Attentats de janvier 2015: des peines lourdes mais pas maximales au terme d'un procès "historique"

Publié le à Paris (AFP)

Près de six ans après l'onde de choc des attentats de janvier 2015, la cour d'assises spéciale de Paris a prononcé des peines de quatre ans de prison à la perpétuité contre quatorze personnes reconnues coupables d'avoir assisté les auteurs des attaques contre Charlie Hebdo, une policière de Montrouge et l'Hyper Cacher.

Considéré comme la "pièce maîtresse" de la préparation des attentats, Ali Riza Polat, un Franco-Turc de 35 ans, a été condamné à trente ans de réclusion criminelle pour "complicité" des crimes "terroristes" commis par les frères Saïd et Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly.

L'avocat général avait requis contre lui la réclusion criminelle à perpétuité. Son avocate Isabelle Coutant-Peyre a immédiatement annoncé devant la presse l'intention de son client de faire appel.

Jugée par défaut, la compagne en fuite d'Amédy Coulibaly, Hayat Boumeddiene, a écopé de la même peine de trente ans de prison, ainsi que l'avait réclamé le parquet. Mohamed Belhoucine, présumé mort en Syrie et qui était lui aussi jugé par défaut, a été condamné à la plus lourde peine, la perpétuité.

Ce verdict, rendu au terme de cinquante-quatre jours d'audience aussi intenses que chaotiques, a été accueilli en silence par les nombreuses parties civiles qui s'étaient pressées dans la salle, proches et familles des 17 personnes tuées par les frères Kouachi et Amédy Coulibaly.

Les condamnés, encadrés de nombreux policiers dans leurs box vitrés, ont eux écouté le verdict sans manifester de réaction.

Dès le début de la longue lecture du délibéré, le président Régis de Jorna avait écarté la qualification de crime terroriste pour six des onze accusés présents, ainsi que l'avait demandé leur défense en dénonçant un dossier vide de preuves.

- Moins que les réquisitions -

La plupart des peines prononcés par la cour sont inférieures à celles requises par l'accusation, qui avait présenté les accusés comme "la cheville ouvrière" des auteurs des attaques et demandé des condamnations "à la hauteur de l'extrême gravité des faits".

Dans leurs plaidoiries, les avocats des accusés avaient eux exhorté la cour à ne pas chercher "coûte que coûte" des coupables pour pallier l'absence des frères Saïd et Chérif Kouachi et d'Amédy Coulibaly, abattus par les forces de sécurité le 9 janvier 2015 après avoir semé la terreur en France.

De nombreuses parties civiles ont garni les bancs de la salle d'audience pour la lecture de ce verdict historique. Parmi elles, des proches des victimes des attaques, l'ex-otage de l'Hyper Cacher Lassana Bathily, des survivants du massacre à Charlie Hebdo, son directeur de la rédaction Riss, Sigolène Vinson et Simon Fieschi.

Dans un éditorial publié mercredi, le responsable du journal satirique a estimé qu'une fois la décision de la justice rendue, "le cycle de la violence (...) se sera enfin refermé, au moins sur le plan pénal car, humainement, les répercussions ne s'effaceront jamais".

Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont exhorté la cour à ne pas chercher "coûte que coûte" des coupables pour pallier l'absence des frères Saïd et Chérif Kouachi et d'Amédy Coulibaly.

- Justice "exemplaire, pas sanguinaire" -

Dans leurs derniers mots lundi, avant que la cour ne se retire pour délibérer après 54 jours de débats, ces hommes âgés de 29 à 68 ans, tous déjà condamnés pour des délits mais jamais pour des faits liés au terrorisme, ont à nouveau affirmé n'avoir "rien à voir" avec les attentats.

Un message appuyé par leurs avocats durant leurs plaidoiries. Face à l'onde de choc et au trauma des attaques des 7, 8 et 9 janvier 2015, la réponse doit être celle d'une "justice exemplaire, pas sanguinaire", a prôné Me Zoé Royaux.

Trois attentats ont frappé la France depuis l'ouverture du procès le 2 septembre, dont l'un près des anciens locaux de l'hebdomadaire satirique.

Durant les trois mois d'audience, marqués par les témoignages puissants des survivants et des proches des victimes, la cour a tenté de reconstituer le puzzle de l'enquête ayant conduit les accusés devant les assises, essentiellement sur la base de relevés téléphoniques et de quelques traces ADN.

Mais les débats n'ont pas permis de lever toutes les zones d'ombre, du circuit des armes aux commanditaires.

Les enquêteurs ont identifié deux "filières" d'approvisionnement pour les armes retrouvées en possession d'Amédy Coulibaly: l'une "lilloise" et l'autre "belgo-ardennaise". Mais rien n'a été établi concernant les armes de guerre utilisées par les frères Kouachi. Et la façon dont l'arsenal a transité puis atterri entre les mains des terroristes reste peu claire.

Quelque 200 personnes se sont constituées parties civiles au procès, premier en matière de terrorisme à être intégralement filmé. Initialement prévu pour s'achever le 10 novembre, il a été suspendu plus d'un mois après que le principal accusé, Ali Riza Polat, a été testé positif au Covid-19 puis victime de complications médicales.

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info