La Colombie aux urnes pour un nouveau président, le candidat de gauche en favori

Hervé BAR
<p>Un employé balaie une salle où des urnes ont été installées pour l'élection présidentielle de dimanche, à Bogota, le 28 mai 2022</p>

Les Colombiens votent dimanche pour se choisir un nouveau président, avec en leitmotiv le changement auquel aspire la grande majorité des Colombiens, et en favori un opposant, Gustavo Petro, qui pourrait devenir le premier président de gauche de l'histoire récente du pays.

"L'heure de vérité est arrivée", a résumé la presse du jour, parlant d'une élection "historique", au terme d'une campagne "épuisante, très trouble et terriblement polarisée".

Le président conservateur sortant Ivan Duque, qui ne peut pas se représenter, a ouvert le scrutin en votant au petit matin à Bogota, soulignant l'ancienneté comme la force de la démocratie colombienne.

Dans la capitale sous le crachin et la grisaille, le vote a commencé en douceur dans le centre-ville, sans grande file d'électeurs devant les écoles et autres salles municipales, a-t-on constaté. La mobilisation matinale était beaucoup plus visible sous le soleil en province, comme à Cucuta (nord), ville frontalière du Venezuela.

- "Vent en poupe" -

<p>L'opposant de guache et favori des sondages à la présidentielle colombienne vote en famille au premier tour du scrutin le 29 mai à Bogota.</p>

Près de 39 millions d'électeurs sont attendus dans 12.000 bureaux de vote, où ils auront le choix entre six candidats.

En tête des sondages, le sénateur de gauche Gustavo Petro, un ex-guérillero converti à la social-démocratie, économiste et ancien maire de Bogota, a su capitaliser sur la soif de "changement" dont il a fait son emblème.

Son accession à la magistrature suprême serait un séisme politique dans un pays où les conservateurs monopolisent le pouvoir depuis des décennies.

"L'heure est à la confiance, à la coexistence et à la volonté de changement", a-t-il déclaré avant de voter en famille à Bogota.

<p>Un homme lit le programme du candidat présidentiel colombien Gustavo Petro, de la coalition de gauche Pacto Historico, à Medellin, en Colombie, le 27 mai 2022</p>

C'est la troisième fois que M. Petro, 62 ans, participe à une présidentielle, avec cette fois-ci comme colistière pour la vice-présidence une Afro-colombienne, Francia Marquez, charismatique activiste au discours féministe et antiraciste, qui s'est déjà imposée comme l'un des phénomènes marquants de cette présidentielle.

En face, le candidat conservateur Federico Gutierrez, ancien maire de Medellin (deuxième ville du pays), se veut le défenseur des Colombiens "ordinaires", auxquels il promet "ordre et sécurité".

Du discours classique dénonçant l'épouvantail "communiste", "Fico", pour ses partisans, a lui aussi adopté ces derniers jours l'antienne du changement, se disant le candidat du "bon sens", tout en prenant bien soin de se démarquer de la vieille droite colombienne, aujourd'hui en pleine bérézina.

<p>Le candidat de la coalition Equipo Colombia, Federico Gutierrez (C), salue ses partisans lors d'un rassemblement à Bogota, le 3 mai 2022</p>

"Fico" est sérieusement talonné dans les sondages par le candidat indépendant Rodolfo Hernandez, entrepreneur millionnaire de 77 ans au discours populiste vilipendant la corruption. Souvent qualifié de "Trump colombien" par la presse, M. Hernandez a voté dans son fief de Bucaramaga (nord).

"Tout est bien organisé, cela ne m'a pris que quelques minutes pour voter", se félicitait Eliana, infirmière de 36 ans à Bogota, pour qui "la gauche a le vent en poupe à ces élections, surtout chez les jeunes".

- "Boum!" -

"Nous voulons tous un changement", a déclaré Elison, employé d'hôtel de 34 ans.

D'autres électeurs déploraient l'habituel duel gauche/droite. "Nous n'avons le choix qu'entre ces deux chemins", regrettait John, commerçant de 54 ans.

"Quelque soit le résultat, ça va faire boum!", a estimé Valentina, étudiante de 19 ans, "émue" de voter pour la première fois à des élections "décisives".

Les bureaux seront ouverts jusqu'à 16H00 locales (21H00 GMT). Les résultats de ce premier tour sont attendus dans la soirée. Un second tour est prévu le 19 juin dans le cas très vraisemblable où aucun des candidats ne passe la barre des 50%.

Le scrutin se déroule dans un climat de vives tensions politiques, après quatre années sans grande réforme de fond marquées par la pandémie, une forte récession, des manifestations massives dans les villes et une aggravation de la violence des groupes armés dans les campagnes.

Le "paro" (grève) du printemps 2021, sévèrement réprimé par la police, a révélé l'ampleur des frustrations, en particulier chez les jeunes, face à la pauvreté, aux inégalités et à la corruption, mal endémique du pays.

Dans les zones rurales, guérillas et groupes armés liés au narcotrafic ont accru leurs violences et leur emprise au sein des communautés, mettant à mal les quelques acquis de l'accord de paix signé en 2016 avec les FARC marxistes.

Une pléthore d'observateurs internationaux, notamment de l'Union européenne, surveillent le scrutin, mais également près de 120.000 scrutateurs mandatés par les deux principaux candidats.

Le gouvernement a déployé dans le pays un total de 300.000 policiers et militaires pour sécuriser le vote.

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