Affaire Haderer: L'ADN remet en cause un suspect acquitté du meurtre

Publié le à Strasbourg (AFP)

Vingt-sept ans après le meurtre de Nelly Haderer près de Nancy, un homme définitivement acquitté dans cette affaire est mis en cause par un échantillon d'ADN, un coup de théâtre qui soulève de nombreuses questions.

Jacques Maire, ce maçon longtemps suspecté d'avoir tué la jeune femme, a-t-il été acquitté à tort? L'affaire relance le débat sur l'impossibilité légale d'organiser un nouveau procès à la lumière de ces éléments après un acquittement définitif, mais aussi celle de la fiabilité des expertises ADN.

L'avocat de plusieurs parties civiles dans l'affaire du meurtre de cette jeune mère de famille de 22 ans tuée en 1987, Me Pierre-André Babel, a confirmé jeudi à l'AFP des informations de presse selon lesquelles les analyses ADN mettaient bien en cause Jacques Maire.

Me Babel est à l'origine de la demande d'expertise d'ADN sur une tache de sang figurant sur l'un des scellés, le jean de la victime.

Dans un communiqué, le procureur de Nancy Thomas Pison a déploré "la regrettable divulgation des résultats des analyses génétiques ordonnées par le juge d'instruction en charge de cette procédure, en violation du secret de l'instruction".

Rappelant que Jacques Maire, mis en cause par les analyses, avait été acquitté en 2008, le procureur a précisé que cette décision prononcée de manière définitive pose "les limites des mesures pouvant être ordonnées", même si "les investigations se poursuivront".

Nelly Haderer avait été tuée de deux coups de carabine 22 LR et son corps retrouvé découpé sur une décharge proche de Nancy, le 31 janvier 1987. Après un premier non lieu, l'affaire avait été relancée dix ans plus tard, en 1997, aboutissant à la mise en examen dans ce dossier de Jacques Maire, déjà mis en cause dans la disparition en 1983 d'une autre jeune femme, Odile Busset, 20 ans.

Pas de recours pour les victimes

Jacques Maire sera d'abord condamné à 15 ans de réclusion pour l'enlèvement d'Odile Busset et acquitté du meurtre de Nelly Haderer en 2004, avant d'être condamné à 20 ans de prison dans ces deux affaires en 2006.

Finalement, il est définitivement acquitté des deux meurtres en octobre 2008 par la cour d'assises de la Moselle.

Désormais, il ne peut judiciairement plus être inquiété, car la loi française ne prévoit pas que des victimes ou leurs familles puissent introduire un recours en révision, relève Me Babel.

"On fera tout pour que ça change", a-t-il toutefois promis.

Contrairement à la France, plusieurs pays en Europe ont déjà modifié leur législation pour tenir compte des progrès de la science, relève de son côté Me Liliane Glock, l'avocate de Jacques Maire.

Pour autant, ce dossier pose avant tout la question de la fiabilité des expertises ADN, insiste Me Glock.

"L'ADN depuis quelques décennies apparaît comme la preuve absolue, mais la cuisine qui entoure ces opérations d'expertise peut laisser la place à des erreurs", a-t-elle indiqué à l'AFP.

Jacques Maire devait s'adresser à la presse jeudi à 16H15 à la cour d'appel de Nancy.

Après son acquittement, Jacques Maire lui-même avait demandé à ses avocats de réclamer par écrit "qu'on exploite les éventuelles traces d'ADN pour prouver son innocence", alors qu'il venait d'être blanchi par la justice, a souligné Me Glock, assurant qu'elle ne croyait "absolument pas" le résultat des nouvelles expertises.

L'information judiciaire concernant le meurtre de Nelly Haderer avait été rouverte en 2009 afin de procéder à des analyses génétiques.

Et une expertise ordonnée en 2011 avait notamment mis en évidence un profil ADN masculin grâce à une tache de sang retrouvée sur la poche intérieure du jean que portait la jeune femme.

Sa famille avait demandé en septembre dernier la comparaison de ces traces ADN avec le profil de plusieurs suspects, parmi lesquels Jacques Maire, mais aussi le tueur en série Francis Heaulme et plusieurs autres suspects qui avaient été répertoriés au terme d'une première instruction.

Jacques Maire avait obtenu de la justice, en 2010, 200.000 euros d'indemnisation après plus de deux ans de détention "injustifiée".

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