Séisme en Afghanistan: les secouristes s'activent dans des conditions difficiles

Emmanuel PEUCHOT et Abdullah HASRAT
<p>Des habitants installent des tentes au milieu des maisons détruites par un séisme, le 23 juin 2022 dans la province de Paktika, dans le sud-est de l'Afghanistan</p>

Les sauveteurs tentaient désespérément jeudi de venir en aide aux victimes du séisme qui a fait au moins un millier de morts dans le sud-est de l'Afghanistan, mais leurs efforts étaient entravés par le manque de moyens, le terrain montagneux et les pluies abondantes.

Le tremblement de terre, d'une magnitude de 5,9, est survenu aux premières heures de mercredi dans cette région rurale pauvre et difficile d'accès, frontalière du Pakistan.

Déjà aux prises avec une crise économique et humanitaire, l'Afghanistan est frappé par une nouvelle tragédie, qui constitue un lourd défi pour les talibans, au pouvoir depuis la mi-août 2021.

Il s'agit du séisme le plus meurtrier qu'ait connu l'Afghanistan en plus de deux décennies.

Au moins un millier de personnes ont péri et 1.500 ont été blessées dans la seule province de Paktika, la plus affectée, selon les autorités qui craignent que le bilan ne s'élève encore, nombre de personnes restant piégées sous les décombres de leurs maisons effondrées.

"J'étais endormi quand le tremblement de terre s'est produit (...) Quand je suis sorti de ma maison, tout était silencieux, parce que les gens étaient ensevelis sous leurs maisons", a raconté jeudi à l'AFP Zaitullah Ghurziwal, un habitant du district de Bermal, à Paktika.

<p>Cartes d'Afghanistan et du Pakistan, localisant le séisme de magnitude 5,9 survenu dans la nuit du 21 au 22 juin à la frontière entre les deux pays</p>

"Il n'y a pas de couvertures, pas de tentes, pas d'abris (...). Nous avons besoin de nourriture et d'eau. Tout notre système de distribution d'eau est détruit. Tout est dévasté, les maisons sont détruites. Les gens ne peuvent que retirer des morts (des décombres) et les enterrer", a-t-il ajouté.

Aucun nouveau bilan n'a été fourni jeudi par les autorités. "Il est très difficile d'obtenir des informations du terrain en raison du mauvais réseau" téléphonique, a expliqué à l'AFP le chef du service de l'Information et de la Culture de la province de Paktika, Mohammad Amin Huzaifa.

- Manque de moyens -

De plus, "il est difficile d'accéder aux sites touchés" d'autant que "la zone a été frappée la nuit dernière par des inondations causées par de fortes pluies", a-t-il ajouté.

<p>Des habitants font sécher leurs vêtements devant des maisons détruites par un séisme, le 23 juini 2022 dans la province de Paktika, dans le sud-est de l'Afghanistan</p>

Ces pluies ont provoqué des glissements de terrain qui ralentissent les secours et ont endommagé les lignes téléphoniques et électriques.

Le gouvernement taliban a fait appel à l'armée, mais il n'a que peu de moyens.

Ses ressources financières sont très limitées, après le gel de milliards de dollars d'avoirs détenus à l'étranger et l'arrêt brutal de l'aide internationale occidentale, qui portait le pays à bout de bras depuis 20 ans et ne revient plus qu'au compte-gouttes depuis le retour au pouvoir des islamistes.

L'Afghanistan ne dispose que d'un nombre très limité d'hélicoptères et d'avions.

L'ONU, qui a souligné qu'au moins 2.000 maisons avaient été détruites - chacune étant habitée par au moins sept ou huit personnes -, a aussi mis en exergue le manque d'engins de déblaiement.

<p>Un enfant soigné dans un hôpital dans la ville de Sharan après avoir été blessé dans le séisme qui a frappé le sud-est de l'Afghanistan, le 22 juin 2022</p>

Des vidéos prises sur place par l'AFP montrent des gens déblayant à mains nues les débris des maisons à la recherche de corps.

Le gouvernement taliban a dit faire au mieux de ses capacités et appelé à l'aide la communauté internationale - qui a refusé de le reconnaître jusqu'ici - et les organisations humanitaires.

<p>La porte toujours debout d'une maison détruite dans un séisme, le 23 juin 2022 dans la province de Paktika, dans le sud-est de l'Afghanistan</p>

Mais l'aide internationale est difficile à mobiliser, les ONG et agences onusiennes étant moins présentes sur place que par le passé depuis le retour au pouvoir des talibans.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a tout de même assuré que l'ONU était "pleinement mobilisée" pour aider l'Afghanistan, avec le déploiement en cours d'équipes de premier secours et l'envoi de médicaments et nourriture.

- Aide d'urgence -

La population a besoin en priorité d'abris, en raison des pluies et du froid inhabituel en cette saison, mais aussi d'aide alimentaire et non alimentaire et d'une assistance en services d'eau, hygiène et assainissement, a indiqué le Bureau de coordination des Affaires humanitaires (Ocha) de l'ONU.

<p>Un Afghan tient un enfant soigné dans un hôpital de la ville de Sharan après avoir été blessé dans le séisme qui a frappé le sud-est de l'Afghanistan, le 22 juin 2022</p>

Les talibans ont annoncé jeudi avoir reçu deux avions chargés d'aide venus d'Iran, et un du Qatar. Huit camions chargés de nourriture et de produits de premier secours fournis par le Pakistan voisin sont aussi arrivés dans la province de Paktika.

L'Union européenne s'était aussi dite mercredi prête à "fournir une aide d'urgence". "Profondément attristés", les Etats-Unis ont annoncé examiner leurs "options de réponse" humanitaire.

Sévèrement sous-équipé, le système de santé afghan est aussi sous forte pression. "Notre pays est pauvre et manque de ressources. C'est une crise humanitaire. C'est comme un tsunami", a déclaré à l'AFP Mohammad Yahya Wiar, le directeur de l'hôpital de Sharan, capitale de Paktika.

L'Afghanistan est fréquemment frappé par des séismes, en particulier dans la chaîne montagneuse de l'Hindu Kush, qui se trouve à la jonction des plaques tectoniques eurasienne et indienne. Ces catastrophes peuvent être particulièrement destructrices en raison de la faible résistance des maisons rurales afghanes.

Le séisme le plus meurtrier de l'histoire récente de l'Afghanistan (5.000 morts) avait eu lieu en mai 1998 dans les provinces de Takhar et Badakhshan (nord-est).

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