Partygate: Downing Street mis en cause au sommet

Germain MOYON
<p>Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, ajustant son noeud de cravate le 24 mai 2022 lors d'une réunion à Downing Street</p>

Cruciale pour l'avenir politique de Boris Johnson, l'enquête administrative sur le "partygate" a mis en cause mercredi la responsabilité du sommet de Downing Street pour toute une série de fêtes alcoolisées tenues dans la résidence du Premier ministre pendant les confinements anti-Covid.

Alors qu'il avait semblé ces dernières semaines en position de surmonter ce scandale susceptible de le déloger du pouvoir, le chef du gouvernement conservateur a dû s'employer une nouvelle fois à faire acte de contrition, disant assumer mais vouloir "aller de l'avant".

Il réagissait cette fois aux conclusions de la haute fonctionnaire Sue Gray, réputée intraitable. Ce rapport détaille, événement par événement, emails et photos à l'appui, ce qui se déroulait dans les coulisses du pouvoir pendant que les Britanniques étaient confinés: pots très alcoolisés - jusqu'à parfois en être indisposé - avec altercations, musique, départ par des portes dérobées et parfois irrespect pour les agents de sécurité ou d'entretien.

Sans nommer de responsables ni recommander de sanctions, Sue Gray met en cause le pouvoir au plus haut pour ces événements qui "n'auraient pas dû être autorisés à se produire".

"Certains des fonctionnaires les moins expérimentés ont cru que leur participation à certains de ces événements était autorisée étant donné la présence de hauts dirigeants. Les hauts dirigeants, qu'ils soient politiques ou officiels, doivent assumer la responsabilité de cette culture", estime-t-elle.

Devant les députés, Boris Johnson a assuré assumer "l'entière responsabilité de tout ce qui s'est passé", renouvelant ses excuses mais se montrant décidé à rester en poste pour "se concentrer sur les priorités des Britanniques", guerre en Ukraine et inflation galopante.

- "Beergate" travailliste -

Le chef de l'opposition travailliste Keir Starmer a sans surprise appelé à son départ pour "restaurer la dignité" au pouvoir: "On ne peut pas à la fois faire la loi et la violer".

Mais ce dernier est fragilisé lui-même par une enquête de police en cours sur le "beergate", ces bières et currys partagés avec son équipe en campagne l'an dernier malgré les restrictions.

Et en l'absence d'élections, la question est maintenant de savoir si ces nouveaux éléments seront suffisants pour relancer la colère au sein de la majorité, un temps apaisée, voire de démontrer que le chef du gouvernement a menti au Parlement en assurant qu'aucune règle n'avait été enfreinte, ce qui pourrait précipiter son départ.

"Etes vous prêts à défendre, jour après jour, cette attitude publiquement?" a lancé le député conservateur Tobias Ellwood à ses collègues.

Après avoir vu sa popularité chuter pendant l'hiver en raison du "partygate", Boris Johnson est parvenu à apaiser ses troupes en se montrant en pointe du soutien occidental à l'Ukraine face à l'invasion russe.

Son parti a cependant essuyé de lourdes pertes lors d'élections locales début mai, écornant l'image de machine à gagner dans les urnes qui a longtemps protégé l'ancien maire de Londres, et l'inflation historique alimente le mécontentement.

- Enquête parlementaire -

Le gouvernement doit annoncer un nouveau plan d'aide aux ménages étranglés par la flambée des factures d'énergie, ce que l'opposition a lié à la volonté de faire oublier le "partygate".

Très attendus, les travaux de Sue Gray avaient longtemps été retardés par l'enquête menée parallèlement par la police. Cette dernière s'est achevée la semaine dernière en révélant l'ampleur des violations aux règles anti-Covid imposées par Downing Street en réponse à la pandémie qui a fait près de 180.000 morts au Royaume-Uni.

Au total, 126 amendes ont adressées pour infractions lors de huit événements, dont une à Boris Johnson lui-même pour un pot d'anniversaire surprise en juin 2020.

Ce bilan a malgré tout été considéré comme relativement clément pour le Premier ministre, qui avait participé à des rassemblements en apparence plus graves.

Boris Johnson a toujours refusé de démissionner. Mais si les nouveaux éléments publiés convainquent plus d'une cinquantaine de députés de la majorité de le lâcher, il risque de se retrouver visé par une motion de défiance, près de trois ans après son arrivée triomphante à Downing Street en plein psychodrame du Brexit.

Le rapport pourrait aussi alimenter les accusations de mensonges qui seront examinées par une autre enquête prévue, celle-ci parlementaire. Si cette dernière conclut qu'il a trompé la Chambre des Communes en affirmant ne pas avoir enfreint les règles, il est censé démissionner.

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