A l'ombre des Alpes, l'industrie européenne du ski slalome entre Covid et changement climatique

Publié le à Paris (AFP)

Forte d'un massif alpin qui est la principale destination au monde en matière de ski, l'industrie européenne des sports d'hiver tente de se frayer une piste entre la pandémie et le défi du changement climatique.

Petit tour d'horizon d'un secteur qui pèse quelque 34 milliards d'euros en Europe annuellement, sur 68 milliards au plan mondial, selon une évaluation pour l'AFP de Laurent Vanat, expert suisse, auteur depuis 12 ans d'un rapport mondial qui fait référence.

Sa majesté des Alpes

Ce massif commun à l'Italie, la France, la Suisse, le Liechtenstein, l'Autriche, l'Allemagne et la Slovénie, fait du continent un poids lourd mondial de l'industrie du ski.

Les Alpes concentrent "plus d'un tiers de toutes les installations" mondiales, attirent 43% des skieurs de la planète, devant les Etats-Unis (21%), pour un chiffre d'affaires de quelque 28 milliards, explique M. Vanat.

Les deux leaders européens sont la France et l'Autriche, les seuls pays au monde à avoir "plus de 10 stations qui attirent plus d'un million de visiteurs par saison".

La domination des grosses stations

L'essentiel de l'industrie "est concentrée dans les grandes installations qui attirent plus de 100.000 skieurs par an". Elles ne représentent "que 20% des stations, mais elles rassemblent 80% des skieurs", note l'expert suisse.

Les pays où le ski est le plus pratiqué sont le Liechtenstein, la Suisse et l'Autriche ou plus de 30% de la population s'y adonne. Pour des raisons démographiques, en données absolues, c'est en Allemagne que les skieurs sont les plus nombreux.

Le rôle crucial des saisonniers

Cette industrie fonctionne environ pour moitié grâce aux saisonniers, "car il y a très peu de stations actives pendant les quatre saisons", remarque M. Vanat.

Les emplois liés au secteur vont au-delà du seul fonctionnement de la station. En 2020, Domaines skiables de France (DSF) recense ainsi 18.000 salariés mais estime que ce sont "plus de 120.000 emplois qui dépendent de l’ouverture" des pistes (commerces, hébergements, écoles de ski...).

Covid-19 : facture salée

Le ski n'a pas échappé au choc de la pandémie et avec les nouvelles mesures de confinement prises à l'automne à travers le continent, l'horizon reste bouché.

La fermeture de presque toutes les stations à la mi-mars a entraîné "une perte de fréquentation d'un peu moins de 20% en moyenne" sur la saison, calcule M. Vanat. Soit entre 1,5 et 2 milliards d'euros pour des pays comme l'Autriche et la France.

"Quand on nous a annoncé la fermeture, nous avions 20.000 personnes qui venaient d'arriver dans la station", sans compter les milliers de saisonniers, se remémore Vincent Lalanne, directeur de l’office de tourisme de Val Thorens, plus haute station d'Europe. "Nous avons perdu gros, mais nous avons su nous adapter".

"La seule obsession est d'avoir le moins de congestion possible. Comme nous travaillons en milieu hostile, nous avons l'habitude de gérer l'exceptionnel, ce qui n'empêche pas d'être très vigilant pour que tous les protocoles soient respectés", témoigne aussi Sandra Picard, directrice RSE du géant du secteur, Compagnie des Alpes.

Selon elle, cette crise "sert aussi de miroir grossissant" en matière d'environnement.

Le défi climatique

Fonte des glaciers et "phénomènes climatiques extrêmes" sont les manifestations les plus visibles du changement climatique, résume M. Lalanne en estimant qu'"il y a eu toutefois une vraie prise de conscience ces dernières années".

Illustration du mouvement en marche, Domaines skiables de France (DSF) s'est donné l'objectif "d’atteindre la neutralité carbone dès 2037".

"Même si les remontées mécaniques ne représentent que 2% de l'impact carbone d'une station, il ne faut pas rester les bras ballants. Nos installations fonctionnent à l'électricité verte et à Serre-Chevalier (Alpes du Sud) nous avons un projet pour que la station produise jusqu'à 30% de l'énergie dont elle a besoin", explique Mme Picard.

Les baby-boomers déchaussent

Le dernier gros défi, pour M. Vanat, est "le veillissement des baby-boomers, une génération très skieuse" alors que "chez les plus jeunes, la culture du ski est moins répandue", car "nous n'avons pas encore trouvé une façon d'apprendre à skier qui cadre avec le XXIe siècle et des jeunes qui n'ont pas envie de passer trois jours de calvaire à tomber avant de prendre goût au ski".

Sans compter le coût élevé des vacances aux sports d'hiver, qui n'ont jamais été à la portée de toutes les bourses, au moment où les difficultés économiques et sociales s'accumulent.

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