Procès du 13-Novembre: l'accusation reconstitue, pièce par pièce, "le puzzle" des attentats

Anne-Sophie LASSERRE, Alain JEAN-ROBERT et Marie DHUMIERES
<p>Des policiers devant la salle d'audience du palais de justice de Paris à l'ouverture du procès des attentats du 13 novembre 2015, le 8 septembre 2021</p>

Neuf mois jour pour jour après l'ouverture d'une audience inédite, le parquet national antiterroriste (Pnat) a commencé mercredi à prendre ses réquisitions au procès des attentats du 13-Novembre, reconstituant pièce par pièce "le puzzle" des pires attaques commises sur le sol français.

Ce réquisitoire à trois voix, prévu pour s'étaler sur une quinzaine d'heures et trois jours, a débuté par un propos liminaire rappelant le fracas de ces attentats "dans la vie de tous les Français", la "sidération" suscitée au-delà des 130 morts à Paris et Saint-Denis.

Face à ce "drame hors norme" auquel a répondu "une enquête hors norme", face à des faits qui "s'inscrivent dans l'Histoire", c'est un "procès +normal+" qui se tient depuis le 8 septembre devant la cour d'assises spéciale de Paris, a tenu toutefois à rappeler l'avocate générale Camille Hennetier.

Les longs mois de débats auront-ils permis de comprendre "pourquoi de jeunes Français, Belges, des Irakiens" ont semé la mort au Stade de France, sur des terrasses de cafés et au Bataclan ? "Du procès ne jaillit pas toujours la vérité, mais une vérité judiciaire", a prévenu la magistrate.

Ce dossier titanesque n'est pas exempt de "zones d'ombre" "sur ce qui peut conduire à la haine de son pays, à la haine de l'autre", sur les accusés et les faits eux-mêmes, a poursuivi la représentante du Pnat.

- "Réponses dans le box" -

"Toutes ces questions qui nous taraudent ont une réponse et cette réponse se trouve dans le box" des accusés, a tranché Camille Hennetier, avant de rentrer dans le vif du dossier.

Tout au long du réquisitoire, l'accusation va "proposer une grille de lecture", a-t-elle assuré, à commencer par la genèse des attentats, projetés depuis la Syrie par l'organisation Etat islamique (EI).

A sa suite, son collègue Nicolas Braconnay s'est attaché à redessiner les liens et les points communs "entre les 33 terroristes identifiés" de la cellule jihadiste qui a également frappé Bruxelles le 22 mars 2016.

A la tête de cette cellule, le commanditaire présumé des attaques, Oussama Atar, un "vétéran du jihad" qui a connu une "ascension fulgurante dans la hiérarchie" de l'EI dès début 2014, présumé mort en zone irako-syrienne et jugé en son absence à Paris.

Son frère cadet, Yassine Atar, est lui bien présent dans le box des accusés, et se sera fait remarquer lors des débats par "l'énergie" déployée pour se dégager d'un aîné "encombrant", a relevé Nicolas Braconnay.

Le magistrat a ensuite longuement décrypté les liens de proximité entre Yassine Atar et ses cousins, les frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui, logisticiens en chef de la cellule et futurs kamikazes à Bruxelles.

Dans une démonstration rigoureuse mais aussi parfois aride, le ministère public a aussi retissé face à la cour les liens entre les frères El Bakraoui et deux autres accusés présents dans le box: Mohamed Bakkali et Ali El Haddad Asufi.

- "Interchangeables" -

Les réquisitions aborderont par la suite l'organisation des attaques, "le cauchemar du 13-Novembre" et ses suites.

Concernant Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos qui ont semé le chaos le 13-Novembre, un "groupe dont les membres étaient interchangeables jusqu'au dernier moment", il doit être considéré comme un "coauteur" des attentats, pas un complice, a estimé le Pnat.

Mutique pendant l'enquête, le Français de 32 ans a répondu aux questions pendant le procès, affirmant avoir renoncé "par humanité" et pas "par lâcheté" à actionner sa ceinture explosive dans un bar du XVIIIe arrondissement de Paris.

Sa "vérité" a peiné à convaincre l'accusation, qui a toujours privilégié la thèse d'un défaut de fonctionnement de la ceinture.

Aux côtés du principal accusé sont également jugés son ami d'enfance, Mohamed Abrini, "l'homme au chapeau" des attentats de Bruxelles qui était aussi "prévu" pour le 13-Novembre, et des "bons copains" qui ont aidé Salah Abdeslam pendant sa cavale.

Après avoir démontré quelles sont, selon eux, les responsabilités de chacun, les représentants du Pnat réclameront vendredi les peines à l'encontre des 20 accusés, dont douze encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

<p>Croquis de la salle d'audience de la cour d'assises spéciale de Paris, lors du procès des attentats du 13-Novembre 2015, le 16 septembre 2021</p>

Après les réquisitions, la parole sera donnée à la défense à partir du 13 juin. Le verdict est attendu le 29 juin.

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