Le combat d'Anne Baldassari pour rester à la tête du musée Picasso

Pascale MOLLARD-CHENEBENOIT
<p>Anne Baldassari, directrice du Musée Picasso le 10 février 2006 au Musée Picasso à Paris</p>

Elle se bat comme une lionne pour garder son poste. A la tête du musée Picasso depuis huit ans et demi, Anne Baldassari a conduit l'agrandissement de cet établissement avec passion, perfectionnisme mais aussi avec des méthodes de management contestées.

"J'ai donné ma vie à ce musée. Je l'ouvrirai. Un point, c'est tout!", déclarait mi-février Anne Baldassari en faisant visiter le chantier à l'AFP.

Une partie du personnel du musée Picasso a déploré jeudi "le malaise social" qui règne dans le musée, dans une déclaration transmise à l'AFP par une cadre de cet établissement public parisien fermé depuis cinq ans pour travaux.

"Le ministère de la Culture n?a cessé de répéter que le climat social et les méthodes de management de la présidente le préoccupaient énormément: les agents du musée le rejoignent tout à fait sur ce constat, qu?ils partagent amplement, et attendent qu?en soient tirées des conséquences immédiates", écrivent ces agents qui disent être au nombre de 25.

Ils égrènent les reproches: "absence de décisions, travail trop souvent nié, décisions fréquemment modifiées, absence de réponse aux mails et notes adressées à la présidente, autoritarisme, non gestion des problèmes, déni de la réalité, refus de la planification (...)".

Anne Baldassari a aussitôt riposté en déplorant une "man?uvre de dernière heure qui (...) tente de s?opposer à la solution d?apaisement se dégageant de sa rencontre au même moment, mercredi, avec le cabinet de la ministre en vue de réussir la bonne réouverture du musée dans les meilleurs délais".

Mme Baldassari, qui précise que le musée compte actuellement 68 agents, suite aux recrutements récents, "conteste la validité" du texte, et la façon dont les soutiens ont été recueillis, dans une déclaration écrite.

Depuis plusieurs jours, une polémique fait rage autour de la date de réouverture du musée et d'un éventuel remplacement d'Anne Baldassari.

Le ministère de la Culture a décidé de rouvrir le musée en septembre, plutôt que fin juillet comme le demandait Mme Baldassari.

-Claude Picasso prêt à jouer le 'médiateur'-

Cheveux longs blond argenté, yeux clairs, Anne Baldassari, 59 ans, a encore des allures d'étudiante. Cette conservatrice du patrimoine, fougueuse et vive, semble tout entière habitée par Picasso et par la mission que lui a confiée le ministère de la Culture en octobre 2005 de réveiller et d'agrandir son musée. Hébergé dans l'Hôtel Salé, dans le Marais, le musée, ouvert en 1985 grâce à la donation de la collection particulière de l'artiste et enrichi par des dations de ses héritiers, était trop à l'étroit et sa fréquentation avait fortement baissé. Le musée est fermé en août 2009. Pour autofinancer une partie des travaux, la présidente Anne Baldassari, entrée au musée en 1992, organise un grand tour du monde des oeuvres de Picasso, en près de vingt expositions étalées sur plusieurs années. Il rencontre un vif succès et rapporte au final 31 millions d'euros, sur les 52 millions que coûtent les travaux. L'apport de l'Etat se monte à 19 millions.

Les travaux démarrent enfin en 2011. Le chantier est complexe. Il est remanié, ce qui amène des retards. Un premier directeur général, Hervé Cassagnabère, démissionne car il ne parvient pas à travailler avec Anne Baldassari. Son successeur, Laurent Sorbier, reste un an et demi avant d'être remplacé par Erol Ok.

En janvier, le ministère de la Culture fait savoir qu'il suit de "très près" le "climat social" dans le musée. Et il demande un rapport à l'inspection générale des affaires culturelles (Igac) du ministère. Remis en mars, celui-ci dresse un constat sévère pour Mme Baldassari, selon une source proche du dossier. Les démissions se poursuivent, dont celle du directeur de la maîtrise d'ouvrage.

Claude Picasso, le fils du peintre, qui soutient Anne Baldassari, a plaidé sa cause lundi auprès du Premier ministre Manuel Valls et il se dit prêt à jouer "le médiateur", dans un entretien au Figaro mercredi.

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