Mort de Mikhaïl Gorbatchev, pluie d'hommages en Occident

AFP
<p>Le président de l'Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev, le 20 novembre 1990 à Paris</p>

La mort de Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l'URSS et fossoyeur malgré lui de l'empire soviétique, suscitait mercredi des hommages marqués en Occident, qui saluait ses réformes démocratiques et son rôle crucial pour mettre fin à la Guerre froide.

Mikhaïl Gorbatchev est mort mardi soir à l'âge de 91 ans des suites d'une "longue maladie grave", a indiqué l'Hôpital clinique central (TSKB) de Moscou, où il était soigné.

Figure admirée en Occident, mais honnie par une frange des Russes, Mikhaïl Gorbatchev était le dernier grand dirigeant encore en vie de l'époque de la Guerre froide, dont les échos résonnent particulièrement depuis l'offensive massive de l'actuel président russe Vladimir Poutine en Ukraine, lancée le 24 février.

Avant son décès, Mikhaïl Gorbatchev ne s'était pas exprimé publiquement sur ce conflit d'une violence inédite en Europe depuis le Seconde Guerre mondiale, décrié en Occident comme une résurgence de l'impérialisme russe.

<p>Le président de l'Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev au Kremlin, le 19 juin 1990 à Moscou</p>

Le 26 février, dans un communiqué, la fondation de Mikhaïl Gorbatchev avait appelé à une "cessation des hostilités" en Ukraine et "des négociations de paix immédiates".

Pendant les 20 dernières années de sa vie, Mikhaïl Gorbatchev s'était régulièrement inquiété des tensions grandissantes avec Washington, appelant à réduire les arsenaux nucléaires, comme il l'avait fait dans les années 1980 avec le président américain d'alors, Ronald Reagan.

- "Homme de paix" -

Prix Nobel de la paix en 1990 pour avoir fortement réduit la confrontation Est-Ouest, Gorbatchev restait très populaire en Occident. Son décès y a logiquement suscité des réactions louangeuses.

<p>Le président de l'Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev, prix Nobel de la Paix 1990, le 5 juin 1991 à Oslo, en Norvège</p>

Le président américain Joe Biden a salué "un leader rare" qui a permis "un monde plus sûr", tandis que le dirigeant français Emmanuel Macron a évoqué un "homme de paix".

"A l'heure de l'agression de (Vladimir) Poutine en Ukraine, son engagement inlassable pour l'ouverture de la société soviétique reste un exemple pour nous tous", a tweeté le Premier ministre britannique Boris Johnson.

Pour le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, Mikhail Gorbatchev était un homme "qui a changé le cours de l'histoire". Pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, il "a ouvert la voie à une Europe libre".

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a lui remercié Gorbtachev, qui avait permis la chute du mur de Berlin, "pour sa contribution décisive à l'unité allemande".

En Russie, l'héritage du dirigeant est toutefois plus ambivalent.

<p>Cartes comparant la composition de l'Union soviétique avant son éclatement en 1991 et la situation géopolitique actuelle de chaque ex-république soviétique</p>

S'il est celui qui a permis à la liberté d'expression d'émerger, il fut pour beaucoup responsable de l'éclatement d'une superpuissance et des terribles années de crise économique qui suivirent.

A Moscou, Vladimir Poutine, cité par le porte-parole du Kremlin, a sobrement exprimé ses "profondes condoléances" et "enverra dans la matinée un télégramme (...) à la famille et aux proches".

Pour l'heure, les réactions les plus laudatrices en Russie viennent des libéraux.

"Nous sommes tous orphelins. Mais tout le monde ne l'a pas compris", a tweeté pour sa part Alexeï Venediktov, un ami de Mikhaïl Gorbatchev et ancien chef de la radio russe Ekho Moskvy, fermée pour avoir dénoncé l'offensive en Ukraine.

- Dislocation de l'URSS -

Né en 1931 dans une famille modeste du sud-ouest de la Russie, Mikhaïl Gorbatchev avait gravi rapidement tous les échelons du parti communiste jusqu'à son arrivée à la tête de l'URSS en 1985.

<p>Le président de l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev, et le président américain Ronald Reagan, le 8 décembre 1987 à Washington</p>

Jusqu'à sa démission en 1991, qui avait marqué la fin de l'URSS, il a mené d'importantes réformes démocratiques, connues sous les noms de "perestroïka" (restructuration) et de "glasnost" (transparence).

Confrontée à d'immenses crises, comme la catastrophe de Tchernobyl (1986) ou les mouvements d'indépendance à travers l'URSS, qu'il avait en partie réprimés, il avait obtenu en 1990 le prix Nobel de la paix pour "avoir mis fin pacifiquement à la Guerre froide".

Il est aussi celui qui ordonna la fin de la désastreuse campagne militaire soviétique en Afghanistan et laissa le mur de Berlin tomber.

Mais les années qui suivirent la dissolution de l'URSS en 1991 restent un traumatisme pour nombre de Russes, plongés dans une pauvreté fulgurante, confrontés à un chaos politique et à une guerre sanglante en Tchétchénie.

<p>Le président des Etats-Unis George H. W. Bush (g) et le président de l'Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev lors d'une conférence de presse sur le désarmement, le 31 juillet 1991 à Moscou</p>

Avec l'arrivée au pouvoir en 2000 de Vladimir Poutine, qui a dit considérer la disparition de l'URSS comme la "plus grande catastrophe géopolitique" du XXe siècle, l'Etat met au pas la société tout exaltant la puissance russe.

Pour Mikhaïl Gorbatchev, les relations ont toujours été complexes avec les nouveaux maîtres du Kremlin, que ce soit le premier président russe Boris Eltsine (1991-1999), son ennemi juré, ou Vladimir Poutine, qu'il a critiqué tout en voyant en lui une chance pour un développement stable de la Russie.

<p>Mikhaïl Gorbatchev annonce sa candidature à la présidentielle lors d'une conférence de presse, le 1er mars 1996 à Moscou</p>

Après un bref essai manqué de retour en politique dans les années 1990, Gorbatchev s'était consacré à des projets humanitaires.

Il a été un soutien du principal journal indépendant russe, Novaïa Gazeta, contraint fin mars de suspendre sa publication en pleine répression des critiques de l'offensive en Ukraine.

Ces dernières semaines, les médias russes avaient mentionné des problèmes de santé récurrents de Mikhaïl Gorbatchev.

Une source anonyme, citée par l'agence TASS, a indiqué qu'il serait enterré à Moscou auprès de sa femme Raïssa Gorbatcheva, décédée en 1999, et dont il était très proche.

© 2022 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

Les derniers annonces avec LOGIC-IMMO.be