Arménie: le président refuse de limoger le chef de l'armée, la crise s'aggrave

Publié le à Erevan (AFP)

Le président arménien Armen Sarkissian a refusé samedi de signer l'ordre du Premier ministre limogeant le chef de l'armée, aggravant ainsi un peu plus la crise politique que connaît le pays, où plusieurs milliers de personnes ont à nouveau manifesté.

"Le président, dans le cadre des pouvoirs que lui confère la Constitution, a renvoyé le texte avec des objections", a expliqué la présidence dans un communiqué. La crise politique "ne peut pas être résolue par des changement fréquents de responsables", a-t-elle ajouté.

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté pour le troisième jour d'affilée en Arménie afin d'obtenir la démission du Premier ministre Nikol Pachinian, critiqué pour la défaite dans la guerre d'automne 2020 au Nagorny Karabakh.

Cette ex-république soviétique du Caucase est en crise politique depuis que M. Pachinian a accepté en novembre, contraint et forcé, l'accord de paix proposé par Moscou, entérinant ainsi la défaite humiliante face à l'Azerbaïdjan dans cette guerre.

La crise qui couvait depuis lors a connu jeudi un spectaculaire rebondissement avec l'appel de l'état-major à la démission de M. Pachinian. Celui-ci a alors dénoncé une tentative de coup d'Etat, ordonné le limogeage du chef de l'armée, Onik Gasparian, et réuni quelque 20.000 de ses partisans dans la capitale Erevan.

L'opposition a répondu jeudi et vendredi en rassemblant des milliers de manifestants, pour exiger la démission du Prermier ministre Nikol Pachinian.

Des milliers d'opposants ont à nouveau manifesté samedi à Erevan, pour le troisième jour d'affilée, afin d'obtenir la démission de M. Pachinian. De nombreuses personnes les ont également encouragés à leurs fenêtres ou leurs balcons.

A 19H30 (15H30 GMT), le cortège est arrivé devant le Parlement, où certains manifestants ont installé leur campement, a constaté un journaliste de l'AFP. Environ 5.000 manifestants s'y étaient rassemblés plus tôt dans la journée, appelant les parlementaires à agir.

"Pachinian doit partir pour le bien de notre pays, car il est très affaibli aujourd'hui. Personne ne le prend au sérieux", a indiqué à l'AFP Vera Simonyan, 28 ans, lors de la manifestation.

- "Accord humiliant" -

L'ancien Premier ministre Vazgen Manukyan, qui a été cité par l'opposition pour remplacer Nikol Pachinian, a indiqué à la foule qu'il s'attendait à ce que la crise politique soit "résolue d'ici deux à trois jours". "Aujourd'hui, Pachinian n'a pas de soutien. J'appelle les services de sécurité et la police à rejoindre l'armée, à soutenir l'armée", a-t-il ajouté.

"Il doit être responsable pour la défaite lors de la guerre, pour la signature d'un accord humiliant", a déclaré à l'AFP Arut Zakaryan, un serrurier de 53 ans, lors de la manifestation de samedi.

Le Premier ministre arménien, arrivé au pouvoir en 2018 à la faveur d'une révolution pacifique, est visé par des appels à la démission depuis la défaite dans la guerre pour le contrôle de la région du Nagorny Karabakh, en novembre dernier.

A l'époque, confrontée au risque d'une débâcle, l'armée avait demandé au chef du gouvernement d'accepter un cessez-le-feu négocié par le président russe Vladimir Poutine et qui impliquait d'importantes pertes territoriales pour Erevan.

Si l'essentiel de la région séparatiste arménienne du Nagorny Karabakh a survécu, l'Arménie a perdu la ville symbolique de Choucha, ainsi qu'un glacis de territoires azerbaïdjanais entourant la région. En six semaines, la guerre a fait environ 6.000 morts.

L'armée soutenait jusqu'à présent le Premier ministre mais l'a lâché cette semaine après le limogeage d'un haut-gradé ayant critiqué les déclarations de M. Pachinian selon lesquelles la défaite était en partie due à l'inefficacité d'un système d'armement russe, les lance-missiles Iskander.

L'état-major arménien a alors réclamé la démission de M. Pachinian, jugeant qu'il n'était "plus en mesure de prendre les décisions qui s'imposent" et l'accusant "d'attaques destinées à discréditer les forces armées".

Cette déclaration n'a toutefois été suivie d'aucun mouvement de troupes tandis que M. Pachinian prenait la tête, mégaphone en main, d'une marche de sympathisants de 20.000 personnes à Erevan pour réaffirmer son pouvoir.

"L'armée (...) doit obéir au peuple et aux autorités élues", a-t-il dit jeudi sous les hourras de la foule.

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