Colère des Balkans occidentaux devant le blocage de leur adhésion à l'UE

Christian SPILLMANN
<p>De g à d: les Premiers ministres albanais Edi Rama, macédonien Dimitar Kovacevski et le président serbe Aleksandar Vucic en conférence de presse à Bruxelles, le 23 juin 2022</p>

Bloqués depuis des années dans l'antichambre européenne, plusieurs dirigeants des pays des Balkans occidentaux candidats à l'adhésion ont dit jeudi leur "mécontentement" et dénoncé le manque de "crédibilité" de l'UE à l'issue d'un sommet avec les Vingt-Sept.

"Nous n'avons rien obtenu", a résumé sèchement le président serbe Aleksandar Vucic au cours d'une conférence de presse commune à Bruxelles avec ses homologues albanais et macédonien.

Le veto opposé par la Bulgarie à l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Macédoine du Nord pour des raisons de contentieux historiques et culturels a ulcéré les dirigeants des Balkans.

"La position bulgare reste inchangée jusqu'à ce que le parlement bulgare prenne une décision", a annoncé Kiril Petkov, renversé mercredi soir par une motion de censure.

Le Parlement bulgare, qui l'a fait chuter, pourrait décider dès vendredi de lever le veto.

"Tous les Européens attendent de voir quelle sera la décision", a-t-il déclaré. Les députés doivent se prononcer sur un compromis, proposé par la France. Il prévoit un changement de la Constitution nord-macédonienne pour inclure les Bulgares dans les groupes ethniques reconnus.

"Je crois que nous sommes très proches d'un accord" a déclaré le président français Emmanuel Macron, appelant les Bulgares "à faire leur devoir d'Européens".

Le Premier ministre de Macédoine du Nord, Dimitar Kovacevski, avait toutefois jugé peu avant que cette proposition de compromis "dans sa forme actuelle" était "inacceptable", lors de sa conférence de presse.

En raison du différend Sofia-Skopje, les négociations avec l'Albanie sont également bloquées, les deux candidatures étant liées par l'UE.

Le Premier ministre albanais Edi Rama a dénoncé le blocage et le fait que les 26 autres membres de l'UE "restent assis et offrent un spectacle effrayant d'impuissance".

"C'est un coup dur pour la crédibilité de l'Union européenne", a aussi lancé Dimitar Kovacevski.

<p>Les différentes étapes du processus d'adhésion à l'Union européenne (UE) et les pays qui postulent</p>

La conférence de presse prévue à l'issue du sommet avec les présidents des institutions européennes et le président français Emmanuel Macron a été annulée, officiellement pour une question de temps.

"Ils ont été très intelligents de l'annuler. Cela démontre qu'ils se sentent vraiment très mal face à ce qui se passe", a commenté Edi Rama, qui a multiplié les piques à l'adresse de ses homologues de l'UE.

Les dirigeants des Balkans occidentaux n'ont pas caché non plus leur amertume devant l'empressement de leurs homologues auprès de l'Ukraine et de la Moldavie.

L'UE a accordé aux deux pays le statut de candidat à l'adhésion au cours du sommet organisé après leur rencontre avec leurs homologues des Balkans.

- Une solution pour la Bosnie -

Mais avant de prendre cette décision, ils ont eu un long débat sur les demandes des Balkans. Ils se sont dits "prêts" à accorder le statut de pays candidat à la Bosnie-Herzégovine.

<p>La présidente du Kosovo Vjosa Osmani-Sadriu arrive au sommet UE/Balkans occidentaux à Bruxelles, le 23 juin 2022</p>

Ils prendront leur décision sur la base des conclusions d'un rapport demandé à la Commission européenne pour le mois d'octobre sur la mise en œuvre d'une série de réformes par ce pays, menacé par les tentations séparatistes.

Edi Rama a conseillé aux Ukrainiens de ne "pas se faire d'illusions" sur le statut de candidat, car le processus pour l'adhésion sera très long.

"La Macédoine du Nord est candidate depuis 17 ans, si je n'ai pas perdu le compte, et l'Albanie depuis huit ans", a-t-il rappelé. La Serbie attend depuis 2012 et le Monténégro négocie depuis 2010.

La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo, qui n'est pas reconnu par cinq membres de l'UE, ne sont encore que des "candidats potentiels".

Les blocages pour l'ouverture des négociations sont sérieux. Les contentieux entre la Serbie et le Kosovo bloquent les aspirations de Belgrade. Aleksandar Vucic a été catégorique : pas question de reconnaître le Kosovo.

La présidente du Kosovo Vjosa Osmani-Sadriu a mis en garde l'UE contre tout espace laissé à l'influence "d'autres acteurs" car "il est évident qu'ils l'utiliseront".

La Russie, la Chine, la Turquie et les pays du Golfe gagnent en influence dans cette région dont les attentes sont déçues par les atermoiements de l'UE.

Parmi les options à l'étude pour "remettre de l'énergie" dans le processus figuraient également une libéralisation des visas pour le Kosovo et un découplage des candidatures de l'Albanie et de la Macédoine du Nord. Mais elles ne font pas consensus entre les Vingt-Sept, selon une source diplomatique.

Les dirigeants européens ont également discuté de la proposition de "Communauté politique européenne" lancée par Emmanuel Macron pour préparer les candidats à l'intégration.

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