Syrie: les jihadistes avancent vers Kobané mais sont freinés par les frappes

Fulya OZERKAN, avec Rita DAOU à Beyrouth

Les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) continuaient dimanche leur avancée vers la ville syrienne kurde de Kobané, mais les frappes de la coalition internationale freinent leur progression selon des témoins.

Pour la troisième journée consécutive, la ville assiégée était soumise à des tirs d'obus de l'EI qui cherche à s'en emparer pour s'assurer le contrôle sans discontinuité d'une longue bande de territoire à la frontière syro-turque.

Du côté turc de la frontière, des colonnes de fumées étaient visibles au-dessus de Kobané, alors que le bruit des obus et des avions de combat dans le ciel était audible, selon des journalistes de l'AFP.

"L'EI a réussi à prendre samedi soir la partie sud de la colline de Machtanour située au sud-est" de Kobané (Aïn el-Arab en arabe), a indiqué à l'AFP le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.

Si les jihadistes, qui se trouvent à environ un ou deux kilomètres de la ville selon les endroits, s'emparent de la totalité de cette colline, "tout Kobané sera dans leur viseur et sa prise deviendra plus facile", selon lui.

Il a fait état de sept nouvelles frappes le soir même des avions de la coalition dirigée par les Etats-Unis contre les positions de l'EI autour de la ville, ce qui, selon lui, "entrave la progression du groupe".

- "Des centaines de morts" -

"Si la coalition n'avait pas lancé des raids hier (samedi), l'EI serait maintenant dans le centre de Kobané", a affirmé un militant, Mustapha Abdi. La ville est défendue par les combattants des Unités de protection du peuple (YPG, principale milice kurde syrienne), moins nombreux et moins bien armés que les jihadistes.

Le chef de l'OSDH a indiqué que "des centaines" de combattants "des deux camps" étaient morts dans les combats et les frappes depuis le début de l'assaut jihadiste le 16 septembre. Son ONG, qui s'appuie sur un large réseau d'informateurs, de militants et de sources médicales en Syrie, pays ravagé par la guerre civile depuis mars 2011, a fait état de 23 morts samedi parmi les YPG et 33 de l'EI.

L'offensive des jihadistes a également poussé à la fuite quelque 300.000 habitants, dont 180.000 ont trouvé refuge en Turquie.

Certains d'entre eux veulent retourner à Kobané pour combattre, mais en sont empêchés par les autorités turques à la frontière, a constaté une journaliste de l'AFP.

"Je n'abandonnerai pas Kobané avant d'avoir versé la dernière goutte de mon sang", affirme une mère de famille, Hatice Mohammed Hussein.

Les frappes des Etats-Unis et de leurs alliés arabes dans la région de Kobané, où il ne resterait que quelques milliers de civils, ont commencé ces derniers jours après le début de l'intervention de la coalition en Syrie le 23 septembre.

- Le père d'un otage US implore l'EI -

Selon des experts et d'ex-responsables militaires américains, le sort de Kobané illustre bien les limites d'une intervention exclusivement aérienne sans appui au sol pour guider les frappes.

"Les Kurdes font face à des combattants bien organisés et bien équipés", affirme Seth Jones, un ancien conseiller militaire américain. "Il s'agit d'un problème plus large qui concerne toute la Syrie où l'intervention américaine n'est pas vraiment bien coordonnée avec des forces sur le terrain, en partie à cause du nombre pléthore de groupes rebelles", selon lui.

Après la révulsion suscitée dans le monde par la décapitation par l'EI de l'humanitaire britannique Alan Henning, les parents de Peter Kassig, un otage américain menacé par ce groupe, ont imploré ses ravisseurs de "faire preuve de compassion et de libérer" leur fils.

L'EI a déjà décapité depuis fin août deux journalistes américains et un humanitaire britannique enlevés en Syrie, en représailles aux raids américains contre ses positions en Irak puis en réponse à la participation britannique à la coalition anti-jihadistes.

La Grande-Bretagne a néanmoins affirmé qu'elle utiliserait tous ses "moyens pour vaincre cette organisation barbare". Et les Etats-Unis ont réaffirmé leur détermination à en finir avec ce groupe.

Fort de dizaines de milliers d'hommes recrutés sur place et à l'étranger, notamment en Occident, l'EI a profité de la guerre en Syrie et de l'instabilité en Irak pour s'emparer de vastes régions où il commet de terribles exactions -viols, rapts, exécutions, persécutions.

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