Attentats jihadistes de 2016: la Belgique se souvient des morts et des vies "bouleversées"

Publié le à Bruxelles (AFP)

"Aline, Patricia, Léopold, Gilles, Johanna, Loubna...". Un hommage national a été rendu lundi aux 32 morts des attentats jihadistes du 22 mars 2016 à Bruxelles, les pires attaques vécues dans ce pays depuis la Seconde Guerre mondiale, qui devraient donner lieu à un procès hors normes l'an prochain.

En début de matinée, le roi des Belges Philippe et la reine Mathilde, tous deux en manteau noir, se sont recueillis devant une fresque à la mémoire des victimes à la station de métro Maelbeek (16 morts) après avoir assisté à la lecture de leurs prénoms.

Une heure plus tôt, un hommage similaire, avec une poignée de proches de victimes, pandémie oblige, avait eu lieu à l'aéroport de Zaventem, où une autre attaque suicide avait également fait seize morts le même matin il y a cinq ans.

Revendiquées par l'organisation Etat islamique (EI), ces attentats perpétrés par trois kamikazes ont aussi fait plus de 340 blessés.

"Une multitude d'existences furent bouleversées à jamais", a relevé le Premier ministre Alexander De Croo lors d'une troisième cérémonie, entrecoupée de musique, poésie et dépôts de fleurs, dans le quartier européen.

Moment fort de cet hommage, organisé avec les associations de victimes V-Europe et Life4Brussels, Edmond Pinczowski a raconté la perte de ses deux enfants, Alexander et Sascha, 29 et 26 ans, qui devaient embarquer ce matin-là à Zaventem à bord d'un vol pour New York.

"Alexander le gentil géant comme disaient ses amis, et ma fille Sascha, qui après les attentats de Paris (13 novembre 2015, 130 morts) s'était élevée contre la propagation du sentiment anti-musulman", s'est souvenu ce sexagénaire néerlandais.

Lui et sa femme sont restés trois jours sans nouvelles de leurs enfants, après le chaos provoqué par la double explosion dans un hall d'aéroport bondé. "On nous a prévenus le matin du 25 mars que tous deux n'avaient pas survécu", a dit M. Pinczowski.

Cet anniversaire intervient sur fond de critiques en raison des lenteurs de l'administration et des assurances pour prendre en charge les préjudices des attaques.

- "Des manquements" -

Life4Brussels a déploré l'abandon par le gouvernement belge d'un projet de "fonds de garantie", sur le modèle français, qui aurait permis aux victimes de percevoir une aide forfaitaire de l'Etat, à charge ensuite à ce dernier de se tourner vers les assureurs pour récupérer l'argent.

En Belgique, les dossiers sont traités au cas par cas, "on laisse les victimes s'adresser elles-mêmes à une multitude d'organismes publics ou privés", a regretté l'association, parlant d'un sentiment d'"abandon" vécu par nombre d'entre elles.

Me Nic Reynaert, qui voyageait dans la rame ciblée par le kamikaze du métro, a assigné ce mois-ci en justice l'Etat et un assureur pour "erreurs et négligences". Il souffre de lésions neurologiques, selon lui mal diagnostiquées.

D'autres blessés ont témoigné dans la presse de difficultés similaires pour faire reconnaître une incapacité de travail, qui dans certains cas a resurgi des mois après les attentats.

"S'il y eu des manquements (de la part des pouvoirs publics), nous devrons faire mieux", a concédé Alexander De Croo lundi.

Dans la procédure judiciaire, 720 parties civiles ont déjà été recensées, ce qui laisse entrevoir le plus grand procès de l'histoire du pays.

Début janvier, dix suspects ont été renvoyés en cour d'assises pour "assassinats commis dans un contexte terroriste". Le procès pourrait se tenir à partir de septembre 2022 à Bruxelles.

Parmi les principaux accusés figurent, outre Salah Abdeslam (seul membre encore en vie des commandos du 13 Novembre), deux hommes qui accompagnaient les trois kamikazes morts le 22 mars. Il s'agit de Mohamed Abrini, "l'homme au chapeau", qui a renoncé à se faire exploser à l'aéroport, et Osama Krayem, qui, lui, a rebroussé chemin après être entré dans le métro.

Le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw a saisi l'occasion de cette journée du souvenir pour appeler les autorités belges à "se pencher un peu plus sur la Syrie" et la situation des camps où vivent encore des milliers de combattants jihadistes. Il faudrait selon lui rapatrier les Européens pour les juger dans leur pays.

Le camp d'Al-Hol est "totalement incontrôlable" et pourrait devenir une base arrière de l'EI pour de futurs attentats, "ça risque de nouveau de nous péter à la figure", a averti le magistrat sur la chaîne d'information en continu LN24.

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