Afghanistan: cessez-le-feu entre responsables locaux et talibans dans une province de l'ouest

Publié le à Kaboul (AFP)

Les dirigeants de la province de Badghis, dans l'Ouest de l'Afghanistan, dont la capitale Qala-i-Naw est régulièrement attaquée depuis plusieurs jours par les insurgés, ont conclu un cessez-le-feu avec les talibans, sous l'égide de chefs traditionnels.

Attaquée à plusieurs reprises depuis le 7 juillet, Qala-i-Naw est la première capitale provinciale ciblée par les talibans depuis le lancement début mai de leur offensive tous azimuts contre les forces afghanes, à la faveur de l'entame du retrait définitif des forces étrangères du pays, censé être terminé d'ici fin août.

Les talibans ont à chaque fois été repoussés, après d'intenses combats, mais sont parvenus le 7 juillet à s'emparer de plusieurs bâtiments officiels.

"Le cessez-le-feu entre forces afghanes et talibans est entré en vigueur vers 10H00 aujourd'hui", jeudi (05H30 GMT), il a "été négocié par un certain nombre de chefs traditionnels et de personnes influentes de Qala-i-Naw", a expliqué le gouverneur de Badghis, Hessamuddin Shams.

Le cessez-le-feu n'a pas de durée définie.

"Nous nous sommes engagés à l'observer, nous espérons que les talibans feront de même", a ajouté le gouverneur.

Les talibans se sont emparés ces deux derniers mois de vastes portions rurales de l'Afghanistan face à des forces afghanes qui ne contrôlent plus essentiellement que les capitales provinciales et les principaux axes routiers.

Privées du crucial soutien américain, elles n'ont offert qu'une faible résistance et parfois été mises en déroute ou ont capitulé, sans même combattre.

Le Pakistan, accusé depuis longtemps de soutenir les talibans, a confirmé jeudi que les insurgés avaient pris le contrôle du poste-frontière du district afghan de Spin Boldak, principal point de passage entre les deux pays.

Ce passage ouvre sur la province pakistanaise du Baloutchistan (sud-ouest), réputée abriter une partie de la direction des talibans, dans la ville pakistanaise de Quetta, ou les blessés talibans qui s'y font soigner.

Il relie aussi l'Afghanistan, enclavé, à la route menant au port pakistanais de Karachi, sur la mer d'Arabie, sa seule porte sur l'océan.

"Il s'agit du plus important point de passage, où se fait une large part du commerce transfrontalier entre le Pakistan et l'Afghanistan" et "que franchissent environ 20.000 personnes par jour", a souligné Zahid Hafeez Chaudhri, porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères.

"Les moyens d'existence de nombreuses personnes en dépendent", a-t-il souligné, estimant "important de rouvrir dès que possible le passage de la frontière", fermé depuis que les talibans s'en sont emparés mercredi.

- "peur"-

Ces dernières semaines, les insurgés se sont déjà rendus maîtres de postes-frontière clés avec l'Iran, le Turkménistan et le Tadjikistan.

Jeudi, les talibans patrouillaient la localité de Spin Boldak, contrôlant désormais l'axe-clé reliant Kandahar, la grande ville du Sud afghan, à une centaine km de là, au poste-frontière avec le Pakistan.

"Le marché est fermé et les commerçants ont peur que la situation tourne mal", a expliqué à l'AFP Mohammad Rasoul, un habitant de Spin Boldak, à une trentaine de km de la frontière.

Au poste-frontière, côté afghan, flottait toujours jeudi l'étendard blanc des talibans, qui a remplacé depuis la veille le drapeau afghan, a constaté un correspondant de l'AFP depuis le côté pakistanais.

Un responsable taliban a indiqué à l'AFP que des discussions étaient en cours avec les autorités pakistanaises pour rouvrir la frontière, du côté afghan duquel une centaine de personnes attendaient jeudi.

Un responsable des gardes-frontières pakistanais a annoncé jeudi en fin de journée que le passage serait rouvert vendredi aux piétons dans les deux sens durant la journée.

Environ 1.500 personnes massées jeudi côté pakistanais, à Chaman, attendant depuis la veille de traverser, ont été dispersées en début de matinée.

Dans la matinée, Nader Nadery, un membre de l'équipe de négociations du gouvernement afghan aux pourparlers de Doha avec les talibans - au point mort depuis qu'ils ont commencé en septembre - avait annoncé lors d'une conférence de presse que les talibans avaient proposé un cessez-le-feu de trois mois en échange de la libération de 7.000 des leurs, détenus par les autorités afghanes et un retrait de leurs dirigeants d'une liste de sanctions de l'Onu.

Il a dit plus tard avoir été mal compris, affirmant que les talibans n'avaient pas "fait d'offre formelle" en ce sens, mais une simple proposition.

Interrogé par l'AFP, un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a indiqué ne pas "être au courant" d'une telle proposition, mais indiqué que "les dirigeants (talibans) pourraient envisager un cessez-le-feu" durant l'Aïd el Adha, la "fête du sacrifice" qui dure trois jours à partir du 20 juillet.

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