Alekseï Pajitnov, créateur de Tetris: "personne ne veut plus payer pour des jeux vidéo"

Publié le à Valenciennes (AFP)

Le créateur du célèbre jeu vidéo Tetris, Alekseï Pajitnov, présent à Valenciennes (Nord) pour l'inauguration d'une pépinière d'entreprises dédiée à la création numérique, se réjouit de la démocratisation du jeu vidéo, mais regrette que les consommateurs rechignent à y consacrer de l'argent et préfèrent les applications gratuites sur mobile.

Selon le père du célèbre jeu de casse-brique, la prochaine révolution vidéoludique concernera l'intelligence artificielle, qui deviendra beaucoup plus sophistiquée au cours des prochaines années.

QUESTION: Que devenez-vous, trente ans après la création de Tetris?

REPONSE: Je suis à la retraite, mais je fais toujours partie de la société Tetris. Nous gérons la marque, les licences et surveillons de près la qualité des titres Tetris. Nous faisons en sorte que les jeux Tetris qui sortent aujourd'hui soient cohérents avec les précédents.

Mon autre activité est de faire de Tetris un sport électronique, que les gens du monde entier s'affrontent pour être le meilleur à Tetris et puissent en vivre. Je ne sais pas encore si ce sera du un contre un ou autre chose, nous sommes en train d'y réfléchir.

Tetris a une telle réputation et un tel succès qu'il a du potentiel dans ce domaine. Mais nous avons beaucoup de problèmes à résoudre, parce que si Tetris est très amusant à jouer, il l'est moins à regarder.

Q: Quel regard portez-vous sur l'évolution du jeu vidéo?

R: Le jeu vidéo est enfin un marché de masse, il touche littéralement tout le monde, le joueur occasionnel est dorénavant la cible principale de l'industrie. Franchement, je ne m'y attendais pas. C'est en particulier un véritable conte de fées pour les jeux de réflexion comme Tetris et Candy Crush, qui ont des règles simples et qu'il est facile d'aborder. Les gens n'aiment pas réfléchir trop intensément...

L'autre tendance majeure, négative, est qu'avec les applications mobiles, personne ne veut plus payer pour des jeux vidéo. C'est vraiment dommage que d'un côté les gens n'hésitent pas à payer quatre dollars pour une tasse de thé ou café et de l'autre ne veulent pas payer ne serait-ce que la moitié de ce prix pour des heures de très bon divertissement. Cela dit, je pense que ça va changer bientôt. Cela évitera de mettre les développeurs dans la situation embarrassante de devoir insérer dans leurs jeux ces agaçantes publicités pour survivre.

La prochaine grande avancée des jeux vidéos concernera l'intelligence artificielle, nous allons pousser un grand "wouah" de stupéfaction. Quand c'était mon sujet d'études principal, il y a 20 ans, l'IA était développée mais il n'y avait pas assez de mémoire logicielle pour la faire fonctionner de manière complexe. Mais de nos jours, nous doublons régulièrement la capacité de stockage et des processeurs, ce qui ouvre l'horizon à des choses géniales.

Q: Quelle place la France occupe-t-elle selon vous dans la production vidéoludique?

R: La France est en position dominante. Les développeurs français ont l'avantage d'imprégner leurs jeux de culture, ce qui a du succès. Par exemple, les jeux Ubisoft (l'un des trois plus grands éditeurs mondiaux de jeux vidéo, ndlr) sont souvent l'occasion de retours sur l'histoire, notamment dans la série Assassin's Creed. Les jeux français ont un contenu très dense, et ce depuis toujours.

C'était aussi de cette manière que la France avait produit l'un des trois meilleurs cinémas au monde: avec un contenu mature et référencé.

Propos recueillis par Baptiste BECQUART

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