Afrique du Sud: quand des justiciers font leur loi face aux pillards

Publié le à Johannesburg (AFP)

Munis de barres de fer ou d'armes à feu, des Sud-Africains se sont organisés en patrouilles lors des troubles qui ont enflammé le pays ces derniers jours, bien décidés à faire justice eux-mêmes contre émeutiers et pillards, au risque d'alimenter encore la violence.

Magasins mis à sac, bâtiments incendiés, transports coupés, la région côtière du Kwazulu-Natal (KZN, Est) et la capitale économique Johannesburg ont été pris dans un tourbillon de violences et de vols, sur fond de difficultés économiques et de chômage. En tout, 117 personnes ont trouvé la mort en quelques jours.

A Phoenix, un township de Durban sur l'océan Indien, 20 personnes ont été tuées depuis le début de la semaine. D'après la police, des affrontements entre riverains cherchant à protéger leur quartier et des pillards présumés sont à l'origine des troubles.

Le ministre de la Police Bheki Cele avait noté la veille que des "tensions raciales ont entaché ces troubles". Le mot-dièse #PhoenixMassacre a fait son apparition sur Twitter.

Des vidéos d'une violence inouïe circulent sur les réseaux sociaux. Elles montrent des hommes d'origine indienne battre brutalement des hommes noirs à terre. Immobile sur le bitume mais conscient, un jeune homme noir avec des plaies béantes au bras et dans le dos, semble gravement blessé.

- "Plaies béantes" -

La veille, dans un centre commercial à une trentaine de km au sud de Johannesburg, ravagé par les pillages, l'AFP a assisté à de violents passages à tabac.

Des riverains ont traîné à terre des pillards présumés. Dans un fracas de cris et de tirs en l'air, ils les ont battus. Lorsque l'un d'entre eux a tenté de s'échapper, un des tourmenteurs lui a fracassé une bouteille de bière sur le crâne avant de le traîner au sol, le sang de sa plaie coulant dans sa nuque.

Policiers et militaires qui étaient restés à distance, se sont ensuite contenté de récupérer certains suspects menottés.

Ce type de scènes inquiète les autorités, qui ont mis en garde contre les risques de cette justice populaire qui ajoute aux violences.

"Ne prenez pas la loi à votre compte", a exhorté jeudi en conférence de presse la ministre de la présidence par intérim, Khumbudzo Ntshavheni, regrettant que certains brandissent des armes à feu pour répondre aux incidents qui ont lieu dans leurs quartiers.

L'an dernier, l'Afrique du Sud a compté 1.202 meurtres dans des raids menés par des groupes de "vigilance", selon les statistiques de la police.

- "Police défaillante" -

En mai, neuf garçons ont été ligotés, battus et emmenés sur un terrain de foot à Zandspruit, dans le nord de Johannesburg. Accusés de terroriser le quartier selon les médias locaux, des riverains les ont aspergés de paraffine avant de les enflammer. Huit d'entre eux sont morts.

Notoirement sous-équipée, en manque d'effectifs et peu fiable, la police a rapidement été dépassée par les événements ces derniers jours. Au point où le président a mobilisé l'armée, avec déjà 5.000 hommes sur le terrain.

Coutumiers des défaillances des autorités et habitués à compter, pour leur sécurité, plutôt sur des compagnies de sécurité privées, certains aventuriers justiciers se lancent dans l'arène, ouvrant à toutes sortes de dérapages localisés.

"Dans un pays comme le nôtre, où l'État échoue souvent à protéger les personnes et les biens, il y a un vide" à combler, explique l'expert en sécurité de l'Institute for Security Studies, Johan Burger.

En Afrique du Sud, un des pays les plus violents du monde, 4,5 millions d'armes circulent légalement, à peu près autant illégalement, selon l'ONG Gun Free SA.

À Pietermaritzburg, capitale du KZN, des bénévoles munis de fusil se relaient pour surveiller les quartiers résidentiels et les centres commerciaux, ont raconté des témoins. Les voisins, reconnaissants, leur apportent nourriture et café, a raconté à l'AFP Bernie Naidoo, 43 ans.

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