midi, certaines délégations spéculaient sur le poids dans les discussions du vice-ministre chinois des Affaires étrangères, attendu en fin d'après-midi. Entre les délégations, il n'y a toujours pas de "texte consolidé", indiquait-on aussi de source proche du dossier, en évoquant un nouveau flou de la partie iranienne sur ses positions.

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