En Colombie, une présidentielle de rupture et "au finish"

Hervé BAR
<p>Préparation du matériel électoral dans un bureau de vote à Bucaramanga, le 18 juin 2022 en Colombie</p>

La Colombie a commencé à voter dimanche pour choisir son nouveau président entre l'opposant de gauche Gustavo Petro ou l'homme d'affaires indépendant Rodolfo Hernandez, deux candidats qui promettent, chacun à leur manière, un changement radical pour un pays un crise.

"Quelque soit le gagnant dans les urnes, le pays connaitra un grand changement" à l'issue de cette "journée historique", titrait dimanche matin un grand quotidien local.

"Ces élections sont les plus serrées de l'histoire récente du pays", résumait un autre média, alors que les derniers sondages publiés il y a une semaine donnaient les deux candidats à quasi-égalité au terme d'une campagne à l'atmosphère exécrable.

Le président conservateur sortant Ivan Duque, qui ne peut pas se représenter, a voté au petit matin près de la présidence à Bogota, marquant le début officiel du scrutin.

M. Hernandez, grand sourire et dans son habituel polo à manche longue, a voté dans son fief de la grande ville du nord de Bucaramanga, a également constaté l'AFP.

Près de 39 millions d'électeurs sont attendus jusqu'à 16H00 locales (21H GMT) dans 12.500 bureaux de vote pour départager les deux candidats "anti-establishment".

Environ 320.000 policiers et militaires assureront la sécurité du scrutin, sous l'oeil de nombreux observateurs internationaux. Comme lors du premier tour, qui s'était déroulé dans le calme, les résultats sont attendus dans la soirée.

L'hypothèse d'un résultat trop serré a inquiété ces derniers jours, faisant craindre de possibles débordements, ainsi que des accusations de fraude, alors que M. Petro a exprimé ses doutes sur le logiciel servant pour le décompte après des erreurs en sa défaveur aux législatives de mars (remportées par son camp).

- Campagne "poubelle" -

Dimanche soir, le sénateur Gustavo Petro, ex-guérillero reconverti à la social-démocratie et ancien maire de Bogota pourrait devenir le premier président de gauche de la Colombie.

<p>Une affiche du candidat à la présidentielle Gustavo Patro, le 16 juin 2022 à Bogota, en Colombie</p>

Ou la direction du pays pourrait être confiée à l'inclassable millionnaire Rodolfo Hernandez, ex-maire d'une grande ville du nord, qualifié surprise qui a mis la droite hors-course au premier tour en promettant d'en finir avec les "voleurs" et la "bureaucratie".

M. Petro, 62 ans, était arrivé largement en tête du premier tour le 29 mai, avec 40% contre 28% à M. Hernandez, 77 ans, et une participation de 55%. A eux deux, ils ont défait les élites conservatrices et libérales qui monopolisent le pouvoir depuis deux siècles.

<p>Résultats du premier tour de l'élection présidentielle en Colombie, d'après des résultats officiels</p>

Le magnat de l'immobilier a cependant reçu immédiatement le soutien de la droite traditionnelle et sa figure tutélaire, l'ex-président Alvaro Uribe (2002-2010).

Ces trois dernières semaines de campagne "poubelle" -selon l'expression de la presse- ont été marquées par les invectives, accusations en tout genre, désinformation, espionnages... avec une course à l'échalote des deux camps pour se montrer le plus "proche des gens", via les réseaux sociaux.

"En moi, vous trouverez un gladiateur", a juré M. Hernandez cette fin de semaine. "Je réduirai la taille de l'État, mettrai fin à la corruption et remplacerai les fonctionnaires incapables et corrompus placés par les gouvernements précédents", a clamé sur Twitter celui qui se vante "de dire les choses crûment", autoproclamé "roi de TikTok" ou encore "le vieux".

<p>Des posters du candidat à la présidentielle Rodolfo Hernandez sur un camion dans une rue de Bucaramanga, le 18 juin 2022 en Colombie</p>

Son rival de gauche promet quant à lui un programme "progressiste" en faveur de "la vie", avec un Etat plus fort, plus d'impôts pour les riches ou encore la transition énergétique.

"Le pays a besoin de justice sociale pour pouvoir construire la paix (...) c'est-à-dire moins de pauvreté, moins de faim, moins d'inégalité, plus de droits", a-t-il répété samedi.

- Inquiétudes -

L'élection se déroule dans un contexte de crise profonde du pays. Les quatre années de mandat d'Ivan Duque ont vu peu de réformes de fond.

<p>Des soldats en patrouille à Bogota, à la veille de l'élection présidentielle, le 18 juin 2022 en Colombie</p>

Elles ont été marquées par la pandémie, une sévère récession, des manifestations antigouvernementales massives durement réprimées, et une aggravation de la violence des nombreux groupes armés qui sévissent dans les campagnes et s'affrontent pour le narcotrafic.

Malgré la soif de changement du pays, les deux candidats inquiètent.

M. Hernandez a "peu d'expérience au niveau national, a peu parlé de la façon dont il va gouverner, il n'a pas de représentant au Congrès (...)", pointe Patricia Ines Munoz, politologue à l'Université de la Javeriana.

Avec M. Petro, "l'inquiétude vient de l'expérience des gouvernements de gauche dans la région (...)", notamment au Venezuela voisin. "Il suscite beaucoup de peur chez une partie des citoyens, mais aussi chez les entreprises et certains secteurs économiques."

La "première tâche" du prochain président sera pourtant de "recomposer cette société fracturée (...). Aucun des deux ne pourra gouverner seul, sans prendre en compte l'autre moitié du pays et ceux qui n'ont pas voté", souligne Mm Munoz.

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