Avion détourné: Loukachenko défie les Occidentaux, réunion de l'OACI

Publié le à Minsk (AFP)

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko, en opposition frontale avec Union européenne et Etats-Unis, a assuré avoir agi "légalement" en détournant un avion de ligne, un dossier épineux sur lequel se penche jeudi l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).

La direction de cet organisme, qui dépend de l'ONU et siège à Montréal, se réunit jeudi. Cette agence, qui a pour mission d'édicter les règles régissant le transport aérien civil, n'a toutefois aucun pouvoir de sanctions. En cas de violation avérée des règles internationales, son rôle consiste simplement à "aider les pays qui le voudraient à mener les discussions, à prononcer les condamnations, à appliquer les sanctions, etc., conformément à la Convention de Chicago", rappelle l'OACI sur son site.

La Convention de Chicago indique que "chaque Etat contractant convient de ne pas employer l'aviation civile à des fins incompatibles avec les buts de la présente convention". Or, "le vol Ryanair a été dérouté pour des motifs qui n'ont rien à voir avec l'aviation civile", a estimé la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) française auprès de l'AFP.

Les Européens membres du Conseil de sécurité et les Etats-Unis ont appelé mercredi à une "enquête urgente" de l'OACI sur cette interception dominicale par le Bélarus d'un vol au dessus de son territoire sous prétexte d'une alerte à la bombe, avec in fine l'arrestation d'un journaliste d'opposition.

Ils ont également appelé à la "libération immédiate" de Roman Protassevitch et de son amie russe Sofia Sapega, tous deux interpellés alors qu'ils se trouvaient à bord de ce vol Athènes-Vilnius.

Face à l'avalanche de condamnations occidentales et de nouvelles sanctions de l'UE à l'encontre du régime qu'il dirige depuis 1994, Alexandre Loukachenko a assuré mercredi devant un parterre de dignitaires avoir "agi légalement en protégeant mes gens".

Pour les autorités bélarusses, la présence à bord de Roman Protassevitch et donc son arrestation relevaient du hasard mais Bruxelles, Washington et l'opposition bélarusse affirment que l'alerte à la bombe était un subterfuge pour arrêter le journaliste.

L'obligation faite à l'avion de se poser, "sur de faux motifs", a mis "en danger la sécurité aérienne", ont dénoncé Européens et Américains à l'ONU, fustigeant une "attaque" et un "mépris flagrant du droit international".

- Vol Paris-Moscou annulé -

M. Loukachenko a lui assuré que la décision de se poser à Minsk avait été prise par le commandant de bord du vol RyanAir et qu'excepté Minsk, "personne n'a voulu accueillir l'avion".

Ces propos tranchent avec la transcription de l'échange entre les contrôleurs et le pilote, publiée mardi par Minsk, qui montre que les autorités ont insisté pour que le vol se pose au Bélarus et non dans des pays voisins.

Quelques heures après ces déclarations, les premières de M. Loukachenko depuis l'incident, le Bélarus a accusé la France de "piraterie" pour avoir refusé son espace aérien à un avion effectuant une liaison Minsk-Barcelone.

Dès lundi soir, l'UE a adopté de premières sanctions, fermant son espace aérien aux avions bélarusses et recommandant à toutes les compagnies européennes d'éviter les cieux du pays, un appel très suivi.

Air France a dû annuler un vol Paris-Moscou qui contournait le Bélarus et dont le plan de vol "nécessite une nouvelle autorisation de la part des autorités russes", une première depuis l'incident. Selon Air France, deux vols sont prévus jeudi et vendredi entre les deux capitales.

Avec ces fermetures d'espace aérien, la dirigeante de l'opposition Svetlana Tikhanovskaïa a remarqué que "les Bélarusses n'ont désormais plus la possibilité de fuir le pays s'ils veulent échapper au régime". "Nous étudions la possibilité de permettre des évacuations d'urgence de personnes poursuivies" par le gouvernement, a-t-elle dit à l'AFP depuis son exil lituanien, estimant toutefois les sanctions européennes "raisonnables".

- Loukachenko voit Poutine vendredi -

Le journaliste arrêté, Roman Protassevitch, 26 ans, est accusé par le autorités bélarusses d'avoir organisé des "troubles massifs" dans le pays secoué en 2020 par des manifestations contre la réélection de M. Loukachenko.

Vivant en exil, le jeune homme est l'ancien rédacteur en chef d'un média d'opposition, Nexta, qui avait joué un rôle clé dans la coordination du mouvement de contestation, réprimé sans pitié par Minsk.

L'opposant et sa compagne sont apparus dans des vidéos tournées en prison. Les autorités bélarusses ont l'habitude de diffuser des aveux obtenus sous la contrainte.

Minsk dispose dans cette affaire du soutien sans faille de son principal allié, la Russie, qui n'a pas rejoint les critiques occidentales. Après le discours de M. Loukachenko, le Kremlin a indiqué ne pas avoir "de raisons de ne pas croire les déclarations des dirigeants bélarusses".

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a elle fustigé les accusations de complicité de Moscou dans cette affaire, des "interprétations fantasques". Elle a de nouveau appelé à une "enquête objective" sur l'incident.

Alexandre Loukachenko et Vladimir Poutine doivent se rencontrer vendredi en Russie.

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