Affaire Navalny: l'UE juge les relations avec Moscou "au plus bas"

Publié le à Moscou (AFP)

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a affirmé vendredi à Moscou que les relations avec la Russie étaient au "plus bas" du fait de l'emprisonnement et de l'empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny, tout en soulignant une volonté commune de coopérer.

Cette visite de M. Borrell intervient alors que l'opposant russe est jugé à partir de vendredi dans une affaire de diffamation, quelques jours après avoir écopé d'une peine de près de trois ans de détention, dénoncée en Occident.

"Il est sûr que nos relations sont sévèrement tendues et l'affaire Navalny est un plus bas", a estimé Josep Borrell, lors d'une rencontre avec son homologue Sergueï Lavrov.

Malgré ce profond différend et ceux sur les dossiers ukrainien, syrien et libyen, les deux diplomates ont évoqué l'espoir de travailler ensemble dans d'autres domaines, notant l'exemple du vaccin russe anti-Covid, Spoutnik V.

"Nous avons relevé notre disposition à coopérer de manière pragmatique là où il y un intérêt commun", a indiqué Sergueï Lavrov, son homologue citant "la culture, la recherche, la santé, le Covid-19, le climat".

- "Bonne nouvelle pour l'humanité"-

Josep Borrell a ainsi qualifié le Spoutnik V de "bonne nouvelle pour l'humanité", après la publication de conclusions positives dans la revue scientifique The Lancet et dit espérer qu'il sera certifié par l'Agence européenne des médicaments

M. Lavrov a indiqué vouloir développer les contacts dans ce domaine en Europe mais aussi aux Etats-Unis.

M. Borrell a toutefois réitéré "l'appel à une libération" de l'opposant Alexeï Navalny et "au lancement d'une enquête impartiale concernant son empoisonnement".

Il a souligné que "les questions d'Etat de droit, de droits de l'Homme, de société civile et de libertés politiques" allaient rester au coeur de la relation russo-européenne, même si la Russie qualifie d'ingérence inacceptable les critiques européennes sur l'incarcération de M. Navalny et la répression brutale des manifestations pour le soutenir.

Le président américain Joe Biden a lui aussi vivement critiqué la Russie, notamment pour son traitement d'Alexeï Navalny, des propos qualifié de "très agressifs" par le Kremlin.

Ennemi juré du pouvoir russe, Alexeï Navalny, 44 ans, a écopé mardi de deux ans et huit mois d'emprisonnement pour avoir enfreint un contrôle judiciaire datant de 2014.

Pour l'opposant, les autorités veulent le réduire au silence car il a survécu, cet été, à un empoisonnement dont il tient le président Vladimir Poutine pour responsable.

L'UE a adopté des sanctions contre de hauts responsables russes face au refus de Moscou d'enquêter sur cette tentative d'assassinat.

Vendredi, M. Borrell a précisé qu'aucune nouvelle sanction n'avait été proposée "pour l'heure" depuis l'emprisonnement de M. Navalny. L'option est cependant sur la table, comme l'a indiqué l'Allemagne cette semaine.

- Navalny encore au tribunal -

L'arrestation de l'opposant à son retour de cinq mois de convalescence en Allemagne a suscité des manifestations à travers le pays.

De nombreuses ONG, des médias russes et les pays occidentaux ont dénoncé la répression brutale qui a suivi et conduit à quelque 10.000 arrestations émaillées de violences policières.

L'opposant était lui de nouveau au tribunal vendredi, accusé d'avoir diffusé des informations "mensongères" au sujet d'un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale qui avait défendu dans un clip de campagne, l'été dernier, un référendum ayant renforcé les pouvoirs de Vladimir Poutine.

Il avait qualifié les intervenants dans cette vidéo de "honte de la Nation" et de "traîtres".

M. Navalny, qui risque une lourde amende voire une peine de prison ferme, dénonce une accusation politique. L'ancien combattant participe au procès par visio-conférence, et a revêtu uniforme et médailles pour l'occasion.

A l'audience, l'opposant a accusé les proches du plaignant d'instrumentaliser le vieil homme pour se "faire de l'argent".

La victoire soviétique sur les nazis est centrale dans l'imaginaire collectif russe, et célébrée par les autorités et la population comme une heure de gloire. Les critiques à l'égard de vétérans sont généralement très mal perçues.

Outre ce dossier, l'opposant est également visé par une enquête pour "fraudes massives", délit passible de dix ans de prison.

La plupart de ses proches collaborateurs dans son organisation anti-corruption ont été arrêtés ou assignés à résidence.

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