Armes chimiques en Syrie: la pression monte sur Damas

Publié le à Damas (AFP)

La communauté internationale a accru la pression sur les autorités syriennes afin qu'elles autorisent les experts de l'ONU à enquêter sur des attaques présumées aux armes chimiques, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne examinant des options militaires contre Damas.

De son côté, le Front jihadiste Al-Nosra affilié à Al-Qaïda et qui combat le régime syrien, a promis dimanche de se venger sur les villages alaouites, branche du chiisme à laquelle appartient le président Bachar al-Assad, après "l'attaque chimique" menée mercredi près de Damas.

Les pays occidentaux semblent de plus en plus convaincus que le régime de Bachar al-Assad a eu recours à de telles armes mercredi dans la région de Damas, malgré les démentis du gouvernement syrien qui a martelé samedi n'avoir "jamais utilisé d'armes chimiques".

De façon exceptionnelle, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a téléphoné jeudi à son homologue syrien Walid Mouallem pour lui signifier que "si le régime syrien n'avait rien à cacher, il aurait dû autoriser un accès immédiat et sans entrave au site" de l'attaque présumée, a révélé samedi soir un responsable du département d'Etat.

Au lieu de cela, le régime a "continué d'attaquer la région affectée" par l'attaque présumée du 21 août pour en "bloquer l'accès et détruire les preuves", a accusé M. Kerry, selon ce responsable.

De leur côté, le président américain Barack Obama et le Premier ministre britannique David Cameron se sont entretenus au téléphone samedi des "possibles réponses de la communauté internationale à l'utilisation présumée d'armes chimiques", selon la Maison Blanche.

Ils ont exprimé "leur profonde préoccupation (...) devant des signes de plus en plus importants (indiquant) qu'une attaque significative aux armes chimiques avait été menée par le régime syrien contre son propre peuple", a expliqué Downing Street dans un communiqué.

"Réaction forte"

"L'utilisation significative d'armes chimiques mériterait une réponse sérieuse de la communauté internationale", a mis en garde Londres, tout comme l'avait fait la France ces derniers jours.

Samedi, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a ainsi réaffirmé que "ce massacre chimique est d'une telle gravité" qu'il "ne pourra pas rester sans réaction forte", assurant que "toutes les informations" convergeaient pour accuser le régime.

Le secrétaire à la Défense américain Chuck Hagel a déclaré de son côté dimanche que les forces américaines étaient prêtes à agir contre le régime syrien si nécessaire. "Nous avons préparé toutes les options (si M. Obama) décidait de choisir l'une d'elles", a-t-il dit.

Mais, l'Iran, fidèle allié du régime syrien, a une nouvelle fois mis en garde les Etats-Unis, avertissant qu'ils auraient à subir de "dures conséquences" en cas d'intervention militaire.

L'opposition accuse le pouvoir syrien d'avoir eu recours à des gaz toxiques lors d'attaques dans la région de Damas mercredi, évoquant plus de mille morts.

Médecins sans frontières a fait état du décès de 355 patients "présentant des symptômes neurotoxiques" dans ce secteur, mais a précisé ne pas pouvoir "confirmer scientifiquement la cause de ces symptômes ni établir la responsabilité de cette attaque".

Les équipes de MSF n'ont pas pu se rendre sur place, mais elles sont en contact avec le personnel médical de trois hôpitaux qui ont "reçu, en moins de trois heures le mercredi matin 21 août, environ 3.600 patients présentant des symptômes neurotoxiques".

"Les symptômes qui nous ont été rapportés, tels que les convulsions, l?hypersalivation, les pupilles contractées, la vision trouble et la détresse respiratoire, le schéma épidémiologique de cet événement - caractérisé par l?afflux massif de patients dans un laps de temps très court, la provenance des patients et la contamination des secouristes et du personnel ayant fourni les premiers soins - suggèrent fortement l'exposition massive à un agent neurotoxique", a souligné Bart Janssens, directeur des opérations à MSF.

Se basant sur des rapports médicaux, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a de son côté comptabilisé plus de 300 morts par gaz toxique, dont des dizaines de rebelles.

Le régime accuse les rebelles

La communauté internationale réclame que les experts de l'ONU, arrivés en Syrie le 18 août pour enquêter sur d'autres allégations d'utilisation d'armes chimiques plus tôt cette année, puissent se rendre rapidement sur place. La haute représentante de l'ONU pour le désarmement, Angela Kane, est arrivée samedi à Damas pour négocier une telle autorisation avec le régime.

Selon le ministère iranien des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie syrienne a assuré à son homologue iranien que son gouvernement allait coopérer avec la mission des Nations unies et lui permettre de visiter les zones où, selon lui, les rebelles ont utilisé des armes chimiques.

Les autorités syriennes ont ainsi accusé les insurgés d'avoir eu recours à des gaz toxiques samedi à Jobar, dans la périphérie de Damas, pour repousser une offensive de l'armée.

La télévision d'Etat, qui a fait état de plusieurs cas "d'asphyxie" parmi les soldats, a montré des images de barils retrouvés selon elle lors du ratissage du secteur et contenant "des matières toxiques et chimiques très dangereuses".

L'opposition a rejeté "en bloc" ces accusations, estimant qu'il s'agissait d'"une tentative désespérée (du régime) pour détourner l'attention de ses crimes répétés".

Déclenchée par une révolte populaire en mars 2011 qui s'est militarisée face à la répression, le conflit en Syrie a fait plus de 100.000 morts, selon l'ONU, et poussé à la fuite des millions d'habitants.

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