Arménie: Pachinian conforté par une large victoire aux législatives

Publié le à Erevan (AFP)

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a triomphé lors de législatives anticipées, selon les résultats publiés lundi, domptant ceux qui lui reprochaient l'humiliante défaite militaire contre l'Azerbaïdjan à l'automne.

Le pari du réformateur arrivé au pouvoir à la faveur d'une révolution pacifique en 2018 semble avoir marché: il a consolidé son pouvoir à l'issue de ce scrutin, convoqué alors qu'il était sous pression de ses détracteurs, y compris ses généraux, après la déroute militaire au Nagorny-Karabakh en novembre 2020.

Son parti, Contrat Civil, a obtenu 53,9% des voix après le dépouillement de tous les bulletins, ce que lui permettra de former un nouveau gouvernement sans avoir à recourir à des alliances avec d'autres partis et de reconduire M. Pachinian à son poste.

L'ex-journaliste de 46 ans devrait toutefois rester chahuté par ses opposants. Et de nombreux observateurs craignent des protestations après une campagne électorale véhémente qui a polarisé la société arménienne.

Son principal rival, le bloc Arménie mené par l'ex-président Robert Kotcharian, 66 ans, est crédité de 21% des bulletins et a refusé de reconnaître les résultats du scrutin en dénonçant des "fraudes" et "falsifications planifiées à l'avance".

Accueilli par des "Bravo!" et des cris de "Victoire!" à l'arrivée à son QG de campagne dans la nuit de dimanche à lundi, Nikol Pachinian a appelé lui ses partisans à fêter sa victoire lundi soir dans le centre d'Erevan.

"Nous avons réalisé une deuxième révolution en trois ans", celle "d'acier", a lancé M. Pachinian. "Le peuple nous a donné un mandat pour la dictature du droit et de la loi", a-t-il ajouté, reprenant une célèbre formule du président russe Vladimir Poutine, principal allié de l'Arménie.

Les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) doivent, eux, rendre leurs conclusions dans l'après-midi.

- L'ombre de la guerre -

Les législatives arméniennes se sont déroulées à l'ombre de l'humiliante défaite dans la guerre au Nagorny-Karabakh, enclave montagneuse disputée depuis des décennies avec le voisin et ennemi juré, l'Azerbaïdjan.

Cette guerre de six semaines à l'automne dernier a fait plus de 6.500 morts dans les deux camps. L'Arménie a dû céder, à l'aune d'un accord de cessation des hostilités négocié par Moscou, d'importants territoires qu'elle contrôlait depuis une première guerre avec Bakou dans les années 1990.

M. Pachinian s'est rendu lundi matin dans un cimetière militaire d'ailleurs, se recueillant sur les tombes de soldats tués et y déposant des fleurs.

Cette déroute militaire a mis à mal la réputation de Nikol Pachinian, qui jouissait d'une aura de combattant contre les vieilles élites jugées corrompues.

Dénoncé par certaines comme un "traître" pour avoir signé le cessez-le-feu, il a été confronté à des manifestations d'ampleur et même à ce que les autorités ont présenté comme un complot visant à l'assassiner.

Sa large victoire a trompé le seul sondage disponible, qui créditait sa formation que de 25% des intentions de vote, contre 29% pour le bloc de M. Kotcharian.

Président de 1998 à 2008 de cette ex-république soviétique pauvre et montagneuse, Robert Kotcharian a été accusé par le passé de fraudes électorales et est visé par une enquête pour des faits de corruptions. Il est pour de nombreux arméniens l'incarnation du système honni qu'ils ont chassé en 2018.

En outre une vingtaine de formations étaient en lice, témoignant de l'incapacité des opposants à s'unir.

Selon l'analyste arméno-américain Richard Guiragosyan, nombre d'électeurs ont ainsi voté pour la formation de Nikol Pachinian "par peur et par antipathie envers Kotcharian".

Par ailleurs, le "vote anti-Pachinian est divisé, fragmenté" entre différents partis qui sont en concurrence entre eux, a-t-il ajouté.

Malgré les accusations de l'opposition, la Commission électorale a affirmé que "globalement, les élections s'étaient déroulées conformément à la loi".

La participation a atteint 49,4%, quasiment au niveau de celle de 2018.

Environ 2,6 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes pour élire au moins 101 députés pour cinq ans.

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