Sur le fil, Camaieu joue sa survie devant le tribunal de commerce

Béatrice JOANNIS
<p>Des promeneuses marchent à proximité d'un magazin Camaïeu à Lille (France), le 27 mai 2020</p>

Camaieu et ses 2.600 salariés sur le fil: deux ans après un premier sauvetage, le géant nordiste du prêt-à-porter féminin va tenter mercredi de convaincre le tribunal de commerce de Lille qu'il peut échapper à la liquidation, mais les syndicats craignent le pire.

L'audience, à 14H00, doit permettre de faire le point sur le plan de continuation de l'actionnaire, Hermione People and Brands (HPB), deux mois après le placement de l'enseigne en redressement judiciaire.

Ce plan prévoit la fermeture de 208 magasins et la suppression d'environ 500 emplois, mais permettrait d'éviter la catastrophe sociale d'une liquidation: 2.600 emplois supprimés.

L'actionnaire espère gagner un peu de temps pour relancer son enseigne, chahutée par la crise sanitaire et une coûteuse cyberattaque. Mais il a aussi besoin de beaucoup d'argent, qu'il réclame à l'Etat: une avance de 48 millions d'euros, remboursable sous quelques mois.

La réponse de Bercy, lundi soir, ne prête cependant pas à l'optimisme: la demande d'HPB n'est pas "réaliste", l'État ne pouvant "en aucun cas se substituer aux actionnaires".

"L'actionnaire demande à l'État de prendre en charge plus des deux tiers de l'apport nécessaire au financement du plan de reprise, en plus de l'abandon de l'ensemble des dettes publiques existantes", s'est agacé le ministère de l'Économie et des Finances.

- "Il y a urgence" -

Un total de 79,2 millions d'euros est nécessaire, selon HPB, sur les huit prochains mois pour assurer entre autres les achats de la saison automne-hiver et préparer la collection de printemps.

Outre l'argent réclamé à l'Etat, le plan prévoit de vendre à la Financière immobilière bordelaise (FIB) de l'homme d'affaires Michel Ohayon, dont HPB est une filiale, le siège et l'entrepôt de Camaieu, à Roubaix, pour 14 millions d'euros.

Ceux-ci seraient ensuite "valorisés" et revendus pour un montant estimé entre 55 et 60 millions.

"Tout le monde sait qu'il y a urgence" pour sauver Camaieu, ce que HPB "est le seul" à pouvoir faire, après le retrait de divers candidats à la reprise, dont le fonds américain Gordon Brothers, a plaidé lundi son président Wilhelm Hubner, auprès de l'AFP.

Les syndicats, eux, se préparent au pire: à l'issue d'un CSE mardi, le syndicat interne UPAE et la CGT se sont dit "extrêmement réservés" sur la capacité de la direction à garantir le financement.

"On a encore des pistes, mais certainement pas avec M. Ohayon et ses représentants", affirme Thierry Siwik de la CGT, qui a appelé à la grève mercredi.

"Deux éventuels investisseurs" ont manifesté un intérêt, dit-il, à un autre projet bâti par son syndicat. La CGT "va demander un délai supplémentaire au tribunal" pour explorer cette piste, a-t-il indiqué mercredi.

- Le "scandale" d'une liquidation -

"Il n’y a plus que la FIB en course, on a le choix entre lui et rien" estime pour sa part Nordine Misraoui, de la CFDT, qui "craint une disparition de l'entreprise" et souhaite que Bercy prenne "davantage de temps pour peser les tenants et aboutissants".

"La liquidation judiciaire serait un scandale et un signe de résignation inquiétant dans la période actuelle", a tweeté mercredi le maire divers-droite de Roubaix Guillaume Delbar. "Le destin de 2.600 familles est en jeu", avait-il souligné la veille.

Selon HPB, l'enseigne a basculé après un arrêt de la Cour de cassation imposant fin juin aux commerçants de régler les loyers impayés lors de la période Covid. Leur montant s'élève à 70 millions d'euros sur un total de 240 millions de dettes, selon M. Hubner.

En reprenant 511 des 634 magasins de la marque en France et quelque 2.600 salariés sur plus de 3.100, HPB s'était donné en 2020 deux ans pour remettre à l'équilibre l'enseigne, fondée en 1984.

Mais les pertes d'exploitation ont atteint 93 millions d'euros pour 333 millions de chiffre d'affaires sur la période de seize mois depuis la reprise.

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